Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410224

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant sénégalais, qui contestait la prolongation d'un an de son interdiction de retour sur le territoire français (IRTF) et son assignation à résidence pour 45 jours. La juridiction a jugé que la décision de prolongation de l'IRTF n'était pas disproportionnée, en application des articles L. 612-8, L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de son maintien irrégulier en France et de son non-respect de l'IRTF initiale. Par conséquent, le moyen tiré de l'illégalité de l'assignation à résidence par voie de conséquence a également été écarté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 octobre 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prise à son encontre le 4 juin 2024 pour une durée supplémentaire d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur des décisions attaquée n'est pas établie ;

- la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre est disproportionnée dans sa durée ;

- la décision portant assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de la décision prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Le Roux, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Hmaida, avocate, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et déclare abandonner le moyen tiré du vice d'incompétence et maintenir les autres moyens soulevés par la requête.

La préfète de l'Ain n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 15 juillet 1992, déclare être entré irrégulièrement en France le 15 novembre 2018. Le 16 mai 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sa demande a été rejetée par un arrêté de la préfète de l'Ain du 28 juin 2022, assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 16 octobre 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, qui a été rejetée par une décision de la préfète de l'Ain du 4 juin 2024, lui faisant également obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par l'arrêté attaqué du 5 octobre 2024, la préfète de l'Ain a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prise à son encontre le 4 juin 2024 pour une durée supplémentaire d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Et l'article L. 612-11 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ".

3. Pour prononcer à l'encontre de M. B une décision de prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, la préfète de l'Ain a relevé que l'intéressé, célibataire et sans enfant sur le territoire français, séjourne irrégulièrement sur ce territoire depuis environ six ans et a clairement exprimé sa volonté de ne pas quitter le territoire national. La préfète a également relevé que l'intéressé n'avait pas respecté les termes de l'interdiction de retour initiale d'un an prise à son encontre le 4 juin 2024. En l'espèce, si M. B soutient résider en France depuis la fin de l'année 2018, il ne produit toutefois aucun élément permettant d'établir sa présence sur le territoire français entre les mois de janvier 2021 à décembre 2022, période pour laquelle il ne produit notamment aucun bulletin de salaire. La circonstance qu'il ait exercé plusieurs activités professionnelles salariées depuis son entrée en France, notamment en tant que plongeur en restauration, et qu'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée dans l'Ain depuis le 10 janvier 2024, pour lequel une autorisation de travail lui a été accordée, ne saurait suffire à faire obstacle à la décision prononcée à son encontre, alors qu'il est constant qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, notamment malgré une première décision d'éloignement prononcée à son encontre le 28 juin 2022. De plus, en se prévalant uniquement de la présence en France de sa compagne, de nationalité française, avec laquelle il a déclaré être en couple depuis le mois de novembre 2023, M. B, qui est entré en France à l'âge de 26 ans et a déclaré, selon son procès-verbal du 5 octobre 2024, être célibataire et que " les membres de sa famille " résidaient au Maroc, ne démontre pas la réalité et l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut en France. Dans ces conditions, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas quitté le territoire français à l'expiration du délai fixé dans la décision du 4 juin 2024 et qu'il n'établit ni même n'allègue avoir entrepris des démarches en ce sens, la préfète de l'Ain pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, prolonger l'interdiction de retour sur le territoire français pour la porter à une durée totale de deux ans, qui ne présente pas en l'espèce de caractère disproportionné. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et du caractère disproportionné de la mesure doivent être écartés.

4. En dernier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision assignant M. B à résidence, ne peut qu'être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée,

J. Le Roux

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2410224