Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410226

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a annulé les décisions du 9 octobre 2024 par lesquelles la préfète de l'Ardèche obligeait M. B J, ressortissant algérien, à quitter le territoire français sans délai et l'assignait à résidence. L'annulation est fondée sur l'incompétence du signataire des actes, la délégation de signature ne l'habilitant pas à prendre des mesures d'éloignement ou d'exécution. Le tribunal a également admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et condamné l'État à verser 800 euros à son avocat.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, M. B J, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 9 octobre 2024 par lesquelles la préfète de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros HT au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de sa relation maritale avec une ressortissante française et de sa situation professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- il ne présente pas de risques de fuite ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant assignation à résidence est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur une mesure d'éloignement qu'il ne lui avait pas encore été notifiée ;

- il appartient à l'autorité administrative d'établir que l'éloignement sera effectué à bref délai ou de justifier des diligences effectuées à cet effet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la présentation cinq fois par semaine au commissariat est disproportionnée au regard de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une mesure d'assignation à résidence et aux décisions accompagnant ces mesures.

Vu :

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience où le rapport de Mme E a été lu, n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. G B J, ressortissant algérien né le 23 février 1995, demande l'annulation des arrêtés du 9 octobre 2024 par lesquels la préfète de l'Ardèche l'a obligé à quitter le territoire sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B J au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Par arrêté du 2 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 3 septembre 2023 et produit à l'instance, la préfète de l'Ardèche a donné, par son article 8, délégation à Mme A C, adjointe au chef de bureau de l'immigration et de l'accueil numérique, a l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de M. F D, directeur de la citoyenneté et de la légalité, et M. I H, chef du bureau de l'immigration et de l'accueil numérique, certains actes précisément listés dont ne font pas partie les " mesures d'éloignement du territoire national " ni les " mesures d'exécution et de surveillance nécessaires à la mise en œuvre des décisions d'éloignement du territoire " visés à l'article 5 de cet arrêté. Par suite, ainsi que le soutient le requérant, les arrêtés du 9 octobre 2024, faisant obligation à M. B J de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination duquel il pourrait être éloigné et l'assignant à résidence, sont entachés d'incompétence.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B J est fondé à demander l'annulation des arrêtés de la préfète de l'Ardèche du 9 octobre 2024.

Sur les frais d'instance :

5. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991, le versement à Me Albertin de la somme de 800 euros, sous réserve que M. B J obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : M. B J est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du 9 octobre 2024 de la préfète de l'Ardèche sont annulés.

Article 3 : L'Etat versera à Me Albertin, avocat de M. B J, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. B J obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B J, à la préfète de l'Ardèche et à Me Albertin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A. E

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,