mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410233 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BEAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 octobre 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 10 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Savoie a décidé de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État, au profit de son conseil, la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Le requérant soutient que :
-la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, en particulier au regard des quatre critères édictés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle est entachée d'erreur d'appréciation dans sa durée dès lors qu'il réside depuis plus de dix années en France où il justifie d'une intégration professionnelle et que sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
-elle est illégale dès lors qu'elle constitue une mesure d'expulsion automatique de l'espace Schengen.
Par un mémoire, enregistré le 16 octobre 2024, le préfet du Val-d'Oise informe le tribunal qu'il n'a pas la qualité de défendeur dans la présente instance.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Flechet en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Flechet, magistrate désignée,
- les observations de Me Beaud, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et insiste sur les conséquences de la décision attaquée, qui constitue une mesure d'expulsion automatique de l'espace Schengen alors que plusieurs des membres de la famille du requérant résident en Italie ;
- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet de la Savoie, qui conclut au rejet de la requête et soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et les observations de M. B, assisté de M. C, interprète en langue arabe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant égyptien né le 5 septembre 1990, est entré sur le territoire français au cours du mois de décembre 2013 selon ses déclarations. Par décisions du 8 février 2024, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 13 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par décision du 10 octobre 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Savoie a décidé de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur le surplus des conclusions :
3. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
4. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
5. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
6. La décision attaquée, qui vise les textes sur lesquels elle se fonde, rappelle que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de 30 jours le 8 février 2024, notifiée le 15 février suivant, et dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise 13 juin 2024. L'acte en litige indique en outre que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui a été accordé, lequel a expiré le 15 mars 2024. Il précise également que l'intéressé ne démontre ni une vie privée et familiale ancrée en France, ni une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire national, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside sa mère, son frère et ses trois sœurs, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 5 octobre 2018 qu'il n'a pas exécutée, qu'il a été condamné le 29 mars 2019 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour agression sexuelle et qu'il est connu des services de police pour un recel de bien en date du 6 juin 2015. Par suite, la décision attaquée, dont les termes révèlent que le préfet a pris en compte les quatre critères prévus par l'article L. 612-10 précité, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen complet de la situation du requérant doivent, par suite, être écartés.
7. En deuxième lieu, si le requérant allègue avoir établi le centre de ses intérêts en France, où il réside depuis plusieurs années, il ne justifie pas y avoir créé des attaches privées ou familiales. En outre, il ne démontre pas la réalité de son insertion professionnelle à la date de la décision attaquée en se bornant à produire des bulletins de salaire relatifs à une période antérieure au mois de décembre 2023. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 5 octobre 2018. Dans ces conditions, alors même que la présence en France de M. B ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Savoie n'a pas commis d'erreur d'appréciation en décidant de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
8. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée, du fait de son inscription dans le système d'information Schengen, cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, n'a pas d'incidence sur la légalité de cette mesure. Ce moyen doit, par suite, être écarté comme inopérant.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'interdiction, prise à son encontre le 10 octobre 2024 par le préfet de la Savoie, de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par le requérant, qui a la qualité de partie perdante, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La magistrate désignée,
M. Flechet
La greffière,
A. Senoussi
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°2410233
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026