Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410242
mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410242 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 9 octobre 2024 par lesquelles le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, lui a interdit le retour pendant deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît son droit à mener une vie privée et familiale normale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose de garantie de représentation ;
- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée en fait et souffre d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît son droit à mener une vie privée et familiale normale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires et compte tenu de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale par exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une mesure d'assignation à résidence et aux décisions accompagnant ces mesures.
Vu :
- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience à laquelle le préfet de la Loire n'était ni présent, ni représenté.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Guillaume, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. A ;
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien né le 14 janvier 1994, demande l'annulation des arrêtés du 9 octobre 2024 par lesquels le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire sans délai, en fixant le pays de destination, lui a interdit le retour pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Les arrêtés du 9 octobre 2024 ont été signés par M. D E, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 13 juillet 2023, publié le 24 juillet 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, et librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). ".
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, qu'avant de prendre à l'encontre de M. A la décision d'obligation de quitter le territoire français en litige, celui-ci a été entendu par les services de police le 9 octobre 2024 qui l'ont interrogé sur les conditions de son entrée et de son séjour en France, sur la question de savoir s'il avait entamé des démarches pour régulariser sa situation administrative, sur ses conditions d'existence, notamment s'agissant de son lieu de vie et sa situation professionnelle, et sur la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Ils ont par ailleurs recueilli ses observations quant à la perspective de son éloignement du territoire. Par suite, M. A a été en mesure, préalablement à l'édiction de la décision en litige, de porter à la connaissance de l'administration tout élément ou information qu'il estimait utile au regard de la mesure d'éloignement qu'il conteste. Le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu résultant du principe général du droit de l'Union européenne, tel qu'il est notamment exprimé à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit par suite être écarté.
5. E deuxième lieu, M. A soutient que le préfet de la Loire n'aurait pas vérifié son droit au séjour préalablement à la décision qui lui est faite de quitter le territoire français dès lors que la décision attaquée ne viserait pas les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne ferait pas état de son insertion professionnelle et de sa durée de présence en France, ni des circonstances exceptionnelles ou des motifs humanitaires dont relève sa situation. Il ressort toutefois de la décision attaquée, en dépit du défaut de visa de ces dispositions, que le préfet, après avoir rappelé son entrée irrégulière sur le territoire en 2019, a relevé que " la situation de l'intéressé ne satisfait à aucune condition prévue par la réglementation pour l'admettre au séjour ". Si M. A soutient avoir été dans l'impossibilité de régulariser sa situation à défaut de créneau de rendez-vous disponible, avoir adressé le 8 octobre 2024 aux services de la préfecture de la Loire par le biais de son avocat une demande de rendez-vous pour le dépôt une demande d'admission exceptionnelle au séjour compte tenu de sa situation de travailleur, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le courrier du 8 octobre 2024 ait été envoyé à la préfecture, d'autre part, lors de son audition le 9 octobre 2024 par les services de la police, M. A a seulement indiqué être " en train de monter un dossier pour régulariser (sa) situation avec un avocat " et travailler " de temps en temps au black dans la menuiserie ". Il ne fait par ailleurs état d'aucune circonstances exceptionnelles ou des motifs humanitaires que le préfet n'aurait pas examiné. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas procéder à un examen particulier de sa situation personnelle, en particulier au regard de son droit au séjour en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".
7. Pour soutenir que ces dispositions ont été méconnues, M. A fait valoir qu'il réside en France depuis 5 ans, qu'il justifie d'une longue expérience professionnelle et dispose de ressources propres et d'un logement autonome, que sa mère et sa fratrie sont installés sur le territoire et qu'il ne dispose plus d'attaches dans son pays d'origine. Le préfet de la Loire fait toutefois valoir que l'intéressé, bien que rentré en France sous couvert d'un visa de court séjour en avril 2019, est revenu une seconde fois au cours de l'année 2019 après être parti en Autriche et qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire en dépit d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet du Rhône le 18 avril 2021. Célibataire et sans enfant, il ne justifie pas de la régularité de la présence en France de sa mère et des membres de sa fratrie, ni ne plus disposer d'attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à ses 25 ans. Bien que justifiant avoir travaillé en qualité de menuisier au cours des année 2021 à 2024, cette circonstance est insuffisante à établir qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés en France. Dans ces conditions, compte tenu de ses conditions de séjour, le préfet de la Loire n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles la mesure d'éloignement été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement (). ".
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet entache d'illégalité la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.
10. En second lieu, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de la Loire a considéré que l'intéressé, qui se maintient irrégulièrement sur le territoire depuis son entrée irrégulière en 2019 en dépit de la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 18 avril 2021, présente le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. S'il justifie disposer d'un passeport en cours de validité, d'une adresse connue de l'administration et de ressources propres, ces éléments sont insuffisants, compte tenu des faits opposés par le préfet et non contestés, à combattre ce risque de soustraction. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaîtrait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne le pays de destination :
11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet entache d'illégalité la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être éloigné.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
13. Pour interdire le retour sur le territoire français à M. A pour une durée de deux ans, le préfet de la Loire a considéré que M. A, entré irrégulièrement en France en 2019 et s'étant maintenu jusqu'alors en dépit d'une précédente mesure d'éloignement du territoire du 18 avril 2021, est célibataire et sans enfant.
14. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des termes de l'arrêté, que le préfet de la Loire n'aurait pas, compte-tenu des éléments en sa possession, procédé à un examen particulier de la situation de M. A.
15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet entache d'illégalité l'interdiction de retour sur le territoire qui lui est faite.
16. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, M. A, en situation irrégulière sur le territoire depuis son entrée en 2019, ne justifie pas de la régularité de la présence en France de sa mère et des membres de sa fratrie. Bien que justifiant avoir travaillé en qualité de menuisier au cours des année 2021 à 2024, cette circonstance est insuffisante à établir qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés en France. Il ne justifie ainsi d'aucune circonstance humanitaire qui s'opposerait à l'édiction d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire. Compte tenu de ces éléments, et alors qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, la durée de cette interdiction, fixée à deux ans, n'est pas disproportionnée.
17. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 7, et dès lors qu'aucune argumentation spécifique n'est développée à l'encontre de l'interdiction de retour, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
18. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de la mesure d'éloignement sans délai dont il fait l'objet entache d'illégalité l'assignation à résidence qui lui est faite.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 9 octobre 2024. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles présentées à fin d'injonction et au titre des frais d'instance, doivent, par conséquent, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
La magistrate désignée,
A. B
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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