Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410263
mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410263 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Bouchet demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Rhône du 5 octobre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'assignant à résidence ;
2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- l'obligation de quitter le territoire français et l'assignation à résidence méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'absence de délai de départ volontaire méconnait l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque de fuite n'étant pas caractérisé ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée ;
- l'assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 Octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Bodin-Hullin.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 23 octobre 2024, M. Bodin-Hullin, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Bouchet, avocate, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, précise la situation médicale du requérant et déclare se désister du moyen tiré de l'incompétence.
La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant géorgien né le 28 avril 1977, a fait l'objet le 5 octobre 2024 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'assignant à résidence.
Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
4. L'arrêté de la préfète du Rhône du 5 octobre 2024 faisant obligation de quitter le territoire français à M. B vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. La préfète a enfin visé les dispositions applicables à sa situation et a rappelé que M. B s'est maintenu en situation irrégulière. La décision en litige qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. La préfète n'est pas tenue en tout état de cause de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant mais ceux qui ont fondé sa décision. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
6. M. B, de nationalité géorgienne et le 28 avril 1977, déclare être entré une première fois en France en 2018 et une dernière fois au début de l'année 2024. Il fait valoir qu'il est célibataire et qu'il est atteint du VIH pour lequel il bénéficie d'un suivi médical. Toutefois, il n'est pas contesté qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire national et le requérant ne justifie pas qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ne justifie pas d'une présence continue sur la période de 2018 à 2024, sa dernière entrée sur le territoire national étant par ailleurs récente. Il dispose d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Le requérant, dépourvu de document d'identité, ne justifie pas par ailleurs d'une adresse stable. La préfète du Rhône pouvait dès lors légalement prendre une mesure d'obligation de quitter le territoire français sans délai.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. Le requérant soutient que la décision méconnaitrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de son état de santé et d'une prise en charge du VIH moins adaptée que sur le territoire national et au regard des menaces proférées par un policier dans son pays d'origine. Il n'établit toutefois pas qu'il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié pour la maladie dont il est atteint. Il n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations sur les menaces qui ont été écartées par les instances chargées de l'examen de sa demande d'asile. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit dans ces conditions être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
9. Aux termes de l'article L. 612-10 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. Pour interdire le retour sur le territoire français à M. B pour une durée de deux ans, la préfète a considéré que l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge et qui a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement mise en œuvre de manière coercitive, n'établit pas être dépourvu de toutes attaches privées et familiales dans son pays d'origine. La préfète fait valoir que le requérant est défavorablement connu des services de police pour des faits à plusieurs reprises de vol à l'étalage, de vol en réunion sans violence et de dégradation. M. B indique qu'il n'a cependant pas fait l'objet de condamnation. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions précitées, et sans disproportion, que cette autorité a pu interdire de retour sur le territoire M. B.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
11. Si le requérant fait valoir qu'il est atteint du VIH et qu'il bénéficie d'un traitement médical, ces circonstances ne permettent pas d'établir que la préfète ne pouvait lui opposer une décision d'assignation à résidence du fait de sa situation alors même que la préfète justifie dans la décision attaquée les raisons ayant motivé cette décision, notamment le risque de soustraction à la mesure d'éloignement.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
Le magistrat délégué,
F. Bodin-Hullin
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Décisions similaires
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026