Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410287

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté les requêtes de Mme E et M. C, ressortissants moldaves, contestant les arrêtés du 8 octobre 2024 ordonnant leur remise aux autorités néerlandaises. Les requérants invoquaient notamment la méconnaissance des articles 4, 5 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 (Dublin III), de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3§1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, confirmant ainsi la légalité des décisions de remise.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2410287, le 14 octobre 2024, Mme B E, représentée par Me Pinhel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités néerlandaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de déclarer la France comme Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée et a été prise sans examen particulier et effectif de sa situation ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 4 du règlement européen du 26 juin 2013, les brochures ne lui ayant pas été remises dans une langue qu'elle comprend ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 5 du règlement européen du 26 juin 2013 ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2410288, le 14 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Pinhel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités néerlandaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de déclarer la France comme Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée et a été prise sans examen particulier et effectif de sa situation ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 4 du règlement européen du 26 juin 2013, les brochures ne lui ayant pas été remises dans une langue qu'elle comprend ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 5 du règlement européen du 26 juin 2013 ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Borges-Pinto,

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E et M. C, ressortissants moldaves sont entrés en France, le 9 juillet 2024 en compagnie de leurs trois enfants. Ils ont sollicité le bénéfice de l'asile auprès des services de la préfecture du Rhône le 24 juillet 2024. En raison des indications mentionnées dans le fichier dit " D " selon lesquelles les empreintes de Mme E, d'une part, ont été relevées les 4 janvier 2022 et 6 février 2023 par les autorités allemandes et le 30 novembre 2023 par les autorités néerlandaises et celles de M. C, d'autre part, ont été relevées le 18 novembre 2021 par les autorités allemandes et le 3 novembre 2023 par les autorités néerlandaises, la préfète du Rhône a saisi ces deux autorités d'une demande de prise en charge le 5 août 2024. Les Pays-Bas ont explicitement accepté de les prendre en charge le 13 août 2024. Par deux requêtes, qui présentent les mêmes questions à juger et qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, les requérants demandent l'annulation des décisions du 8 octobre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a ordonné leur transfert aux autorités néerlandaises.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme E et M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, précédemment visée.

Sur la légalité des arrêtés du 8 octobre 2024 :

3. En premier lieu, les décisions attaquées comprennent la mention détaillée des éléments de droit et de fait retenus par la préfète du Rhône pour prendre ses décisions, y compris au regard de la situation personnelle des requérants. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni d'aucune pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des requérants, au regard des éléments dont elle disposait. Le moyen doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que les brochures d'information requises en vertu de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 susvisé ont été remises, le 24 juillet 2024 soit en temps utile, à Mme E et à M. C dans la langue russe qu'ils ont déclaré comprendre.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E et M. C ont bénéficié le 24 juillet 2024 d'un entretien individuel confidentiel mené, selon les termes du compte-rendu d'entretien, non contredit par les requérants, par un agent qualifié de la préfecture, en langue russe, qu'ils ont déclaré comprendre. Il ne ressort ni de ce compte-rendu ni d'aucune autre pièce du dossier que les requérants n'auraient pas été mis à même, lors de cet entretien, de faire valoir leurs observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 susvisé doit être écarté.

7. Mme E et M. C font valoir que leurs enfants sont scolarisés en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité aux Pays-Bas. Dans ces conditions, en refusant de faire application de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point précédent, et au regard du caractère récent du séjour en France des requérants, qui n'y font pas état d'attaches familiales proches, les décisions contestées ne portent pas au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les décisions en litige, qui n'ont pas vocation à séparer les requérants de leurs enfants, ne méconnaissent pas plus les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elles ne sont pas, non plus, entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur leur situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme E et M. C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence leurs conclusions à fin d'injonction et au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme E et M. C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°° 2410287 et 2410288 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à M. A C et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Pinhel

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

P. Borges-PintoLa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N° ° 2410287, 2410288