Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410523

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant togolais, qui contestait l'arrêté du 16 octobre 2024 l'assignent à résidence dans le Rhône pour 45 jours. Le tribunal a jugé que l'arrêté était signé par une autorité compétente et suffisamment motivé. Il a également estimé que l'éloignement de M. A demeurait une perspective raisonnable, malgré son argument sur l'impossibilité d'obtenir un laissez-passer pour l'Algérie, pays dont il n'a pas la nationalité. La décision a été rendue sur le fondement des articles L. 731-1 et L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, M. E A, représenté par Me Adja Oke, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de perspective raisonnable d'éloignement dès lors qu'il n'est pas établi qu'il présenterait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement et du fait de l'impossibilité d'obtenir un laisser-passer pour l'Algérie, pays dont il n'a pas la nationalité.

La préfète du Rhône a produit des pièces enregistrées le 22 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Au cours de l'audience publique du 29 octobre 2024, Mme C a présenté son rapport, les parties, qui ont été régulièrement convoquées, n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant togolais né le 12 avril 1975, entré en France le 21 décembre 2013, selon ses déclarations, a sollicité, le 12 juillet 2021, la délivrance d'un titre de séjour auprès du préfet du Rhône, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 juin 2022, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. Cet arrêté a été confirmé par un jugement n° 2209568 devenu définitif du 7 avril 2023 du tribunal administratif de Lyon. Par un arrêté du 16 octobre 2024, dont M. A demande au tribunal l'annulation, la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme D B, à qui la préfète du Rhône établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté du 11 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 12 juillet suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. "

6. L'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions du 1° de l'article L.731-1 et l'article L.732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables. Il mentionne que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours le 8 juin 2022, confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 7 avril 2023. Il reprend ensuite les éléments biographiques pertinents de M. A, notamment qu'il n'a pas présenté de document d'identité, ni de document de voyage. Enfin, l'arrêté en litige précise qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l'arrêté contesté portant assignation à résidence de M. A est suffisamment motivé et le moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / ().".

8. Si M. A fait valoir qu'il dispose d'une adresse stable, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir l'absence de perspective raisonnable d'éloignement, alors qu'il s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français. En outre, M. A ne peut utilement faire valoir qu'il ne peut être reconduit vers l'Algérie, pays dont il n'a pas la nationalité et où il n'a aucune attache, dès lors que l'arrêté attaqué n'a ni pour objet, ni pour effet de déterminer le pays à destination duquel il pourra être reconduit en exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet par arrêté du 8 juin 2022, dont la légalité a, au demeurant, été confirmée par jugement du tribunal administratif de Lyon du 7 avril 2023, ainsi qu'il a été dit. Dans ces conditions, l'assignation à résidence de M. A est nécessaire pour assurer l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dans une perspective raisonnable en vertu de l'article L. 731-1 du code précité et le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. C

La greffière,

S. LECAS

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,