Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410534
jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410534 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, M. E A, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier (Me Sabatier), demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 15 octobre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours dans le département du Rhône ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder au réexamen de sa situation, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission Schengen et d'en justifier dans un délai d'un mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros toutes taxes comprises au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur de droit tirés du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur quant à l'appréciation de la menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- l'arrêté portant assignation à résidence est illégal du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense du 23 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Au cours de l'audience publique du 31 octobre 2024, Mme B a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Guillaume, représentant M. A, qui a repris les moyens soulevés dans la requête et insiste sur la situation de M. A, notamment la présence en France de son enfant ;
- les observations de M. A ;
- la préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 3 juin 1991, entré régulièrement en France le 27 juillet 2016, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 23 juin au 19 décembre 2016, a déposé une demande de titre de séjour auprès de services de la préfecture du Rhône le 3 février 2023. Par des décisions du 15 octobre 2024, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. Les décisions du 15 octobre 2024 ont été signées par Mme D C, cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui a reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté de la préfète du Rhône du 11 juillet 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n° 69-2024-177 de la préfecture du Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
4. En l'espèce, la décision contestée, qui vise les textes dont il est fait application, notamment les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne les éléments relatifs au parcours et à la situation personnelle du requérant, notamment sa date d'entrée en France, le fait qu'il a fait l'objet d'une décision portant refus de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français le 14 mars 2018, qu'il est en marié avec une compatriote, que de leur union est né un enfant, mais que, pour autant, il n'établit pas qu'il participe à son entretien ou à son éducation. La préfète du Rhône précise également que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public en raison des signalements dont il a fait l'objet. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant relèverait de la situation dans laquelle un étranger ne peut pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire, dès lors, qu'en se bornant à soutenir être parent d'un enfant et contribuer à son entretien et à son éducation, il n'établit pas relever d'un titre de séjour de plein droit. Par suite, les moyens tirés du vice du procédure et de l'erreur de droit doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () "
6. Si le requérant se prévaut de sa durée de séjour en France depuis 2016, il ne l'établit pas. S'il soutient être en procédure de divorce de son épouse avec laquelle il a eu un enfant et en couple avec une ressortissante française, il n'apporte aucun élément probant de nature à démontrer qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant, en dehors de photographies non datées. Par ailleurs, s'il fait valoir que l'audience pour prononcer le divorce se tiendra devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Lyon au mois de décembre 2024 et qu'il a convenu, avec son ex-épouse, des modalités de garde de leur enfant, la requête conjointe versée aux débats n'est ni datée, ni signée, ni enregistrée auprès du tribunal judiciaire. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant serait intégré sur le territoire dès lors qu'il déclare être sans profession et dépourvu de ressources propres. Dans ces conditions, en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Pour les motifs exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
9. En dernier lieu, M. A fait valoir qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Pour caractériser un tel comportement, la préfète du Rhône s'est fondée sur le fait que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation aggravé par une circonstance, recel de bien provenant d'un vol et vols à la tire. Si M. A se prévaut de l'absence de condamnations pénales, ces signalements révèlent la persistance d'un comportement délictueux constitutif d'une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et le moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant refus d'un délai de départ volontaire serait illégal du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
12. Si M. A conteste les motifs du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, en particulier celui tiré du 8° de l'article L. 612-3 du même code, il ressort des pièces du dossier que M. A, dont le comportement constitue une menace pour l'ordre public ainsi qu'il a été analysé au point 9, s'est maintenu au-delà de l'expiration de son visa valant court séjour et il s'est également soustrait à une précédente mesure d'éloignement le 14 mars 2018. Dans ces conditions, la préfète aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le 3° et le 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre de ces dispositions et le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté fixant le pays de renvoi serait illégal du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté fixant le pays de renvoi serait illégal du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 à 8, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "
17. Si M. A se prévaut d'une relation avec une ressortissante française débutée en septembre 2023, celle-ci reste récente à la date de la décision attaquée. En outre, il n'établit pas, par les pièces qu'il verse aux débats, les 8 années de présence sur le territoire français dont il se prévaut, ni d'aucune insertion professionnelle, ni, ainsi qu'il a été dit précédemment, d'une contribution effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant qu'il a eu d'une précédente union, alors qu'il n'établit pas que le divorce et les modalités de garde auraient été fixées par le juge aux affaires familiales. Par conséquent, dès lors que le requérant ne justifie pas de circonstances particulières au sens des dispositions précitées, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions précitées doit être écarté.
18. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La magistrate désignée,
C. B
La greffière,
S. LECAS
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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