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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410625

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410625

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 et 29 octobre 2024, M. F A, représenté par Me Clément, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 22 octobre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours dans le département du Rhône ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaissent les dispositions de l'alinéa 1er de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée dans sa durée ;

- l'arrêté portant assignation à résidence est illégal du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense du 29 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Au cours de l'audience publique du 30 octobre 2024, Mme C a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Clément, représentant M. A, qui a repris les moyens soulevés dans la requête et insiste sur l'impossibilité pour M. A de retourner dans son pays d'origine en l'absence d'attaches dans celui-ci et des risques pesant sur sa vie ;

- les observations de M. A, qui produit, en outre, des photographies, communiquées à la préfète du Rhône ;

- et les observations de Mme B, représentant la préfète du Rhône.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er février 2001, est entré en France en 2019, selon ses déclarations. Par des décisions du 22 octobre 2024, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

4. Les décisions du 22 octobre 2024 ont été signées par Mme E D, cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui a reçu, à cette fin, une délégation consentie par un arrêté de la préfète du Rhône du 11 juillet 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n° 69-2024-177 de la préfecture du Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

6. Si M. A fait valoir que la signature de l'auteur de la décision portant obligation de quitter le territoire français est illisible, il ressort toutefois de l'acte litigieux qu'il a été signé par Mme E D, ainsi qu'il a été dit au point 4, dont le prénom et le nom est suffisamment lisible. Si la qualité du signataire n'apparait en revanche pas lisiblement, il est toutefois constant que l'arrêté attaqué a été notifié en même temps que l'arrêté du 22 octobre 2024 portant assignation à résidence de M. A, qui comporte, cette fois de manière parfaitement lisible, le prénom, le nom et la qualité de son signataire, ainsi qu'une signature identique à celle figurant sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le requérant était en mesure d'identifier l'auteur de la décision prise à son encontre, de sorte que la méconnaissance de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écartée.

7. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments de fait relatifs à la situation propre du requérant. Elle est par suite suffisamment motivée.

8. En outre, si M. A fait valoir que la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation, du fait de la mention de ce qu'il serait marié et aurait 3 enfants à charge alors que, dans le même paragraphe, il est indiqué qu'il est célibataire et sans enfant à charge, cette mention doit être regardée comme une erreur de plume, ainsi que le fait valoir la préfète du Rhône en défense. En tout état de cause, la décision attaquée reprend les déclarations de M. A dans son procès-verbal d'audition du 22 octobre 2024 selon lesquelles il est célibataire et sans enfant à charge. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant, qui ne ressort, au demeurant, d'aucune autre pièce du dossier, doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () "

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être arrivé en France en 2019, soit environ 5 ans à la date de la décision attaquée, sans toutefois l'établir, et indique lors de l'audience entretenir une relation avec une ressortissante de nationalité française depuis environ un an, à la supposer établie, ne justifie d'aucune insertion professionnelle en France ni d'aucun lien familial, amical ou professionnel d'une particulière intensité et stabilité, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant l'obligation de quitter le territoire français attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'un délai de départ volontaire serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait méconnu les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait méconnu les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. M. A invoque les circonstances de son départ de Guinée, pays d'origine, ainsi que les risques pesant sur sa sécurité et sa vie en cas de retour et produit, lors de l'audience, des photographies au soutien de ses allégations. Toutefois, le requérant, dont il est constant que la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 novembre 2020 puis par une décision définitive de la Cour nationale du droit d'asile du 31 mai 2021, n'apporte pas les éléments suffisants permettant d'établir la réalité des risques actuels et personnels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait méconnu les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

20. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas, par les pièces qu'il verse aux débats, les 5 années de présence sur le territoire français dont il se prévaut, ni aucune insertion professionnelle. Par conséquent, dès lors que le requérant ne justifie pas de circonstances particulières au sens des dispositions précitées, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et de la disproportion de la durée de l'interdiction de retour doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

21. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant assignation à résidence serait illégal du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. C

La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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