Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410627
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410627 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2024, M. B C, représenté par Me Rothdiener, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués ont été pris par des autorités incompétentes ;
- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français est entaché d'une erreur matérielle s'agissant de sa durée ;
- l'arrêté portant assignation à résidence est illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français ;
- il méconnaît l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Ain qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme E en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Au cours de l'audience publique du 29 octobre 2024, Mme E a présenté son rapport, les parties, qui ont été régulièrement convoquées, n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 22 novembre 1991, est entré en France en 2020, selon ses déclarations. Par un arrêté du 20 octobre 2022, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Ain l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de 45 jours. M. C demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 20 octobre 2024 du préfet de l'Isère :
2. En premier lieu, l'arrêté 20 octobre 2024 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français a été signé par M. A D, directeur de cabinet de la préfecture de l'Isère qui a reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023, régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°38-2023-169 de la préfecture de l'Isère.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. "
4. Le requérant fait valoir qu'il n'a pas été informé de son droit d'être assisté par son conseil lors de la notification de la décision contestée. Toutefois, les conditions dans lesquelles sont notifiées les décisions administratives sont, en elles-mêmes, sans incidence sur leur légalité. Par suite, M. C ne saurait utilement se prévaloir des dispositions précitées à l'encontre de la décision litigieuse.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
6. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le requérant qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il entrait donc dans la situation, prévue au 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle permet légalement au préfet de refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire, en application du 3° de l'article L. 612-2 du même code. Si le requérant conteste les autres motifs de ce refus, en particulier celui tiré du 8° de l'article L. 612-3 du même code, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le 1° de cet article. En outre, M. C, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas, par les pièces qu'il verse aux débats, les quatre années de présence sur le territoire français dont il se prévaut. S'il fait valoir être en contrat à durée indéterminée au sein de la société MRT Automobile en qualité de mécanicien depuis le 9 janvier 2024, cette insertion professionnelle de moins d'un an reste récente à la date de la décision attaquée. Par conséquent, et dès lors que, le requérant ne justifie pas de circonstances particulières au sens des dispositions précitées, le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit également être écarté.
7. En dernier lieu, si M. C fait valoir que la décision du préfet de l'Isère portant interdiction de retour sur le territoire français comporte une erreur du fait qu'elle indique, d'une part, dans les motifs, qu' " une interdiction de retour est prononcée pour une durée maximale de 5 ans " mais que, d'autre part, le dispositif ne prononce qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, la mention figurant dans les motifs n'avait que pour objet de reprendre le texte de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel limite à 5 ans la durée maximale de l'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par suite, M. C ne saurait utilement soutenir que la décision en litige est illégale pour ce motif et le moyen doit être écarté.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
En ce qui concerne l'arrêté du 20 octobre 2024 de la préfète de l'Ain :
9. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 212-3 du même code : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique. Celle-ci n'est valablement apposée que par l'usage d'un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l'identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de cette décision ".
10. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par Mme G F, par l'apposition d'une signature électronique. En dépit de la communication de la requête de M. C, la préfète de l'Ain n'a produit aucun document permettant d'établir que le procédé qui a été utilisé pour apposer cette signature garantisse l'authenticité de celle-ci, le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de la décision. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête soulevés à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence, que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 20 octobre 2024 par laquelle la préfète de l'Ain l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Ain a assigné M. C à résidence pour une durée de 45 jours dans le département de l'Ain est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Rothdiener, à la préfète de l'Ain et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La magistrate désignée,
C. E
La greffière,
S. LECAS
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain et au préfet de l'Isère en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Décisions similaires
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026