jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410980 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 octobre 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler les décisions du 9 octobre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les droits de la défense ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et sollicite, en outre, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, une substitution de base légale, cette décision pouvant être fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 29 août 1991, entré régulièrement en France le 27 juin 2023 sous couvert d'un visa portant la mention " saisonnier " valable du 12 juin au 10 septembre 2023, demande l'annulation des décisions du 9 octobre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.
2. La décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont elle fait application, en particulier le code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose les éléments de la situation du requérant sur lesquels elle se fonde. Ainsi, elle comporte la mention des éléments de droit et de fait qui la fondent. Dès lors, le moyen tiré du défaut e motivation doit être écarté.
3. Le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal établi par les services de police le 9 octobre 2024, que le requérant, auditionné sur sa situation administrative et personnelle, a pu faire valoir ses observations. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () "
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 27 juin 2023 muni d'un passeport tunisien revêtu d'un visa D portant la mention " saisonnier " valable du 12 juin au 10 septembre 2023. Ainsi, il justifie d'une entrée régulière sur le territoire français. Par suite, c'est à tort que la préfète du Rhône a fondé la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, M. A, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après l'expiration de son visa, ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Dès lors, l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. A trouve son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées aux dispositions du 1° du même article, dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie. Par suite la demande de substitution de base légale demandée par la préfète du Rhône doit être accueillie et le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de droit doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). "
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne résidait en France que depuis un an à la date de la décision attaquée, après avoir vécu jusqu'à l'âge de trente et un ans en Tunisie, où il conserve nécessairement des attaches, et ne justifie pas de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses sur le territoire français. Si le requérant fait valoir qu'il a entamé des démarches afin de régulariser sa situation administrative, en sollicitant un rendez-vous en vue de déposer un dossier de demande de titre sur la plateforme " demarches-simplifiees.fr " le 5 juillet 2023, il ressort des pièces produites en défense qu'il a été informé dès le 6 septembre 2023 de la clôture de sa demande et a été, dans le même temps, invité à renouveler sa démarche sur le site de l'Administration Numérique des Étrangers en France (ANEF), sans que M. A n'ait, depuis, effectué de démarche en ce sens. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Leravat, première conseillère,
Mme de Tonnac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.
La présidente - rapporteure,
V. Vaccaro-Planchet
L'assesseure la plus ancienne,
C. Leravat La présidente,
V. Vaccaro-Planchet
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026