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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2411172

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411172

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2411172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantNICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 et 19 novembre 2024, M. G H D alias A B, représenté par Me Beligon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 5 novembre 2024 par lesquels la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de l'admettre au séjour en France au titre de l'asile et, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de remise aux autorités allemandes :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'un examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les articles 17 et 31 du règlement (UE) n° 604/2013 et est entachée à ce titre d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence

- elle doit être annulée dès lors que la décision de transfert est illégale ;

- elle est insuffisamment motivée, est entachée d'un défaut d'examen complet et suffisant de sa situation, méconnaît les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 19 et 20 novembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda, conseillère ;

- les observations de Me Beligon, représentant M. D alias M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. D alias M. B, accompagné par Mme F, interprète en langue lingala,

- la préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G H D, ressortissant angolais né le 12 décembre 1989, alias M. A B, ressortissant congolais né le 10 mai 1992, a déclaré être entré en France le 31 août 2024. Par deux arrêtés du 5 novembre 2024, la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. D alias M. B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne la décision de remise aux autorités allemandes :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

3. La décision attaquée vise les textes sur lesquels elle se fonde notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle applique. Par ailleurs, elle relève, qu'après consultation du ficher européen VIS, M. D alias M. B est titulaire d'un visa valide du 27 juillet au 25 août 2024 délivré par les autorités allemandes, qui lui a permis de pénétrer sur le territoire des États membres et indique que les autorités allemandes, saisies le 3 octobre 2024 d'une demande de reprise en charge, ont donné leur accord le 24 octobre 2024. En outre, la décision attaquée, qui n'a pas à mentionner l'intégralité des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, précise que les services de la préfecture ont pris en compte les déclarations du requérant quant à sa situation personnelle et familiale et ont pu, après recherches, constater que sa mère, Mme C E, de nationalité congolaise, était entrée en France le 13 août 2015, qu'elle avait obtenu le statut de réfugiée le 3 novembre 2017 et qu'elle dispose, à ce titre d'une carte de résident valable jusqu'au 2 novembre 2027. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir le requérant, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui ne se confond pas avec le bien-fondé, doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, comme indiqué précédemment, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète du Rhône a tenu compte de la situation personnelle et familiale de l'intéressé et qu'elle a procédé à un examen particulier de sa situation avant d'adopter la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen complet de la situation du requérant doit être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté ainsi laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en application des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. M. D alias M. B se prévaut de la présence de sa mère en France, de l'état de santé de cette dernière et soutient que la vulnérabilité de celle-ci, qui dispose du statut de réfugiée et, à ce titre, d'une carte de résident valable jusqu'au 2 novembre 2027, exige sa présence à ses côtés en France. Toutefois, le certificat médical du 18 novembre 2024, postérieur à la décision attaquée, délivré par un médecin généraliste, et rédigé en termes peu circonstanciés, n'est pas suffisant pour établir que l'état de santé de sa mère, dont au demeurant il n'avait pas été fait état devant les services de la préfecture, imposerait l'assistance par une tierce personne. En outre, les deux attestations de témoins rédigées les 18 et 19 novembre 2024 pour les besoins de la présente instance, elles-mêmes peu circonstanciées, ne sont pas suffisantes pour établir que la présence du requérant, entré en France le 31 août 2024, serait indispensable pour aider sa mère, présente en France depuis le 13 août 2015, alors que celle-ci dispose par ailleurs du soutien de ses amis. De même, si le requérant se prévaut d'une histoire familiale traumatique, pour soutenir qu'il doit rester en France aux côtés de sa mère, il ne ressort pas des pièces du dossier que son transfert en Allemagne serait de nature à porter une atteinte grave et disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que la mère et le fils ne vivent pas dans le même État depuis au moins le 13 août 2015. Enfin, le requérant n'établit pas ni même n'allègue disposer d'une vie privée et familiale en France. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. D alias M. B ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que la préfète du Rhône décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. De même, il n'est pas fondé à faire valoir que la décision attaquée aurait pour une attient disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, cette autorité administrative n'a méconnu ni les dispositions précitées ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle n'a pas davantage porté sur les circonstances de l'espèce une appréciation manifestement erronée.

7. En quatrième lieu, si M. D alias M. B fait état des difficultés de santé de sa mère, n'étant lui-même affecté d'aucune pathologie particulière, il ne peut en tout état de cause utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 31 du règlement (UE) n° 604/2013, qui sont relatives aux échanges d'information sur son état de santé.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ".

9. En l'absence d'illégalité de la décision de remise aux autorités allemandes, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant assignation à résidence doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision attaquée vise l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que par décision du même jour, M. D alias M. B a fait l'objet d'une décision portant transfert aux autorités allemandes, rappelant que ces autorités ont donné leur accord à la reprise en charge de l'intéressé, et précise que ce transfert demeure une perspective raisonnable devant conduire à son assignation à résidence. La décision en litige comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

11. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D alias M. B avant d'édicter à son encontre la décision en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. (). En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : () 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; () ".

13. M. D alias M. B fait état de ce qu'il présente des garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il a fourni toutes les informations relatives à sa résidence et à son état civil. Toutefois, la décision portant assignation à résidence, prise dans l'attente de son transfert vers l'Allemagne, constitue une alternative, moins coercitive, au placement en rétention administrative prévu par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'exécution de la décision de remise ne constituerait pas une perspective raisonnable. Par ailleurs, en application des dispositions précitées, la préfète du Rhône a pu légalement assortir la décision d'assignation à résidence de M. D alias M. B de l'obligation pour ce dernier de se présenter une fois par semaine, soit les mardis, à 8h30 (y compris jours chômes et fériés), à la direction zonale de la police aux frontières. Enfin, en se bornant à soutenir que la décision attaquée ne revêt pas un caractère nécessaire, qu'elle serait incompatible avec sa situation, M. D alias M. B ne fait état d'aucune circonstance particulière et ne démontre pas le caractère excessif de cette obligation, laquelle ne concerne que les mardis. Dans ces conditions, en assignant M. D alias M. B à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours, en lui imposant de se présenter une fois par semaine, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D alias M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D alias M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D alias M. B est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G D alias M. A B, à Me Beligon et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La magistrate désignée,

V. JordaLa greffière,

L. Bon-MardionLa République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière

N°2411172

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