mardi 27 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2411361 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | PETIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 novembre 2024 et 28 avril 2025, Mme A B, représentée par Me Petit, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail jusqu'au réexamen de sa situation, et de s'assurer de l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros hors taxes au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- la décision méconnaît tant les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle qui révèle une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée encourt l'annulation par exception d'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle qui révèle une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision contestée encourt l'annulation par exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement sur lesquels elle se fonde.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision contestée encourt l'annulation par exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement sur lesquels elle se fonde ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur le maintien des liens familiaux et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2025.
La clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2025 par une ordonnance du 14avril 2025.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bour, présidente ;
- et les observations de Me Wiedemann, substituant Me Petit, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo- RDC) née le 18 janvier 1953, est entrée sur le territoire français le 17 janvier 2015, selon ses déclarations, et y est demeurée. Sa demande d'asile a été rejetée en 2016. Elle a sollicité, le 25 janvier 2023, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté contesté du 23 août 2024, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 février 2025, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a, dès lors, plus lieu de se prononcer sur ses conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, qui ont perdu leur objet en cours d'instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée irrégulièrement en France en 2015, à l'âge de soixante et un ans, après avoir vécu l'essentiel de sa vie en RDC, y compris après le décès de son époux en 1987 selon ses déclarations, et où elle n'établit pas être dépourvue de tout lien social ou familial. Elle s'est maintenue depuis lors sur le territoire français en situation irrégulière, malgré deux refus de titre de séjour assortis d'une obligation de quitter le territoire français successivement prononcées à son encontre en 2016 et en 2020, confirmées par des décisions juridictionnelles. Si elle se prévaut de la présence en France de trois de ses filles, en situation régulière, dont l'une a la nationalité française, il ressort des pièces du dossier que ses trois autres enfants résident en Belgique, au Brésil et au Royaume-Uni, et que ses filles résident en France depuis plus longtemps qu'elle et ont donc vécu séparées de leur mère de nombreuses années. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la requérante est hébergée depuis septembre 2020 en dispositif d'hébergement d'urgence, et non chez l'une de ses filles. Dans ces conditions, si la requérante soutient entretenir des liens affectifs intenses par son investissement dans l'éducation de ses petits-enfants, elle ne l'établit par aucune pièce probante. De même, si elle soutient apporter une aide indispensable à sa fille de nationalité française qui vit une grossesse pathologique, les seuls certificats médicaux qu'elle produit, postérieurs à la décision attaquée, ne justifient pas du caractère indispensable de sa présence dans ce cadre. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de séjour contesté porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris, et les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation ainsi que du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doivent être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.
6. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4, et alors que, contrairement à ce qu'elle soutient, les nouvelles dispositions de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne l'empêcheront pas de solliciter un visa pour rendre visite à ses filles et ses petits-enfants, eu égard à des circonstances humanitaires notamment qu'il lui appartiendra de faire valoir, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation et du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4, alors que Mme B s'est maintenue sur le territoire français en dépit de deux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre et qu'elle n'établit pas l'intensité des liens personnels dont elle se prévaut en France, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur d'appréciation des conséquences de la décision sur le maintien des liens familiaux et du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doivent être écartés, tant en ce qui concerne le principe que la durée de six mois de la mesure d'interdiction prononcée à son encontre.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions en injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent, par conséquent, être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande, au bénéfice de son conseil, au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Petit et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, première conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2025.
La présidente-rapporteure,
A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,
V. Jorda
La greffière,
C. Delmas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026