Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411386
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2411386 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL LEGA CITE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 29 novembre 2024, la SCI Foncière du Torey, représentée par Me Jacques, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la délibération du 7 octobre 2024 par laquelle le bureau communautaire de la communauté d'agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse (Grand Bourg Agglomération) a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur les parcelles cadastrées section BO nos 231 et 232 sises 9 rue Joseph Jacquard à Bourg-en-Bresse ;
2°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de Grand Bourg Agglomération au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- elle bénéficie, en tant qu'acquéreur évincé, d'une présomption d'urgence qui ne peut en l'espèce être renversée dès lors qu'il n'existe aucun intérêt à une exécution rapide du projet de préemption ; il y a urgence à suspendre la décision en litige afin d'éviter que Grand Bourg Agglomération n'appréhende le bien dans des conditions qui rendraient cette décision irréversible ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :
* la décision est insuffisamment motivée s'agissant en particulier de la nature du projet envisagé ; les conditions d'une motivation par référence ne sont pas remplies ;
* elle méconnaît les dispositions des articles L.210-1 et L.300-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas justifié de la réalité du projet.
Par un mémoire, enregistré le 25 novembre 2024, la communauté d'agglomération Grand Bourg Agglomération, représentée par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la délibération en litige.
Vu :
- la requête enregistrée sous le n° 2411385 par laquelle la SCI Foncière du Torey demande l'annulation de la délibération en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bon-Mardion, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Rizzato ;
- les observations de Me Perrier, pour la SCI Foncière du Torey qui conclut aux mêmes fins que dans le dernier de ses écritures par les mêmes moyens qu'il développe oralement ;
- les observation de Me Plénet, pour Grand Bourg Agglomération qui maintient ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Foncière de Torey demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la délibération du 7 octobre 2024 par laquelle Grand Bourg Agglomération a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur les parcelles cadastrées section BO nos 231 et 232 sises 9 rue Joseph Jacquard à Bourg-en-Bresse qu'elle entendait acquérir.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. () ".
3. En premier lieu, eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets à l'égard du vendeur du bien préempté ou de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être regardée comme remplie lorsque l'un ou l'autre demande la suspension d'une telle décision au motif qu'elle porte préjudice à ses intérêts. Il peut toutefois en aller autrement au cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption. À ce titre, il appartient au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
4. En l'espèce, la SCI Foncière du Torey, qui se prévaut de sa qualité d'acquéreur évincé, soutient, sans être contredite par Grand Bourg Agglomération qui n'apporte aucune contestation sur l'urgence, qu'elle bénéficie de la présomption d'urgence. Par suite, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
5. En second lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du même code, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit répondre, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, à un intérêt général suffisant.
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation au regard des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la délibération du 7 octobre 2024.
7. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état de l'instruction, la suspension de la décision attaquée.
8. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution de la délibération du 7 octobre 2024.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Grand Bourg Agglomération une somme de 1 200 euros à verser à la SCI Foncière du Torey au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de cet article font obstacle à ce que la SCI Foncière du Torey, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, verse à Grand Bourg Agglomération la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la délibération du 7 octobre 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur les conclusions de la requête au fond présentées par la SCI Foncière du Torey.
Article 2 : Grand Bourg Agglomération versera à la SCI Foncière du Torey la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par Grand Bourg Agglomération au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Foncière du Torey et à Grand Bourg Agglomération.
Fait à Lyon, le 4 décembre 2024.
La juge des référés,
C. Rizzato
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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