Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411451

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2411451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Assignation à résidence d'un ressortissant algérien (M. A) par la préfète du Rhône, contestée devant le Tribunal Administratif de Lyon. Le tribunal rejette la requête en annulation, jugeant la décision suffisamment motivée et exempte d'erreur de droit ou d'appréciation. Il estime que la mesure, fondée sur l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et justifiée par une peine d'interdiction du territoire, ne méconnaît pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Andujar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 février 2024 par laquelle la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens et de mettre à sa charge la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- en prenant à son encontre une mesure d'assignation à résidence, la préfète du Rhône a commis une erreur d'appréciation et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les modalités de contrôle prévues sont entachées d'une erreur d'appréciation et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces, enregistrées le 20 novembre 2024, ont été produites en défense par la préfète du Rhône.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gros a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 22 avril 1996, demande au tribunal d'annuler la décision du 12 février 2024 par laquelle la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. () ".

4. La décision attaquée vise notamment les dispositions du 7° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se réfère à l'arrêt correctionnel du 1er février 2024 condamnant M. A à une peine d'interdiction du territoire français d'une durée de deux ans et indique que si l'intéressé, qui n'a été en mesure de présenter ni document d'identité ni document de voyage, ne peut quitter immédiatement le territoire français, son éloignement demeure une perspective raisonnable. Cette décision comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des termes de la décision attaquée, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A compte-tenu des éléments en sa possession et aurait, ainsi, commis une erreur de droit.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Dans son arrêt du 1er février 2024, la cour d'appel de Lyon, après avoir déclaré M. A coupable de tentative de vol en réunion avec violence ayant entraîné une incapacité temporaire de travail n'excédant pas 8 jours en récidive, l'a condamné, outre à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement, à une peine d'interdiction du territoire français d'une durée de deux ans. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement de l'intéressé vers son pays d'origine ne constituerait pas une perspective raisonnable. Si M. A fait valoir qu'il réside avec sa compagne et leurs deux filles mineures à C, cette circonstance n'est pas de nature à faire regarder son assignation à résidence dans le département du Rhône, l'interdiction de sortir de ce département et l'obligation qui lui est faite dans ce cadre de se présenter les lundis et jeudis entre 9h00 et 18h00 dans les locaux de la direction zonale de la police aux frontières situés dans le troisième arrondissement de Lyon comme injustifiées, disproportionnées ou portant une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de ce que la mesure d'assignation à résidence et les modalités de contrôle prévues par la décision attaquée seraient entachées d'une erreur d'appréciation et méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 février 2024 par laquelle la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. A tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent qu'être rejetées.

10. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à M. A d'une somme au titre de ses frais d'instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La magistrate désignée,

R. Gros

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,