Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411507

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2411507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSALEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a été saisi en référé-suspension par l'association immobilière de St Ennemond en Gier contre une décision de préemption prise le 23 septembre 2024 par la commune de L'Horme. Le juge des référés a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie, l'association ne justifiant pas d'une atteinte grave et immédiate à ses intérêts financiers, et qu'aucun des moyens soulevés n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La solution retenue repose sur l'application des articles L. 521-1 du code de justice administrative et L. 210-1 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 novembre et 5 décembre 2024, l'association immobilière de St Ennemond en Gier, représentée par Me Camière, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 23 septembre 2024 par laquelle la commune de L'Horme a décidé l'acquisition par voie de préemption du bien situé 3 place de l'église, cadastré section F n°191 et 192, appartenant à l'association immobilière de St Ennemond en Gier, au prix de 200 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de la commune de l'Horme la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision de préemption en cause porte une atteinte grave et immédiate à sa situation et à ses intérêts financiers, l'exécution de la décision de préemption risquant de lui faire perdre la possibilité de réaliser la promesse de vente à un prix beaucoup plus avantageux que celui proposé par la commune de L'Horme, cette somme étant nécessaire pour le financement du projet d'aménagement de la maison paroissiale de Sainte Thérèse, et de nature à fragiliser significativement ses finances ;

- sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants : le signataire de la décision était incompétent ; la décision est insuffisamment motivée ; la commune était incompétente pour procéder à la préemption, dès lors que le projet de réalisation d'aménagements pour les transports scolaires relève de la compétence de Saint-Etienne métropole ; l'avis de France domaine du 17 septembre 2024 n'est pas produit ; la décision méconnait les articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme, dès lors qu'à la date de la décision, la commune ne justifiait ni de la réalité du projet, ni d'un intérêt général suffisant attaché à ce projet ; la maire de la commune était en conflit d'intérêt pour prendre cette décision ; la décision est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 2 et 5 décembre 2024, la commune de l'Horme, représentée par Me Salen, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'association immobilière de St Ennemond en Gier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : l'association requérante, par courrier du 21 novembre 2024, a rejeté le prix proposé par la commune et a donc nécessairement renoncé à la vente, ce qui exclut toute urgence ; l'association ne justifie aucunement de la réalité de son projet de financement de la maison paroissiale, ni même de ce que sa situation financière nécessiterait le produit de la vente ; la commune justifie d'une urgence à réaliser le projet motivé par la décision de préemption ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision de préemption.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 20 novembre 2024 sous le n°2411506 par laquelle l'association immobilière de St Ennemond en Gier demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bon-Mardion, greffière d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Camière, représentant l'association requérante, qui reprend oralement les moyens et conclusions développés dans ses écritures. S'agissant de l'urgence, elle indique également que le projet de restructuration de la maison Sainte Thérèse est en cours depuis plus de deux ans, qu'un architecte a déjà commencé à travailler sur le dossier, qu'une partie importante des financements ont été trouvés, et que le projet est essentiel pour le diocèse, l'association ne pouvant se permettre d'attendre que le juge judiciaire détermine le montant de la vente ; elle confirme également le souhait de l'association de poursuivre la vente et n'a pas renoncé à celle-ci ; s'agissant de la légalité interne, elle indique que le projet échappe aux compétences de la commune, dès lors qu'il a trait à la voirie et aux transports scolaires, qu'aucun élément du dossier, et notamment pas les comptes-rendus des conseils municipaux, ne permet d'établir la réalité du projet à la date de la décision, enfin que le conflit d'intérêt et le détournement de pouvoir sont établis eu égard à la position du maire de la commune au sein de l'école Grand Prés Saint Nicolas de l'Horme et sa volonté d'empêcher la vente en cause ;

- les observations de M. A, économe du diocèse, qui revient sur l'origine de l'association immobilière de St Ennemond en Gier, fait état des projets du diocèse en matière immobilière, et insiste sur l'importance du projet de restauration de la maison Sainte Thérèse ;

- les observations de Me Salen, représentant la commune de l'Horme, qui reprend oralement les moyens et conclusions développés dans ses écritures. S'agissant de l'urgence, il indique tout d'abord que le courrier du 21 novembre 2024 de l'association a été reçue au-delà du délai de deux mois par la commune, l'association devant ainsi en application de l'article R. 213-10 du code de l'urbanisme être réputée avoir renoncé à cette aliénation. Il indique ensuite que les éléments apportés par l'association sur le projet de restauration de la maison Sainte Thérèse ne permettent pas d'établir l'urgence à réaliser celui-ci, alors qu'au demeurant ce projet n'est pas porté directement par l'association requérante mais par l'association diocésaine de Saint-Etienne. Il indique également que le délai de jugement à Saint-Etienne par le juge judiciaire est de six à huit mois concernant les préemptions, ce délai n'apparaissant pas excessif ni de nature à justifier la suspension en litige. Il insiste enfin sur l'intérêt public à réaliser le projet motivant la préemption, eu égard aux risques pour la sécurité publique aux abords du pôle AJE de la commune. S'agissant des moyens de légalité invoqués, il précise que le projet d'aménagement en cause relève pleinement des compétences de la commune. Il détaille également les différentes pièces produites qui permettent d'établir la réalité du projet pour la commune, projet qui s'inscrit dans une opération plus vaste d'aménagement de ce secteur stratégique, et rappelle qu'un avis a été sollicité auprès des domaines en juin 2023. Il indique également avoir produit l'avis des domaines visé par la décision de préemption.

Une note en délibéré a été enregistrée le 5 décembre 2024 pour l'association requérante.

La clôture de l'instruction ayant été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. L'association immobilière de St Ennemond en Gier, qui a pour objet " la détention et la gestion (si nécessaire) de tous immeubles et locaux nécessaires aux activités éducatives, culturelles sociales et charitables de la paroisse de St Ennemond en Gier ", est propriétaire d'un tènement, situé sur les parcelles cadastrées section F n° 191 et 192, de superficie respective de 1285 m2 et 860 m2, sur lequel est édifié une maison paroissiale avec jardin attenant, et garage, sis 3 place de l'église à L'Horme. Le 16 juin 2024, la parcelle n°191 a fait l'objet d'une division parcellaire en deux lots (lot A d'une superficie de 878 m2 ; lot B d'une superficie de 407 m2). Le 8 juillet 2024, l'association immobilière de St Ennemond en Gier a conclu avec la Société Carré Foncier Chaptal une promesse unilatérale de vente, portant sur le lot B de la parcelle cadastrée section F n°191 et la parcelle cadastrée section F n°192, d'une superficie totale de 1267 m2 moyennant un prix de 350 000 € hors commission. L'association requérante demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 23 septembre 2024 par laquelle la commune de L'Horme a décidé l'acquisition par voie de préemption de cet ensemble.

3. D'une part, pour soutenir qu'il y a urgence à suspendre la décision de préemption en cause, l'association immobilière de St Ennemond en Gier soutient que l'exécution de la décision de préemption risque de lui faire perdre la possibilité de réaliser la promesse de vente à un prix beaucoup plus avantageux que celui proposé par la commune de L'Horme, cette somme étant nécessaire pour le financement du projet d'aménagement de la maison paroissiale de Sainte Thérèse, et de nature à fragiliser significativement ses finances. Toutefois, l'association requérante ne justifie par aucun élément financier ou patrimonial que la décision en cause serait de nature à emporter des conséquences financières graves et immédiates sur sa situation propre. S'il est fait état du risque de perdre la possibilité de réaliser la promesse de vente à un prix beaucoup plus avantageux que celui proposé par la commune de L'Horme, il est constant que l'association a refusé le prix proposé par la commune, et que ce prix pourra ainsi être ultérieurement fixé par le juge judiciaire au prix du marché, l'avis des domaines du 17 septembre 2024 évaluant en outre la valeur vénale du bien à 352 500 euros HT, similaire au montant de la déclaration d'intention d'aliéner. En outre, si l'association a précisé à l'audience l'état d'avancement du projet de restauration de la maison Sainte Thérèse et insisté sur la nécessité pour le diocèse de conduire ce projet à son terme, il résulte de l'instruction d'une part, que l'association requérante ne porte pas directement ce projet, et d'autre part, que le financement de ce projet n'a pas encore été réuni, aucun élément ne permettant d'affirmer que les travaux auraient pu démarrer de manière imminente ou que la décision en cause obérerait la poursuite des études ou même la possibilité de réaliser l'opération. Dans ces conditions, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas satisfaite.

4. D'autre part, en l'état de l'instruction, aucun des moyens susanalysés invoqués par l'association immobilière de St Ennemond en Gier n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension de l'association immobilière de St Ennemond en Gier doivent être rejetées.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge des parties les sommes qu'elles ont exposées au titre des frais non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association immobilière de St Ennemond en Gier est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de l'Horme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association immobilière de St Ennemond en Gier, à la commune de L'Horme, et au préfet de la Loire.

Fait à Lyon, le 6 décembre 2024.

Le juge des référés,

C. Bertolo

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2411507