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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2411571

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411571

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2411571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLEBEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Lebeaux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 20 novembre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'entrée sur le territoire français au titre de l'asile et prescrit son réacheminement vers tout pays où il sera légalement admissible ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre fin à sa privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les modalités de transmission de l'avis de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la décision attaquée ont méconnu le principe de confidentialité de la demande d'asile ;

- compte tenu des conditions matérielles de cet entretien, il ne peut être déduit de ses déclarations que celles-ci seraient dépourvues de crédibilité ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte, en violation de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la fixation du pays de destination de son éloignement viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 33 de la convention de Genève.

Des pièces ont été enregistrées pour le ministre de l'intérieur le 22 novembre 2024 et ont été communiquées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gilbertas pour statuer en application de l'article L. 352-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique, au cours de laquelle ont été entendues :

- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,

- les observations de Me Lebeaux, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, se disant ressortissant camerounais né le 20 septembre 1995, est arrivé à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry le 18 novembre 2024 par un vol en provenance d'Athènes. Un refus d'entrée sur le territoire français lui a été opposé et il a été maintenu en zone d'attente. Le même jour, il a sollicité l'asile à la frontière. Après son audition par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a rendu un avis de non-admission, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, par une décision du 20 novembre 2024, a rejeté sa demande d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile et prescrit son réacheminement à destination de tout pays où il serait légalement admissible. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 352-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, si la confidentialité des éléments d'information collectés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur la personne sollicitant en France la qualité de réfugié est une garantie essentielle du droit d'asile, ce principe ne fait pas obstacle à ce que les agents habilités à mettre en œuvre le droit d'asile aient accès à ces informations. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la procédure suivie aurait porté atteinte au principe de confidentialité des éléments d'information résultant de la demande d'asile, dès lors que ces éléments n'ont été connus, transmis et étudiés que par les agents des autorités habilitées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à traiter les demandes, à savoir les agents de police ainsi que les agents de l'office et du ministère de l'intérieur, tous astreints au secret professionnel. Enfin, la circonstance que la décision en litige serait transmise par télécopie pour leur être remises en zone d'attente n'est pas davantage de nature à méconnaître le principe de confidentialité.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut décider de procéder à l'entretien personnel en ayant recours à un moyen de communication audiovisuelle dans les cas suivants : () 2° Lorsqu'il est retenu dans un lieu privatif de liberté () Les modalités techniques garantissant la confidentialité de la transmission et l'exactitude de la transcription des propos tenus au cours de l'entretien sont définies par décision du directeur général de l'office. / Le local destiné à recevoir les demandeurs d'asile entendus par un moyen de communication audiovisuelle doit avoir été préalablement agréé par le directeur général de l'office. () ".

5. Le recours par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à un moyen de communication audiovisuelle pour procéder à l'entretien personnel avec un demandeur d'asile, comme le prévoient ces dispositions, ne porte pas par lui-même une atteinte aux droits de la défense. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'entretien dont le requérant a bénéficié, qui a duré plusieurs dizaines de minutes et au cours desquels il a indiqué avoir pu faire valoir l'ensemble des éléments pertinents pour sa demande de protection internationale, se caractériserait par une quelconque privation de droit ou méconnaissance des dispositions précitées. Le moyen tiré de ce que cet entretien n'aurait pas eu lieu dans des conditions matériellement satisfaisantes au regard de son objet ne peut dès lors être accueilli.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : () 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves ".

7. D'une part, il résulte de ces dispositions que, contrairement à ce que soutient M. A, il appartient au ministre de l'intérieur et des outre-mer saisi d'une demande d'admission sur le territoire français au titre de l'asile, d'apprécier si celle-ci n'est pas manifestement infondée, alors même qu'il n'est pas chargé d'examiner cette demande d'asile au fond. Il ne ressort par ailleurs pas de pièces du dossier ni des mentions de la décision attaquée que le ministre aurait excédé sa compétence en opérant une telle appréciation.

8. D'autre part, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, après audition du requérant, a rendu un avis défavorable à son admission sur le territoire français, au motif que ses déclarations étaient dénuées de tout élément crédible. Cet avis relève le caractère élusif et peu personnalisé des déclarations selon lesquelles le requérant aurait été amené à découvrir par le passé son attraction pour des personnes du même sexe puis qu'une telle attraction aurait pris un caractère affirmé à l'occasion d'une première relation née lors d'une incarcération. Le même avis relève également que, postérieurement à sa libération, M. A caractérise de manière décousue et schématique les modalités selon lesquelles il aurait initié de nouvelles fréquentations, fréquentations qu'il décrit comme notoires sans pourtant faire état de mesures prises pour assurer sa sécurité ou celle de ses compagnons dans un contexte qu'il décrit pourtant comme hostile. Si M. A produit une ordonnance de renvoi devant le tribunal de grande instance du Mfoundi statuant en matière criminelle, les mentions de cette ordonnance font référence à un motif d'incarcération lié à un viol en réunion d'une mineure de dix-sept ans, circonstances insusceptibles de révéler un caractère véridique à ses déclarations du 20 novembre 2024. De même, les mentions du certificat médical établi le 15 avril 2020 produit à l'instance, de par leur absence de précisions, ne permettent pas plus d'éclairer ses déclarations contradictoires lors de l'entretien mené le 20 novembre 2024. Dans ces conditions, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a estimé manifestement infondé sa demande d'entrée sur le territoire au titre de l'asile et refusé à l'intéressé l'entrée sur le territoire français au titre de l'asile.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. / L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées à l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article. () ".

10. Si le requérant indique, sans précisions supplémentaires, être angoissé par les conditions de retenues et être terrorisé à l'idée d'être renvoyé dans son pays d'origine, de telles circonstances ne caractérisent pas une situation de vulnérabilité particulière au sens et pour l'application des dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit ainsi être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. 2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. A, qui ne justifie pas avoir la qualité de réfugié par la seule production d'un document non traduit émanant des autorités grecques, ne peut utilement se prévaloir du principe de non-refoulement résultant de l'article 33 de la convention de Genève. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que sa vie serait menacée en cas de réacheminement en Grèce ou vers un autre pays où il serait légalement admissible, ni qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants, en violations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 novembre 2024 lui refusant l'entrée sur le territoire français et fixant le pays de destination de son réacheminement.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lebeaux et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

M. Gilbertas

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

No 2411571

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