jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2411573 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | POCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Pochard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision non datée ayant clôturé sa demande de titre de séjour présentée au moyen du téléservice " Administration Numérique pour les Etrangers en France " (ANEF) ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros TTC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision, eu égard à ses motifs, doit s'analyser comme statuant sur son droit au séjour ; dès lors que, par décision du 13 décembre 2019, le préfet de la Haute-Loire avait reconnu son droit au séjour, elle s'analyse ainsi comme un retrait de son droit au séjour ;
- la condition d'urgence est présumée, dès lors que la décision s'analyse comme un retrait d'une décision lui attribuant un droit au séjour ; la situation d'urgence est caractérisée au regard de la longueur de la procédure, sa demande de titre de séjour datant de 2019 ; son employeur a été contraint de le licencier en raison de l'irrégularité de sa situation administrative ; cet employeur a indiqué à plusieurs reprises vouloir le réembaucher en cas d'obtention d'une autorisation de travail ; sa situation administrative entraîne des répercussions préjudiciables sur sa famille, alors que son épouse ne peut travailler pour raisons de santé et qu'il est père d'un enfant ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :
* la décision ne comporte ni le prénom, ni le nom ni la signature de l'agent instructeur ayant pris la décision, en méconnaissance des dispositions des articles L. 212-1, L. 212-2 et L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
* il n'est pas justifié que l'auteur de la décision avait compétence pour la prendre ;
* l'administration ne pouvait retirer la décision créatrice de droits de lui délivrer un titre de séjour plus de quatre mois après son édiction, en 2019, alors en outre que celle-ci n'était pas illégale, et a méconnu les dispositions des articles L. 241-1 et L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
* la décision a été prise sans examen effectif de sa situation ;
* il doit bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité de père d'enfant bénéficiaire de la protection subsidiaire, sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de la directive 2011/95/UE ;
* la décision est entachée d'une erreur de droit en ce que lui est opposé le fait qu'il est présent sur le territoire français et qu'il doit justifier d'un visa de long séjour, alors que les dispositions de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne renvoient vers aucune disposition du code relative à la réunification familiale, puis au regroupement familial, prévoyant une telle obligation, laquelle est posée au 3° de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; une telle interprétation de la loi française serait contraire à la directive 2011/95/UE ;
* s'il devait être considéré que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile posent une telle obligation, alors il devrait être considéré qu'il est fondé à invoquer directement l'article 24 de la directive 2011/95/UE, non entièrement transposée ;
* les dispositions de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, telles qu'interprétées par la préfecture, sont inconventionnelles au regard des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée le 21 novembre 2024 sous le n° 2411572 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet en litige.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de Me Pochard, représentant M. A, qui a repris ses conclusions et moyens.
Le préfet de la Loire, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant égyptien né en 1985, est entré en France en décembre 2017. Il a déposé le 6 août 2019 une demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'une bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par courrier du 6 novembre 2019, le préfet de la Haute-Loire a indiqué faire droit à sa demande, sans toutefois qu'aucun titre de séjour ne lui ait ensuite été matériellement délivré, l'intéressé n'ayant bénéficié que de récépissés avec autorisation de travail. Suite à son déménagement dans le département de la Loire, M. A a été amené à déposer en dernier lieu une nouvelle demande de titre de séjour sur le site de l'ANEF, le 22 mars 2023, et a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction. Par une décision non datée, son dossier de demande a été clôturé au motif qu'il n'avait pas présenté un visa D à l'appui de sa demande. Il demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. M. A fait valoir qu'il est entré en France en décembre 2017, qu'il y a séjourné régulièrement depuis de nombreuses années, ayant bénéficié de récépissés après avoir été informé qu'il allait être fait droit à sa demande. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la décision en litige porte sur une demande de titre de séjour datant en réalité de 2019, M. A n'ayant déposé une nouvelle demande qu'en raison de son déménagement dans le département de la Loire. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'intéressé, qui travaillait en qualité de façadier qualifié, a été licencié en mai 2023, au motif qu'il n'était alors pas muni d'autorisations provisoires de séjour, et il dispose de promesses d'embauche de cette société. Dans ces conditions, eu égard aux effets de la situation administrative du requérant, par ailleurs père d'un enfant, sur sa famille, alors que son épouse, bénéficiaire de la protection subsidiaire, ne travaille pas, et de l'incertitude prolongée dans laquelle M. A est laissé depuis plus de cinq années en raison des vicissitudes dans l'instruction de sa demande de titre de séjour, le requérant justifie que le refus qui lui est opposé porte une atteinte grave et immédiate à sa situation. Dans ces conditions, il justifie que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision :
5. Eu égard à ses motifs et aux conditions dans lesquelles elle est intervenue, après que M. A ait bénéficié pendant plusieurs années de récépissés de demande de titre de séjour puis d'une attestation de prolongation d'instruction, ce qui suppose que son dossier ait été considéré comme complet, la décision en litige doit être regardée comme un refus de délivrance d'un titre de séjour.
6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 212-1, L. 212-2 et L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, de la méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant pouvant bénéficier d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de père d'un mineur bénéficiaire de la protection subsidiaire, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
7. Les deux conditions posées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de clôture de la demande de titre de séjour en litige.
Sur l'injonction :
8. Aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : () 10° La carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " prévue à l'article L. 424-9 et la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire " prévue à l'article L. 424-11 ; ".
9. La présente ordonnance, qui suspend la décision de clôture de la demande déposée par M. A, laquelle soit s'analyser ainsi qu'il a été dit comme un refus de délivrance d'un titre de séjour, implique nécessairement que le préfet de la Loire réexamine sa demande, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois, et qu'il le munisse dans l'attente, et sous sept jours, d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction, avec autorisation d'exercer une activité professionnelle, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les frais d'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite ayant clôturée la demande de titre de séjour présentée par M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur les conclusions de la requête au fond présentées par l'intéressé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et qu'il le munisse dans l'attente et dans un délai de sept jours d'une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et au préfet de la Loire.
Fait à Lyon, le 5 décembre 2024.
Le juge des référés,
T. Besse
La greffière,
A. Senoussi La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026