Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411669
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2411669 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2024, M. B A C demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour née du silence gardé par la préfète du Rhône sur sa demande déposée le 22 mai 2024 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de le convoquer dans un délai de sept jours pour un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande de titre de séjour et de lui délivrer dès le dépôt de son dossier en préfecture, dans l'attente de l'instruction de sa demande de titre de séjour, un récépissé l'autorisant à travailler.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que son enfant de nationalité française est né le 18 octobre 2024, qu'il ne peut pas travailler et subvenir aux besoins de sa famille, que son foyer est dans une précarité croissante, une réduction de la capacité électrique étant intervenue empêchant l'utilisation du chauffage, et qu'il dispose d'une promesse d'embauche concrète ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige dès lors que :
* elle porte atteinte à sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est conjoint de français et parent d'un enfant français ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles des 4° et 6° de l'article L. 313-11 du même code.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2024, la préfète du Rhône conclut au non-lieu à statuer et au rejet des prétentions formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que M. A a été convoqué à un rendez-vous le 20 décembre 2024 afin d'effectuer une prise d'empreinte biométrique.
Vu :
- la requête enregistrée le 13 novembre 2024 sous le n° 2411255 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bon-Mardion, greffière d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. A C.
La préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction ayant été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant congolais, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour née du silence gardé par la préfète du Rhône sur sa demande déposée le 22 mai 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
3. La préfète du Rhône fait valoir dans son mémoire en défense du 4 décembre 2024 qu'elle a décidé de convoquer M. A C le vendredi 20 décembre 2024 dans le cadre de sa demande de titre de séjour afin d'effectuer une prise d'empreinte biométrique, procédure dite " SBNA ". Toutefois, elle ne précise pas suffisamment les motifs et la finalité de ce rendez-vous, ni n'indique qu'elle aurait décidé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Rhône doit être écartée.
Sur les conclusions à fin de suspension :
4. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A C a sollicité le 22 mai 2024 sur le site de l'ANEF la délivrance d'un titre de séjour en tant que conjoint français, et a bénéficié d'une attestation de dépôt de cette demande. En l'absence de réponse de la préfète du Rhône, une décision implicite de rejet est née le 22 septembre 2024. S'il est vrai que l'intéressé a fait l'objet le 27 décembre 2023 d'une mesure l'obligeant à quitter le territoire français, il résulte de l'instruction que M. A C s'est marié le 2 mars 2024 avec une ressortissante française, avec qui il réside, et qu'à la date de la décision attaquée, et en l'absence de contestation de la préfète du Rhône, il remplissait les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte également de l'instruction que sa conjointe était enceinte à la date de la décision attaquée et qu'une fille est née de leur union le 18 octobre 2024. M. A C fait valoir sans être contesté que la situation de sa famille est précaire, dès lors qu'il ne lui est pas permis de travailler en France, alors qu'il dispose de promesses d'embauche, que sa compagne a subi une baisse importante de ses revenus en raison de son placement en congé maternité, et que le couple n'a plus les moyens d'assurer ses besoins élémentaires quotidiens, l'intéressé justifiant en particulier qu'en raison de dettes auprès de leur fournisseur d'énergie, la puissance électrique de leur compteur a été abaissée, ce qui les empêche de pouvoir chauffer leur domicile, ce qui porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant en très bas âge. Dans ces conditions, la décision en litige porte une atteinte grave et immédiate à la situation et aux intérêts de M. A C, et la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être considérée comme satisfaite.
5. D'autre part, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
6. Les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, M. A C est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour née du silence gardé par la préfète du Rhône sur sa demande déposée le 22 mai 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif retenu pour fonder la suspension prononcée par la présente ordonnance, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, de réexaminer la demande de M. A C, et de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance et jusqu'à ce que l'administration ait procédé au réexamen de sa demande, un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler en France. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions de l'astreinte demandée.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour née du silence gardé par la préfète du Rhône sur la demande déposée par M. A C le 22 mai 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, de réexaminer la demande de M. A C, et de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance et jusqu'à ce que l'administration ait procédé au réexamen de sa demande, un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler en France.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon le 5 décembre 2024.
Le juge des référés,
C. Bertolo
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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