Le Tribunal Administratif de Lyon a été saisi par la société APFS Lyon d’un recours en excès de pouvoir contre le rejet implicite, par le ministre du travail, de sa demande d’autorisation de licenciement d’un salarié protégé (M. A...), dont la carte professionnelle avait été retirée. En cours d’instance, le ministre a pris une décision expresse le 3 janvier 2025 annulant la décision initiale de l’inspecteur du travail et autorisant le licenciement. Le tribunal a constaté que cette nouvelle décision, favorable à la société requérante, s’était substituée aux actes attaqués, lesquels avaient disparu de l’ordonnancement juridique. Par conséquent, la requête de la société APFS Lyon a été déclarée sans objet, et il n’y avait plus lieu de statuer.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 novembre 2024, la société APFS Lyon, représentée par la Selarl Hakiki Associés, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision née le 29 septembre 2024 par laquelle le ministre en charge du travail a implicitement rejeté son recours hiérarchique et confirmé la décision du 24 avril 2024 par laquelle l’inspecteur du travail a rejeté sa demande d’autoriser le licenciement de M. B... A..., ensemble cette décision du 24 avril 2024 ;
2°) d’enjoindre à l’administration du travail d’autoriser le licenciement de M. A... ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat et de M. A... les dépens ainsi que la somme de 5 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît le principe d’impartialité ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire dès lors que l’inspecteur du travail a fondé sa décision sur le référé suspension formulé par M. A... contre le retrait de sa carte professionnelle, élément déterminant qui ne lui a pas été communiqué au cours de la procédure ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’un référé suspension n’est pas un recours suspensif ;
- elle est entachée d’une erreur de fait dès lors qu’un simple courriel ne peut pas modifier un arrêté ;
-elle est fondée à demander une autorisation pour licencier M. A... dès lors qu’il ne remplit plus les conditions légales de moralité et de probité indispensables à l’exercice de ses fonctions et que la décision lui retirant sa carte professionnelle est exécutoire ;
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2025, le ministre en charge du travail conclut au rejet de la requête qui se trouve dépourvue d’objet.
Il soutient que les décisions attaquées ont disparu de l’ordonnancement juridique suite à l’intervention de la décision explicite ministérielle du 3 janvier 2025.
Par un mémoire enregistré le 11 juillet 2025, M. B... A..., représenté par Me Penin, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête au fond et à ce qu’une somme de 2 400 euros à lui verser soit mise à la charge de la société APFS Lyon au titre des frais d’instance.
Il soutient que :
- il n’y a plus lieu de statuer sur la requête, les décisions attaquées ayant disparu de l’ordonnancement juridique ;
- la décision lui retirant sa carte professionnelle n’est pas définitive ;
- la demande de licenciement est en lien avec son mandat.
Par une ordonnance du 15 juillet 2025, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 juillet 2025.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Jorda, première conseillère ;
- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,
- et les observations de Me Penin, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
La société APFS Lyon, dont le siège social est situé à Meyzieu, assure des prestations de services en matière de sécurité aéroportuaire. Ayant succédé à un ancien prestataire, elle a repris M. B... A... en contrat à durée indéterminée à compter du 10 octobre 2019. M. A..., membre titulaire, représentant du personnel au conseil social et économique (CSE), a occupé, en dernier lieu, les fonctions d’opérateur sûreté qualifié, exerçant sur le site de l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Par un courrier du 18 mars 2024, reçu le 29 mars 2024, la société APFS Lyon a demandé à l’inspection du travail l’autorisation de licencier M. A... en raison du retrait de sa carte professionnelle opéré par le conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). L’inspecteur du travail ayant rejeté cette demande par une décision du 24 avril 2024, la société APFS Lyon a formé un recours hiérarchique auprès du ministre du travail. La société APFS Lyon demande au tribunal d’annuler la décision du 24 avril 2024 ainsi que la décision implicite de rejet du ministre en charge du travail née le 29 septembre 2024.
Sur l’exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :
Aux termes de l’article R. 2422-1 du code du travail : « Le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur (…). / Ce recours est introduit dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de l'inspecteur. / Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur ce recours vaut décision de rejet. ».
Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre compétent doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Dans ce dernier cas, sa décision se substitue entièrement à la décision de l’inspecteur du travail qui disparaît de l’ordonnancement juridique.
Il ressort des pièces du dossier que, par une décision expresse du 3 janvier 2025, le ministre en charge du travail a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique née le 29 septembre 2024 (article 1), a annulé la décision de l’inspecteur du travail du 24 avril 2024 (article 2), et a autorisé le licenciement de M. A... (article 3). La société APFS Lyon étant dépourvue d’intérêt à agir contre cette nouvelle décision ministérielle, qui lui est favorable, et la décision ministérielle d’autorisation de licenciement s’étant entièrement substituée à la décision initiale de l’inspecteur du travail, qui a définitivement disparu de l’ordonnancement juridique, il n’y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation et injonction de la requête, qui ont perdu leur objet en cours d’instance.
Sur les frais liés au litige :
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat et de M. A... la somme que la société APFS Lyon demande au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société APFS Lyon la somme que demande M. A... au titre des frais de l’instance.
Par ailleurs, la présente instance n’ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par la société APFS Lyon sur le fondement des dispositions de l’article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation et injonction de la requête.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société APFS Lyon, à M. B... A... et au ministre en charge du travail.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, première conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2025.
La rapporteure,
V. Jorda
La présidente,
A-S. Bour
La greffière,
S. Rivoire
La République mande et ordonne au ministre en charge du travail, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,