Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411888

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2411888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon rejette la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du 26 novembre 2024 ordonnant son transfert aux autorités suisses pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal estime que la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en n'utilisant pas la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, car la maîtrise de la langue et de la culture françaises ne justifie pas une dérogation. Il relève que le transfert vers la Suisse, qui a accepté la prise en charge, n'expose pas M. B à un risque de traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, et que les autorités suisses examineront sa demande d'asile. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités suisses.

Il soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la France constitue le seul pays où il peut " s'exprimer dans sa langue et sa culture " et qu'il est victime de menaces et de harcèlement dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jeannot pour statuer sur les litiges relatifs aux mesures d'éloignement des ressortissants étrangers et aux décisions d'assignation à résidence en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jeannot, magistrate désignée, a entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 18 avril 1958, est entré en France le 7 août 2024 selon ses déclarations où il a sollicité le bénéfice de l'asile le 28 août 2024. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de sa demande d'asile, la préfète du Rhône a, par deux décisions du 26 novembre 2024, a ordonné son transfert aux autorités suisses ainsi que prononcé son assignation à résidence en vue de l'exécution de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités suisses.

2. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

3. Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité doit en particulier être mise en œuvre lorsqu'il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré très récemment en France, où il ne dispose pas d'attaches familiales ou personnelles. La circonstance qu'il souhaite que sa demande d'asile soit examinée par les autorités françaises en raison de sa maîtrise de la langue et de la culture française ne justifie pas que la France devienne responsable de sa demande d'asile à titre dérogatoire. Par ailleurs, M. B fait valoir qu'il est victime de menaces et de harcèlement dans son pays d'origine et qu'il a fait l'objet d'une condamnation en Algérie le 8 janvier 2023 pour des faits de dénigrement du dogme et du précepte de l'islam. S'il apparaît que les autorités suisses ont accepté de prendre en charge l'intéressé en application de l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il ne serait pas en mesure de faire valoir, le cas échéant, devant ces mêmes autorités, responsables de l'examen de sa demande d'asile, tout élément relatif à sa situation personnelle et à la situation qui prévaut dans son pays d'origine, ni que ces mêmes autorités, en conséquence de leur acceptation de la prise en charge de M. B, n'évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de l'intéressé vers son pays d'origine, les risques auxquels il y serait exposé en cas de retour. Enfin, au surplus, la décision contestée n'a pas pour objet de renvoyer le requérant dans son pays d'origine mais uniquement en Suisse afin que soit procédé à l'examen de sa demande d'asile. Dès lors, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue au 1°) de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 qui permet à un État d'examiner la demande d'asile d'un demandeur même si cet examen ne lui incombe pas en application des critères fixés dans ce règlement.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La magistrate désignée,

F. Jeannot

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

N°2411888