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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2412153

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412153

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant bangladais, qui contestait l'arrêté du préfet de la Loire du 31 juillet 2024 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a estimé que les décisions attaquées n'étaient entachées ni d'un défaut d'examen, ni d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a également jugé que l'interdiction de retour de trois ans était légale et proportionnée, et que les moyens relatifs à la décision fixant le pays de destination étaient infondés. En conséquence, l'ensemble des conclusions à fin d'annulation et d'injonction a été rejeté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer un emploi dans le délai de huit jours ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer un emploi dans le délai de huit jours et sous la même astreinte ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen (SIS) dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, et d'en justifier auprès du tribunal dans le délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros hors taxes au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou le versement d'une somme de 1 500 euros, à lui-même, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de non-admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- les décisions contestées sont entachées d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation et d'une erreur d'appréciation des faits ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences ;

- le refus de séjour méconnaît les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- le refus du préfet de faire usage de son pouvoir de régularisation est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions sur lesquelles elle se fonde ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2025, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 1er janvier 1984, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 18 décembre 2018, selon ses déclarations, et y demeure depuis lors malgré deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre. Le 28 mars 2024, il a déposé une demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 31 juillet 2024, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 novembre 2024, M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

3. En premier lieu, alors que l'arrêté contesté comporte la mention des principales considérations de droit et de fait sur lesquels le préfet a fondé ses décisions, et alors que la contestation des motifs d'une décision est distincte de la contestation de sa motivation, la seule circonstance que le préfet de la Loire qualifie de " récente " une présence de six années sur le territoire français et estime qu'il vit dans la " précarité " malgré sa situation professionnelle, ne révèle ni un défaut d'examen complet de la situation du requérant ni une erreur d'appréciation des faits. Ces moyens doivent, par conséquent, être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être entré en France en 2018 à l'âge de 34 ans, s'y est maintenu depuis lors en situation irrégulière malgré deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 4 avril 2019 et 21 avril 2021. Il s'ensuit que la majorité de la durée de son séjour en France résulte de son maintien irrégulier, en toute connaissance de cause, sur ce territoire. S'il se prévaut de la présence en France de son épouse, il ressort des pièces du dossier que cette dernière se trouve dans la même situation irrégulière que lui et a fait l'objet de mesures d'éloignement identiques. De même, s'il se prévaut de la présence de ses trois enfants mineurs et scolarisés, il ne fait état d'aucune autre attache d'une particulière intensité en France, alors que l'arrêté contesté n'a ni pour objet ni pour effet de le séparer de son épouse et de ses enfants, qu'il ne démontre pas que ces derniers ne pourraient être scolarisés hors de France, où la cellule familiale pourrait se reconstituer, et qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache au Bangladesh où il a vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, s'il se prévaut d'une intégration socioprofessionnelle au sein de la société française en ce qu'il maîtriserait le français et qu'il dispose d'un contrat à durée indéterminée depuis le 30 septembre 2023 dans la restauration, il ne peut pour autant être regardé comme disposant de ressources stables et d'un logement propre, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est hébergé avec sa famille dans un dispositif d'hébergement d'urgence. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées auraient porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qui concerne la décision portant refus de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français, et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, opérant à l'encontre du seul refus de titre de séjour, doivent par suite être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". La situation personnelle et familiale du requérant, telle qu'elle a été exposée au point précédent, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, et alors que le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012, relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, laquelle est dépourvue de valeur normative, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, opérants à l'encontre du seul refus de titre de séjour, doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Les décisions contestées n'ont ni pour objet, ni pour effet, de séparer le requérant de ses trois enfants mineurs, et ne portent pas atteinte à leur intérêt supérieur, alors qu'ils sont scolarisés en maternelle pour deux d'entre eux et qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité hors de France. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit par conséquent être écarté.

8. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés aux points précédents, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions contestées sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". En se bornant à soutenir de manière générale qu'il craint pour sa vie et son intégrité physique, sans plus de précisions sur la nature des risques qu'il estime encourir, M. B n'établit pas la réalité des risques personnels qu'il soutient encourir en cas de retour au Bangladesh. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant le séjour ainsi que de celle l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612 8 (). ".

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B n'est présent sur le territoire français que depuis 2018, qu'il s'y est maintenu en situation irrégulière malgré deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre, et qu'il n'établit pas avoir développé des attaches personnelles ou professionnelles d'une particulière intensité en France, son épouse et leurs trois enfants se trouvant dans la même situation administrative que lui et ayant vocation à le suivre. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant sa durée à trois ans.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction de la requête doivent par conséquent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Paquet, et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente ;

Mme Jorda, première conseillère ;

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 juin 2025.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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