Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412406

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412406
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGOMA MACKOUNDI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme C, ressortissante géorgienne et turque, qui contestait la décision du ministre de l'intérieur du 12 décembre 2024 lui refusant l'entrée sur le territoire français au titre de l'asile. La juridiction a estimé que la demande d'asile de l'intéressée était manifestement infondée, après consultation de l'OFPRA, et que les moyens soulevés (atteinte à la confidentialité, vice de procédure, erreur de droit, méconnaissance des articles L. 352-2 et L. 351-3 du CESEDA, violation de l'article 3 de la CEDH et du principe de non-refoulement) n'étaient pas fondés. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 352-1 et L. 352-2.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2024, Mme A C, retenue en zone d'attente de l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry, représentée par Me Goma Mackoundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 décembre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile ;

3°) d'enjoindre, en application du dernier alinéa de l'article L. 352-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la fin des mesures de privation de liberté et la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une atteinte à la confidentialité des éléments d'une demande d'asile ;

-la décision est entachée d'un vice de procédure au regard des conditions matérielles inappropriées pour la réalisation de l'entretien ;

- la décision est viciée au motif de l'impossibilité d'exercer son droit à la présence d'un tiers ;

- la décision est viciée au motif du recours à une visioconférence portant atteinte aux droits de la défense ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, le ministre ayant excédé l'examen du seul caractère manifestement infondé de sa demande d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 352-2 et L. 351-3 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de sa vulnérabilité ;

- la décision fixant le pays de réacheminement méconnaît les stipulations de l'article 33 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en l'absence d'examen au fond de sa demande d'asile, la décision a été prise en violation du principe de non-refoulement, garanti par la Convention du 28 juillet 1951, la Convention des Nations Unies contre la torture, la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Viallet, conseillère, en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Goma Mackoundi, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et ajoute que la décision est entachée d'une insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen de sa situation ;

- et les observations de Mme C, assistée de Mme B, interprète en langue turque.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est une ressortissante géorgienne et turque née le 30 septembre 1971. Le 7 décembre 2024, elle sollicité l'accès au territoire français en présentant une demande d'asile à son arrivée à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Le ministre de l'intérieur, après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), a, par décision du 12 décembre 2024, estimé que la demande d'asile de Mme C était manifestement infondée, a décidé en conséquence de lui refuser l'entrée sur le territoire français au titre de l'asile et a prescrit son réacheminement vers tout pays où elle serait légalement admissible. Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". Aux termes de l'article L. 352-2 du même code : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article () ".

5. En premier lieu, la décision attaquée indique les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elle est ainsi suffisamment motivée en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation individuelle de la requérante. Par suite le moyen invoqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, si la confidentialité des éléments d'information détenus par l'OFPRA relatifs à la personne sollicitant en France la qualité de réfugié est une garantie essentielle du droit d'asile, ce principe ne fait pas obstacle à ce que les agents habilités à mettre en œuvre le droit d'asile aient accès à ces informations. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la procédure suivie aurait porté atteinte au principe de confidentialité des éléments d'information résultant de la demande d'asile, dès lors que ces éléments n'ont été connus, transmis et étudiés que par les agents des autorités habilitées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à traiter les demandes, à savoir les agents de police ainsi que les agents de l'OFPRA et du ministère de l'intérieur, tous astreints au secret professionnel. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, Mme C soutient que le ministre de l'intérieur ne pouvait conclure au caractère insuffisamment étayé et détaillé de ses déclarations sans prendre en compte les conditions matérielles de son entretien avec le représentant de l'OFPRA, alors qu'elle n'a pas pu expliquer correctement sa situation car elle a eu des difficultés à bien entendre et comprendre les questions posées par l'interprète au téléphone lors de cet entretien. Toutefois, le compte-rendu de cet entretien du 11 décembre 2024, qui s'est déroulé par visioconférence avec un interprète en langue turque qu'elle a déclaré comprendre, ne révèle aucune difficulté de compréhension des questions posées à Mme C, ni aucune difficulté technique sur la plan de la sonorisation, et démontre qu'elle a été mise en mesure d'exposer sa situation de manière suffisamment précise et approfondie pour permettre à l'administration de se prononcer sur sa situation au regard de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, si Mme C allègue qu'elle n'a pu exercer son droit à la présence d'un tiers lors de l'entretien dont elle a bénéficié avec l'officier de protection de l'OFPRA le 11 décembre 2024, notamment du fait de l'absence en zone d'attente d'une connexion à internet lui permettant d'accéder au site de l'OFPRA où figurent les coordonnées des associations habilitées, il ressort du procès-verbal de notification de ses droits en qualité de demandeur d'asile en date du 7 décembre 2024 que l'intéressée a été informée de son droit de se faire assister par un avocat ou un représentant d'une association habilitée. En outre, le ministre de l'intérieur fait valoir, sans être contesté sur ce point, que la liste des associations habilitées est affichée en zone d'attente. Par suite, le moyen ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut décider de procéder à l'entretien personnel en ayant recours à un moyen de communication audiovisuelle dans les cas suivants : / () 2° Lorsqu'il est retenu dans un lieu privatif de liberté ; / () L'officier de protection chargé de la conduite de l'entretien a la maîtrise des opérations. Il lui appartient de veiller au respect des droits de la personne. Il doit à tout instant pouvoir s'assurer du respect des bonnes conditions d'audition et de visionnage. Il peut mettre fin à l'entretien si ces conditions ne sont pas réunies ou si les circonstances de l'espèce l'exigent. Dans ce cas, l'entretien a lieu en présence de l'intéressé. / L'intéressé entendu par un moyen de communication audiovisuelle doit, si besoin avec l'aide d'un interprète, être informé par l'office avant le commencement de l'entretien du déroulement des opérations, notamment des modalités permettant d'assurer le respect des règles de confidentialité ".

10. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis du 11 décembre 2024 du directeur général de l'OFPRA, que l'entretien personnel de Mme C a été réalisé par visioconférence, conformément aux dispositions du 2° de l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen de communication audiovisuelle ne saurait porter atteinte aux droits de la défense de la requérante dès lors que cette dernière a été informée, à cette occasion, de la possibilité de se faire assister au cours de la procédure d'asile par un avocat ou une association humanitaire habilitée à assister juridiquement les étrangers en zone d'attente, ainsi que de la possibilité de communiquer avec un représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Si la requérante se prévaut d'une décision du Conseil constitutionnel n° 2003-484 DC du 20 novembre 2003, ce dernier a estimé que la possibilité d'organiser des audiences dans des salles spéciales ou par des moyens de télécommunication audiovisuelle prévue par l'article 50 de la loi n° 2003-1119 du 26 novembre 2003 relative à la maîtrise de l'immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité garantissait de façon suffisante la tenue d'un procès juste et équitable. Enfin, elle ne peut utilement se prévaloir d'un communiqué de presse du 21 février 2018 du contrôleur général des lieux de privation de liberté ni de ce que son consentement devait être recueilli dès lors que les dispositions de l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne le prévoient pas. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En sixième lieu, le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

12. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des termes de la décision attaquée, que le ministre de l'intérieur, qui se fonde sur l'incrédibilité manifeste du récit de la requérante, aurait excédé la compétence que lui confèrent les dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'aurait pas limité son appréciation au caractère manifestement infondé de la demande d'asile de Mme C.

13. D'autre part, lors de son entretien avec l'officier de protection de l'OFPRA, Mme C a déclaré avoir été agressée physiquement par des membres des forces de l'ordre géorgiennes lors d'un contrôle d'identité du fait de ses origines azéries et de son absence de maîtrise de la langue géorgienne, avant d'émigrer vers la Turquie à la fin des années 1990 en raison de l'absence d'emploi et de sa situation économique précaire. Elle précise qu'elle y a fait la connaissance d'un ressortissant turc avec lequel elle s'est mariée avant de se séparer cinq ans plus tard, et de débuter une relation avec un autre homme de nationalité turque, qui la soumet à diverses maltraitances. Elle souligne être parvenue à se séparer de cet homme en 2018 et avoir obtenu la mise en œuvre d'une ordonnance restrictive après son dépôt de plainte, puis avoir fait la rencontre en 2021 d'un ressortissant syrien avec lequel elle se rend en France quelques jours en 2023, avant de rencontrer de manière inopinée son ex-conjoint violent en Turquie au mois de décembre 2024, qui la menace de nouveau, raison pour laquelle elle craint pour sa sécurité. Elle explique également avoir pris part en 2019, en tant que citoyenne, à diverses manifestations afin de protester contre les autorités géorgiennes. Néanmoins, au cours de son entretien, ces propos sont demeurés sommaires et peu développés, en particulier sur les discriminations subies en tant que membre de la communauté azérie ou sur les modalités de sa protestation contre les autorités géorgiennes, l'intéressée d'invoquant pas de réel militantisme. En outre, Mme C a quitté la Géorgie pour la Turquie pour des motifs économiques et elle se montre peu claire et concrète sur les craintes qu'elle affirme encourir pour sa sécurité et sur ce en quoi elle risque d'être victime de mauvais traitements en cas de retour dans les deux pays dont elle possède la nationalité. Dès lors, son récit sur les événements qui auraient déclenché son départ vers la France apparaît imprécis et peu convaincant. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation ni d'erreur de droit, considérer que sa demande d'asile était manifestement infondée et refuser l'entrée en France de Mme C au titre de l'asile sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En septième lieu, aux termes de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. () ". Aux termes de l'article L.351-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dans le cadre de l'examen tendant à déterminer si la demande d'asile n'est pas irrecevable ou manifestement infondée, considère que le demandeur d'asile, notamment en raison de sa minorité ou du fait qu'il a été victime de torture, de viol ou d'une autre forme grave de violence psychologique, physique ou sexuelle, nécessite des garanties procédurales particulières qui ne sont pas compatibles avec sa présence en zone d'attente, il y est mis fin. L'étranger est alors muni d'un visa de régularisation de huit jours. Dans ce délai, l'autorité administrative compétente lui délivre, à sa demande, une attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire cette demande auprès de l'office. ". Et aux termes de l'article R. 351-2 du même code : " Toute personne intervenant en zone d'attente peut signaler au responsable de la zone d'attente ou à son représentant la situation de vulnérabilité d'un demandeur d'asile qu'elle aurait constatée, ou dont le demandeur d'asile aurait fait état. / Le responsable de la zone d'attente ou son représentant détermine, le cas échéant, les modalités particulières de maintien en zone d'attente tenant compte de la situation de vulnérabilité du demandeur./ Les informations attestant d'une situation particulière de vulnérabilité portées à la connaissance du responsable de la zone d'attente en application du premier alinéa sont communiquées oralement ou par écrit, après accord du demandeur d'asile, à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ".

15. En se bornant à affirmer que le ministre de l'intérieur n'a aucunement pris en compte les éléments constitutifs de sa vulnérabilité eu égard à ses craintes et à sa situation, Mme C ne fait pas état d'une vulnérabilité particulière dont l'OFPRA aurait nécessairement dû tenir compte et susceptible de faire obstacle à son maintien en zone d'attente. Par suite, le moyen tiré de l'absence de prise en compte de la vulnérabilité de la requérante dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile doit être écarté.

16. En huitième lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " Aucun des Etats Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. / () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

17. M. C n'établit aucune menace actuelle et personnelle à son égard de la part des autorités géorgiennes ou turques. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée, en ce qu'elle prescrit son réacheminement vers tout pays où elle sera légalement admissible, méconnaîtrait les stipulations précitées et le moyen doit être écarté.

18. En dernier lieu, dès lors que Mme C a été entendue par un agent de l'OFPRA, la circonstance que l'Office a examiné sa demande au regard de son caractère manifestement infondé n'a pas pour effet de priver l'intéressée de la garantie tenant à l'examen au fond de sa demande d'asile. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le ministre de l'intérieur, en lui refusant l'entrée sur le territoire français au titre de l'asile, aurait méconnu le principe de non-refoulement.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE:

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre de l'intérieur et à Me Goma Mackoundi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

La magistrate désignée,

ML. Viallet

Le greffier

T. Clément

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier