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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2412988

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412988

mardi 8 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412988
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantBELIGON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme C, ressortissante nigériane, contestant l'arrêté préfectoral du 30 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. La juridiction a écarté les moyens soulevés, estimant que la décision était suffisamment motivée et ne méconnaissait ni le droit d'être entendu, ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant les demandes d'annulation, d'injonction et de frais d'instance, sur le fondement des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2024, Mme B C, représentée par Me Beligon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre à la Préfète du Rhône de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle méconnaît son droit à être entendue préalablement ;

- elle est entachée d'une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle encourt l'annulation par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est procède à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui a produit des pièces, enregistrées le 28 mai 2025.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2024.

Par une ordonnance du 28 mai 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juin 2025.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 22 décembre 1996, est entrée sur le territoire français le 31 juillet 2016, selon ses déclarations, et y est demeurée. Elle a sollicité l'asile le 23 août 2016, et sa demande a été rejetée par l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) le 13 février 2018, cette décision étant confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 décembre 2018. Le 7 mai 2019, elle a formulé une demande de réexamen, déclarée irrecevable par une décision de l'OFPRA du 15 mai 2019, et confirmée par la CNDA, le 23 septembre 2019. Elle a déposé, le 30 juillet 2024, une nouvelle demande de réexamen. Par l'arrêté contesté du même jour, la préfète du Rhône l'a obligée à quitter le territoire national dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision contestée vise les textes sur lesquels elle se fonde et mentionne les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle de Mme A sur lesquels la préfète a fondé son appréciation. En conséquence, alors que la contestation de la motivation d'une décision est distincte de la contestation de ses motifs, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En outre, toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

4. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait été, à un moment de la procédure en litige, informée de ce qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et mise à même de présenter des observations sur cette perspective. Toutefois, l'intéressée se borne à soutenir qu'elle avait des éléments nouveaux à faire valoir, sans les détailler, ni en justifier, et ne fait ainsi valoir aucun élément qu'elle aurait été empêchée de présenter à l'administration et qui aurait pu influer sur le sens de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu, des droits de la défense et du principe de bonne administration doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. Si Mme A soutient qu'elle a fixé le centre de ses attaches personnelles et familiales en France depuis son arrivée sur le territoire français en 2016, il ressort des pièces du dossier qu'elle s'est maintenue en toute irrégularité sur le territoire français malgré le rejet définitif de sa demande d'asile en 2018, et qu'elle n'y fait valoir aucune attache particulière, outre son enfant né en 2020 dont la situation n'est pas différente de la sienne. Elle est hébergée en hébergement d'urgence, a suivi un parcours d'aide à la sortie de la prostitution qui lui a permis de bénéficier d'un suivi psychologique, de cours de français et d'activités d'adaptation à la vie active, qui ne présentent aucun caractère d'intégration sociale ou professionnelle d'une particulière intensité, et alors qu'elle ne présente aucun projet professionnel particulier. La circonstance qu'elle fasse du bénévolat est sans incidence sur ce constat. Si elle se prévaut de la scolarisation de son enfant mineur en France, une telle circonstance est sans incidence sur la teneur de ses attaches en France, alors que la décision contestée n'a pas pour objet, ni pour effet, de la séparer de son fils, et qu'il n'est pas allégué que la scolarisation de son enfant ne pourrait se poursuivre hors de France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées, comme celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point précédent, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. D'une part, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle se fonde la décision contestée, doit être écarté.

9. D'autre part, en se bornant à soutenir qu'elle s'est extraite d'un réseau de prostitution et qu'elle a, de ce fait, des craintes en cas de retour dans son pays, sans plus de précisions sur la nature, l'actualité et le caractère personnel de telles craintes, près de dix ans après avoir quitté son pays, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Si, comme le relève la requérante, le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement précité est une faculté, et non une obligation, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que Mme A ne justifie d'aucune attache personnelle, sociale ou professionnelle en France d'une particulière intensité, à laquelle la mesure contestée porterait atteinte, alors que la situation de son fils mineur n'est pas différente de la sienne. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la violation des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, comme le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme A à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent par conséquent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande, au bénéfice de son conseil, au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A, à Me Beligon et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente ;

Mme Jorda, première conseillère ;

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2025.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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