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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2413189

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2413189

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2413189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2024, la préfète du Rhône demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à Mme C A et tout occupant de quitter le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) de Vaulx-en-Velin et d'en remettre les clefs au gestionnaire du CADA sans délai, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et en cas d'inexécution, de permettre le recours à la force publique ;

2°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA de Vaulx-en-Velin afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A.

Elle soutient que :

- l'intéressée occupe de manière abusive et illégale le logement dans lequel elle a été pris en charge le temps de l'examen de sa demande d'asile, qui a été rejetée, alors qu'elle devait quitter les lieux le 11 juillet 2024 ;

- elle s'est maintenue dans le lieu d'hébergement malgré la mise en demeure de quitter les lieux dont elle a fait l'objet le 22 juillet 2024 ;

- l'occupation abusive et illégale du logement porte atteinte à la continuité du fonctionnement du service public de l'hébergement des demandeurs d'asile, alors au demeurant qu'il existe un contexte de saturation du dispositif d'hébergement d'urgence tant sur le volet asile que sur le volet social.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2025, Mme C A conclut :

1°) à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) au rejet de la requête ;

3°) à titre subsidiaire, à ce qu'elle bénéficie d'un délai jusqu'au 31 mars 2025 pour quitter le logement qu'elle occupe et que l'injonction ne soit pas assortie d'une astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat.

Elle fait valoir que :

- la procédure est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la préfète n'a pas envisagé de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence pour apprécier l'opportunité pour elle de rester dans le logement qu'elle occupe ; à tout le moins elle peut invoquer son droit à l'hébergement d'urgence qu'elle tient des dispositions des articles L. 345-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles, eu égard en particulier à son état de santé qui s'est dégradé ;

- la préfète ne démontre pas qu'il existe une situation d'urgence, alors que les conditions climatiques sont particulièrement dégradées ;

- eu égard à la période hivernale, elle doit pouvoir poursuivre l'occupation de son logement jusqu'au 31 mars 2025 inclus.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertolo a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience.

Ont été entendus :

- Mme B, représentant la préfète du Rhône, qui a repris oralement ses observations écrites, et souligné l'absence de réelle vulnérabilité de Mme A, de ce que l'intéressée fait l'objet d'une mesure d'éloignement dans le cadre de laquelle il lui est possible d'accepter l'aide au retour et de bénéficier d'un hébergement d'urgence, enfin de ce qu'il existe une situation d'urgence pour l'hébergement des demandeurs d'asile dans le Rhône, 1 661 personnes étant en liste d'attente.

- les observations de Me Bescou, représentant Mme A, qui indique que Mme A a attendu neuf mois pour bénéficier d'un hébergement, qu'elle a exercé un recours suspensif contre l'obligation de quitter le territoire français du 30 juillet 2024, que la préfète n'a pas examiné la possibilité de lui attribuer un hébergement d'urgence avant de solliciter son expulsion, qu'il existe une contradiction entre les jurisprudences administratives et judiciaires, ce dernier tenant compte de la trêve hivernale, de ce que Mme A a une vulnérabilité particulière, qui a été aggravée du fait de l'absence d'hébergement pendant plusieurs mois, enfin que le taux d'occupation de 99,4% avancé par la préfète laisse une marge pour accueillir des personnes isolées et vulnérables.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. La préfète du Rhône demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme A du logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA), situé 48 rue Lamartine à Vaulx-en-Velin.

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 de ce même code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Enfin, aux termes de l'article R. 552-15 de ce code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".

5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. Par ailleurs, les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent prétendre à un accueil dans une structure d'hébergement, sauf circonstances exceptionnelles le justifiant.

7. D'une part, il résulte de l'instruction que la demande d'asile de Mme A a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 11 juin 2024, que l'OFII lui a indiqué son obligation de quitter son logement au plus tard le 11 juillet 2024, logement qu'elle n'a pas quitté malgré la mise en demeure qui lui a été adressée par la préfète du Rhône le 22 juillet 2024, et que Mme A a fait l'objet d'une mesure l'obligeant à quitter le territoire français édictée le 30 juillet 2024. Si Mme A fait valoir que la procédure serait irrégulière en l'absence de mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence, il résulte de ce qui a été dit au point 6 et eu égard à la situation de Mme A que seules des circonstances exceptionnelles peuvent justifier un tel hébergement. Si l'intéressée fait aujourd'hui état de son état de santé dégradé, il est constant qu'elle s'était engagée à quitter le logement qu'elle occupe au terme du délai autorisé, et il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait sollicité la mise en place d'une autre solution d'hébergement en réponse aux courriers de l'OFII et de la préfète du Rhône, ni même qu'elle aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. L'intéressée a en outre refusé la proposition d'aide au retour volontaire et la solution d'hébergement proposée dans le cadre de ce dispositif. Par ailleurs, les seuls éléments versés au dossier, alors qu'elle est célibataire et sans charge de famille, ne permettent pas de justifier de l'existence de circonstances exceptionnelles qui auraient dû conduire la préfète du Rhône à lui permettre de se maintenir dans le logement qu'elle occupe. Par suite, la demande de la préfète du Rhône ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

8. D'autre part, il résulte suffisamment de l'instruction que le département du Rhône dispose d'un nombre de places en lieux d'accueil insuffisant pour accueillir l'ensemble des demandeurs d'asile primo-arrivants ou déboutés, mais bénéficiant d'un délai supplémentaire de maintien dans les lieux, parmi lesquels figurent des personnes en situation de vulnérabilité, et notamment de jeunes enfants, des malades ou des personnes âgées. Si le taux d'occupation des structures d'hébergement d'urgence s'élève, selon les chiffres énoncés par la préfète du Rhône, à 99,8% dans le département au 31 novembre 2024, il ne saurait se déduire de cette circonstance, qui s'explique notamment par l'existence de vacances d'hébergement le temps de loger de nouveaux demandeurs après le départ des anciens occupants, que le dispositif ne serait pas saturé, comme le prétend Mme A. En outre, le maintien dans son logement de Mme A conduit à ne pas pouvoir accueillir des demandeurs d'asile qui doivent pouvoir bénéficier des conditions matérielles d'accueil, la préfète du Rhône ayant indiqué à l'audience que 1 661 personnes se trouvaient sur la liste d'attente pour un hébergement. En l'espèce, rien ne permet de dire qu'à titre exceptionnel, le maintien en centre d'hébergement de l'intéressée serait justifié. Eu égard à la situation de saturation du système d'hébergement des demandeurs d'asile dans le Rhône, son expulsion, qui est utile, présente, par conséquent, un caractère d'urgence.

8. Il y a dès lors lieu, dans ce contexte, d'ordonner à Mme A de libérer le logement qu'elle occupe indûment dans le centre d'hébergement pour demandeurs d'asile de Vaulx-en-Velin, les dispositions du code des procédures civiles d'exécution relatives à la " trêve hivernale " ne s'appliquant pas en la matière. Compte tenu des circonstances de l'espèce, il y a lieu de fixer à dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance le délai dont dispose Mme A pour libérer son logement. Faute pour l'intéressée d'avoir libéré les lieux, la préfète du Rhône pourra procéder d'office à son expulsion au besoin avec le concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA de Vaulx-en-Velin afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions de l'astreinte demandée par la préfète du Rhône.

9. En dernier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à Mme C A de libérer, dans le délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au sein du centre d'hébergement pour demandeurs d'asile situé 48 rue Lamartine à Vaulx-en-Velin.

Article 3 : Faute pour Mme A d'avoir libéré les lieux à l'expiration d'un délai de dix jours, la préfète du Rhône pourra procéder d'office à son expulsion au besoin avec le concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA de Vaulx-en-Velin afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète du Rhône et à Mme C A.

Fait à Lyon, le 20 janvier 2025.

Le juge des référés,

C. Bertolo

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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