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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2500992

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2500992

lundi 17 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2500992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. C, ressortissant centrafricain, qui contestait un arrêté préfectoral du 16 janvier 2025 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de six mois et une assignation à résidence. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'erreur de droit, jugeant que la préfète de l'Ain avait légalement appliqué les articles L. 612-7 et L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue confirme la validité des mesures d'éloignement, sans faire droit aux demandes d'annulation ou d'injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 janvier 2025 et 10 février 2025, M. D C, représentée par Me Stinat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Ain a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois à son encontre et l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour un durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de procéder au réexamen de sa situation administrative sur le fondement de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer dans cette attente un récépissé avec droit au travail dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires tenant à la situation en République Centrafricaine ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale en France et compte-tenu du fait qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision d'assignation à résidence est entachée d'erreur de droit en méconnaissance de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de perspectives raisonnables d'éloignement le concernant, et dès lors qu'elle est fondée sur une interdiction de retour qui n'a pas pris effet ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il encourt des risques en cas de retour en République Centrafricaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2025, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Journoud, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures à juge unique prévues par les articles L. 921-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 février 2025 :

- le rapport de Mme Journoud, magistrate désignée ;

- les observations de Me Maugez substituant Me Stinat, représentant M. C, non présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La préfète de l'Ain n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de la République Centrafricaine né le 21 août 1991 à Bangui, est entré régulièrement sur le territoire français, via Genève, le 25 novembre 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, valable du 15 novembre au 14 décembre 2019. Sa demande d'asile enregistrée le 10 février 2020 a été rejetée par l'Office français des réfugiés et apatrides par décision du 14 décembre 2021, devenue définitive. M. C a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié à la préfète de l'Ain qui, par un arrêté du 14 octobre 2022, lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. La légalité de cet arrêté a été confirmé tant par le tribunal administratif de Lyon le 3 février 2023 que par la cour administrative d'appel de Lyon le 7 novembre 2024. Alors qu'il faisait l'objet d'un contrôle et d'un placement en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour le 16 janvier 2025, la préfète de l'Ain par un arrêté du 16 janvier 2025 dont M. C demande l'annulation, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois à son encontre et l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par Mme B A, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux à la préfecture de l'Ain, qui bénéficiait, par arrêté n°01-2024-12-16-00001 du 16 décembre 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°01-2024-377 du même jour, d'une délégation pour signer un tel acte. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire de trente jours qui lui a été accordé pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 14 octobre 2022. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Or, le requérant qui réside en France depuis fin novembre 2019, se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis plus de deux ans et n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prononcée à son encontre en dépit du rejet des recours contentieux qu'il a formés devant les juridictions administratives. Dans ces conditions, le principe de l'interdiction de retour et la durée de six mois, retenus par la préfète de l'Ain ne sont en l'espèce pas entachés d'erreur de droit.

5. En troisième lieu, M. C se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France aux cotés de sa mère qui vit en France depuis quinze ans et qui est de nationalité française, et de ses sœurs. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit précédemment sur sa situation, l'intéressé ne démontre pas, par ces seuls éléments, que le centre de ses attaches privées et familiales se situerait exclusivement sur le territoire français alors qu'il est entré en France à l'âge de 28 ans et qu'il a vécu toute sa vie en République Centrafricaine, son pays d'origine où il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et sociales. En outre, M. C n'établit pas le caractère personnel, actuel et réel des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, ni que les autorités de ce pays ne seraient pas en mesure de lui apporter à titre individuel une protection appropriée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de ces conséquences sur sa situation personnelle, la durée de six mois de cette interdiction de retour n'apparaissant pas disproportionnée en l'espèce.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'assignation à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). ".

8. Il résulte des dispositions précitées dans leur version applicable à la date de la décision attaquée, que l'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé, ce qui est le cas de M. C en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. M. C soutient que l'assignation à résidence dont il fait l'objet méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en raison des risques qu'il encourt en cas de retour en République Centrafricaine qui font obstacle à ce que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Toutefois, ce moyen est inopérant à l'encontre de l'assignation à résidence, qui ne désigne pas le pays de renvoi.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées, de même par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles formulées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2025.

La magistrate désignée,

L. Journoud

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière.

N°250099

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