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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501249

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501249

mercredi 19 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantWALID TOUABTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 31 janvier 2025, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Lyon, la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. J F.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Clermont-Ferrand le 30 janvier 2025 et un mémoire, enregistré le 14 février 2025, M. F, représenté par Me Touabti, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2025 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2025 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les arrêtés attaqués ont été pris par des autorités incompétentes ;

- ils sont insuffisamment motivés et sont entachés d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- ils sont entachés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ils méconnaissent les principes du respect des droits de la défense ;

- ils méconnaissent les stipulations de l'article 2 du protocole n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales protégeant son droit de circulation dans le pays de résidence ;

- ils méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit d'observations.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations mais a produit des pièces enregistrées le 4 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme G en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique du 18 février 2025.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien né le 26 décembre 1992, demande l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2025 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ainsi que de l'arrêté du même jour par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pendant une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté du 24 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant à l'encontre de M. F une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans a été signée par Mme E B, sous-préfète et directrice de cabinet à la préfecture du Puy-de-Dôme, qui dispose d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 13 décembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, aux fins de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Jean-Paul Vicat, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant sur la police des étrangers. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'ait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué.

5. L'arrêté du 24 janvier 2025 assignant à résidence M. F dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours a été signé par M. H I, délégué principal au permis de conduire et à la sécurité routière, adjoint à la cheffe de bureau de l'éloignement à la préfecture du Rhône, lequel dispose d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 13 janvier 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, aux fins de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, directrice par intérim, les mesures d'exécution éventuelles telles que les décisions d'assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D n'ait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des signataires des arrêtés en litige doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

7. L'arrêté en litige comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 sur lesquelles il se fonde. Il précise la situation administrative et familiale de l'intéressé depuis son arrivée en France. Il se fonde sur le motif tiré de ce que M. F se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis son entrée irrégulière en France, soit depuis 2022, selon les déclarations du requérant, sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, ni avoir entamé aucune démarche en ce sens et qu'il entre, dans ces conditions, dans le cas des étrangers visés au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, alors que l'autorité administrative n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision et que la motivation de la décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, l'arrêté contesté du préfet du Puy-de-Dôme est motivé en droit et en fait.

8. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. "

9. L'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. F sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour l'assigner à résidence dans le département du Rhône, tant dans son principe que dans ses modalités. Si le requérant se prévaut de ce que l'arrêté en litige mentionne le nom de " Monsieur K ", cette mention résulte manifestement d'une erreur de plume et est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, l'arrêté de la préfète du Rhône, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et ont ainsi permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivé au regard des dispositions précitées de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le requérant ne saurait se prévaloir de ce que l'arrêté de la préfète du Rhône comporte une erreur de plume pour soutenir que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux, lequel ne ressort ni des termes des arrêtés en litige, ni des pièces du dossier. En outre, si M. F fait valoir qu'il vit avec une ressortissante française à Villeurbanne depuis le mois de septembre 2024, circonstance qui n'a pas été prise en compte dans les arrêtés attaquées, d'une part, l'arrêté de la préfète du Rhône fait état de cette relation, d'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 7, les autorités préfectorales n'avaient pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant mais seulement ceux sur lesquels elles fondent leurs décisions. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

11. En quatrième lieu, si le requérant fait valoir que les arrêtés en litige méconnaissent les principes du respect des droits de la défense, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

13. Le requérant fait valoir qu'il est venu en France où vit notamment un oncle, en 2022 et qu'il entretient une relation avec une ressortissante française depuis le mois de septembre 2024. Toutefois, si M. F produit une attestation d'hébergement ainsi qu'une facture d'électricité au nom de sa compagne et de l'enfant de celle-ci, ces éléments ne suffisent pas à établir le caractère réel et sérieux de leur vie commune, cette relation étant, en tout état de cause, récente à la date des décisions attaquées. En outre, M. F, entré irrégulièrement en France, n'a entamé aucune démarche en vue de sa régularisation et ne peut justifier d'un emploi stable en dépit des déclarations selon lesquelles il travaillerait sur le marché de Vaulx-en-Velin. Enfin, si un membre de la famille de M. F est présent en France, il n'établit pas être dépourvu de toute autre attache familiale dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à ses trente ans, le requérant déclarant notamment lors de son audition devant les services de police que le reste de sa famille résidait en Algérie, en particulier ses parents, ses sept frères et ses deux sœurs. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de ce que les décisions en litige porteraient à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par les arrêtés litigieux et méconnaîtraient, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, les arrêtés attaqués, ne sont pas entachés d'erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

14. En dernier lieu, M. F soutient que la décision l'assignant à résidence méconnaît sa liberté fondamentale d'aller et venir, garantie notamment par l'article 2 du protocole additionnel du 16 septembre 1965 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, l'intéressé se trouvait dans le cas où, ne résidant pas régulièrement sur le territoire français et étant sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, l'autorité compétente, en vue de garantir l'exécution de cette obligation, peut limiter sa liberté d'aller et venir en l'assignant à résidence. Par suite, les moyens tirés de l'atteinte portée à sa liberté d'aller et venir et de la méconnaissance de l'article précité doivent être écartés.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J F, à la préfète du Rhône et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2025.

La magistrate désignée,

C. G

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône et au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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