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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501280

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501280

mardi 20 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantHMAIDA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon annule le refus implicite de titre de séjour opposé à M. B..., ressortissant iranien marié à une Française. La décision est fondée sur la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en raison de l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Le tribunal enjoint à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour "vie privée et familiale" sous deux mois. L'État est condamné à verser 1 000 euros à son avocat au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2025, M. A... B..., représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire d’une durée d’un an, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d’un défaut de motivation en l’absence de communication des motifs ;
- elle méconnaît l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n’a pas produit d’observations.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 26 décembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Pin, président-rapporteur ;
- et les observations de M. B....

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant iranien né le 19 février 1998, demande l’annulation de la décision implicite de refus née du silence gardé par la préfète du Rhône sur sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B... est entré régulièrement en France le 1er octobre 2021, en provenance d’Italie et sous couvert d’un visa de longue durée délivré par les autorités italiennes valable dans l’espace Schengen du 25 octobre 2020 au 9 décembre 2021. Il justifie, par les pièces versées au dossier, de l’existence d’une communauté de vie effective, depuis son entrée sur le territoire français, avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 14 avril 2022 puis a contracté mariage le 24 août 2024. En outre, le requérant a suivi, à compter de 2023, une formation en vue d’obtenir un certificat d’aptitude professionnel aux métiers de la coiffure et s’est vu proposer une embauche en contrat d’apprentissage dans un salon de coiffure. M. B... établit, sans être contredit par la préfète du Rhône qui n’a pas produit d’observations dans la présence instance, sa bonne intégration sur le territoire français et justifie de sa très bonne maîtrise de la langue française, comme il l’a d’ailleurs démontré lors de l’audience devant le tribunal. Le centre de ses intérêts personnels et familiaux se situe désormais en France, où il vit avec son épouse, de nationalité française. Par suite, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce, la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. B... a porté au respect de sa vie privée familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

6. Le présent jugement, qui annule le refus de titre de séjour opposé à M. B... implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu’il soit enjoint à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Hmaida, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.



D E C I D E:

Article 1er : La décision implicite de la préfète du Rhône portant rejet de la demande de titre de séjour de M. B... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à M. B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Me Hmaida, avocate de M. B..., une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Hmaida renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à la préfète du Rhône et à Me Hmaida.


Délibéré après l’audience du 6 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Pin, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2026.


Le président-rapporteur,

F.-X. Pin

L’assesseure la plus ancienne,

N. Bardad

La greffière,




F. Abdillah


La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Une greffière,



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