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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501639

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501639

jeudi 19 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOUHALASSA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, qui contestait les décisions du 12 janvier 2025 de la préfète du Rhône lui faisant obligation de quitter le territoire français, assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours et d'une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen de la situation, jugeant la décision suffisamment motivée et fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute de preuves suffisantes de ses attaches en France ou de son état de santé. Enfin, le tribunal a validé l'interdiction de retour d'un an, considérant qu'elle n'était pas disproportionnée au regard de l'article L. 612-8 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2025, M. C B, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 12 janvier 2025 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé à trente jours son délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français, qui est insuffisamment motivée, qui résulte d'un défaut d'examen de sa situation, qui méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qui est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées le 12 mai 2025.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 juin 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Reniez a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né en 1999, M. B conteste les décisions du 12 janvier 2025 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé à trente jours son délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. La décision du 12 janvier 2025 a été signée par Mme Husson, secrétaire générale adjointe, en vertu de la délégation que la préfète du Rhône lui a donnée par un arrêté du 11 juillet 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. Traduisant un examen de la situation particulière du requérant, la décision critiquée, qui vise les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle est fondée ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise notamment que M. B ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire français et ne démontre pas être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, fait état de sa situation familiale et indique qu'il n'apporte pas la preuve qu'il serait diabétique, que son état de santé serait d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait pas se soigner dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation du requérant, en particulier de sa vulnérabilité au regard de son état de santé, et de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doivent être écartés.

4. Aux termes de de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / () ".

5. A l'appui de sa contestation, M. B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis le mois de juin 2023 et de l'importance de ses attaches en France, où vit son frère de nationalité française et où il bénéficie d'un cercle amical important. Toutefois, le requérant ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations et il n'établit ni n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, M. B ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français, ni que son état de santé nécessiterait qu'il y demeure. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire en litige n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

7. M. B, qui déclare être entré en France le 15 juin 2023, soit moins de deux ans avant l'édiction de la décision contestée, ne justifie d'aucune attache sur le territoire français où il ne justifie d'aucune insertion particulière et où il ne conteste d'ailleurs pas avoir été placé en garde à vue pour des faits de vol en réunion. Dans les circonstances de l'espèce, même si le requérant n'a pas précédemment fait l'objet d'une mesure d'éloignement et à supposer même que sa présence ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an en litige ne présente pas de caractère disproportionné.

8. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an qu'il conteste est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions de la préfète du Rhône du 12 janvier 2025 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions du requérant présentées sur leur fondement et dirigées contre l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2025.

La rapporteure,Le président,

E. ReniezA. Gille

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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