Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 février 2025, Mme E... B..., représentée par Me Diockou, demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 21 janvier 2025 par lesquelles la préfète du Rhône a rejeté sa demande tendant à la délivrance d’un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d’office ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant », dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation à fin de délivrance d’une carte de séjour portant la mention « étudiant », et de la munir, dans l’attente, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, d’une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l’ensemble des décisions attaquées :
- elles sont signés par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies
- elle est illégale du fait de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui a produit des pièces enregistrées le 18 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention signée le 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal, relative à la circulation et au séjour des personnes, publiée par le décret n° 2002-337 du 5 mars 2002 ;
- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal, signé à Dakar le 23 septembre 2006, et l'avenant à cet accord, signé à Dakar le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné comme rapporteure publique Mme D... pour l’audience du 16 décembre 2025 de la septième chambre du tribunal ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Cottier ;
- les observations de Me Diockou et de Mme B... ;
Considérant ce qui suit :
Mme B..., ressortissante sénégalaise née le 25 mai 1995, est entrée en France le 6 septembre 2020 munie d’un visa long séjour portant la mention « étudiant ». Elle demande l’annulation des décisions du 21 janvier 2025 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour « étudiant », lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d’office.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne le moyen dirigé contre l’ensemble des décisions attaquées :
Les décisions attaquées ont été signées par Mme A... C..., directrice adjointe des migrations et de l’intégration, laquelle disposait d’une délégation de signature résultant d’un arrêté du 13 janvier 2025, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte ne peut qu’être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d’un titre de séjour « étudiant »:
En premier lieu, la requérante soutient que cette décision est insuffisamment motivée et que la préfète n’aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation. En l’espèce, cette décision fait état de sa demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité d’étudiant sur le fondement de l’article 9 de la convention franco-sénégalaise. Elle expose les éléments relatifs aux conditions d’entrée et de séjour en France de la requérante, son cursus universitaire dont les échecs connus et l’existence d’absences injustifiées à différents modules d’enseignement. Contrairement à ce qu’indique la requérante, la décision refusant de l’admettre au séjour en qualité d’étudiante, n’a pas à reprendre l’ensemble des éléments concernant sa situation personnelle. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en fait et en droit. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit ainsi être écarté. Cette motivation révèle également que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l’intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de sa situation doit également être écarté.
En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s’appliquent, ainsi que le rappelle l’article L. 110-1 du même code, « sous réserve des conventions internationales ». Aux termes de l’article 9 de la convention franco-sénégalaise susvisée : « Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d’effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d’origine, sur le territoire de l’autre État, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l’article 4, présenter une attestation d’inscription ou de pré-inscription dans l’établissement d’enseignement choisi (…). Ils doivent en outre justifier de moyens d’existence suffisants, tels qu’ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention « étudiant ». Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d’existence suffisants ».
Pour l’application des stipulations de l’article 9 de la convention franco-sénégalaise précitée, il appartient à l’administration, saisie d’une demande de renouvellement de titre de séjour, de rechercher à partir de l’ensemble du dossier, si l’intéressée peut être raisonnablement regardée comme poursuivant effectivement ses études, en en appréciant la réalité, le sérieux et la progression.
Pour apprécier le caractère réel et sérieux, et la progression dans ses études de la requérante, l’autorité administrative a tenu compte premièrement de l’obtention de sa licence de sociologie à la fin de l’année universitaire 2020/2021 à l’université Le Havre Normandie, deuxièmement de la circonstance qu’à l’issue de de l’année universitaire 2023/2024, elle n’avait pas validé le master 2 de sociologie à l’université Lyon 2 auquel elle était inscrite à raison notamment d’absences injustifiées à la quasi-totalité des unités d’enseignement du second semestre de l’année universitaire 2023/2024 et troisièmement de son inscription pour l’année universitaire 2024/2025 dans une formation en alternance « apprenti titre professionnel manager des organisations » de niveau Bac+4 dispensée par un établissement d’enseignement supérieur privé Opus formation, au demeurant réalisée à distance. Au regard de ces éléments non utilement contestés par la requérante, la préfète du Rhône a estimé qu’il n’y avait ni sérieux ni progression de la requérante et que cette réorientation en 2024/2025 dans un cursus sans lien direct avec les précédentes études menées ne s’inscrivait pas dans une stratégie professionnelle de l’intéressée. Dans ces conditions, alors même que la requérante allègue que ses échecs ont été dus à la perte de son père en 2021 et à l’impossibilité dans laquelle elle s’est trouvée de réaliser le stage obligatoire du second semestre de master 2, la préfète du Rhône, a pu, sans erreur d’appréciation, considérer que Mme B... ne justifiait pas d’une progression suffisante et du caractère réel et sérieux de ses études et lui refuser pour ce motif de lui renouveler son titre de séjour en qualité d’étudiante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal doit être écarté.
En troisième lieu, Mme B... ne peut utilement se prévaloir, par voie d’exception, de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée le même jour, cette décision ne constituant pas la base légale du refus de renouvellement de titre de séjour étudiant en litige.
En quatrième lieu, dès lors que Mme B... n’a sollicité que le renouvellement de son titre de séjour « étudiant », le moyen, à le supposer soulevé, tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentale est inopérant et ne peut par suite qu’être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, en l’absence d’illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité, soulevé par voie d’exception à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».
Mme B..., au soutien de son moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état de sa durée de présence en France, des relations amicales qu’elle y a développées de la circonstance qu’elle perçoit une rémunération de 1800 euros par mois et paie des impôts. Toutefois, Mme B... a obtenu un titre de séjour en qualité d’étudiant, lequel ne lui donne pas vocation à rester sur le territoire français. Elle ne justifie d’aucun lien particulier en France. Célibataire et sans charge de famille, elle ne justifie pas être dépourvue d’attaches dans son pays d’origine où elle a vécu l’essentiel de son existence. Concernant son insertion professionnelle, elle ne produit qu’une fiche de paye du mois de janvier 2025 pour un emploi en qualité d’apprentie serveuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation de la décision attaquée, n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions aux fins d’injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il en soit fait application à l’encontre de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E... B... et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Mariller, présidente,
M. Segado, président,
Mme Cottier, présidente
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2026.
La rapporteure,
C. Cottier
La présidente,
C. Mariller
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,