lundi 7 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2505335 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | SELARL AD JUSTITIAM |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024 sous le n°2505335, M. C A, représenté par la SELARL AD Justitiam (Me Thinon), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2025 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, en cas d'annulation pour un motif de forme, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire, en cas d'annulation pour un motif de fond, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente pour ce faire ;
En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale compte-tenu de l'illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour sur lequel elle se fonde ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2025, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucune des moyens de la requête n'est fondé.
II. Par une requête, enregistrée le 17 juin 2025 sous le n°2507773, M. C A, représenté par la SELARL AD Justitiam (Me Thinon), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 juin 2025 par lequel le préfet de la Loire l'a assigné à résidence dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente pour ce faire ;
- il est entaché d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte-tenu du caractère suspensif du recours introduit à l'encontre de l'arrêté du 25 mars 2025 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2025, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucune des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les arrêtés attaqués et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Journoud, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures à juge unique prévues par les articles L. 921-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Journoud, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 3 juillet 2025.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 1er mai 2002 à Abodo (Côte-d'Ivoire), déclare être entré irrégulièrement en France le 1er octobre 2018. M. A a obtenu un titre de séjour mention " salarié " valable jusqu'au 16 octobre 2023. Il a obtenu un rendez-vous pour déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour le 22 janvier 2024. Par un arrêté du 25 mars 2025, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Loire, a refusé de renouveler son titre de séjour mention " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Par un second arrêté du 11 juin 2025, dont le requérant placé en garde à vue pour des faits de violences volontaire entrainant une incapacité temporaire de travail supérieur à huit jours demande également l'annulation, le préfet de la Loire l'a assigné à résidence dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2505335 et 2507773, présentées par M. A, concernent la situation d'un même ressortissant étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. A, assigné à résidence, et du fait que l'intéressé a introduit une demande d'aide juridictionnelle pour chacune de ses deux requêtes, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précité au point précédent.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 25 mars 2025 :
S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :
5. L'arrêté attaqué du 25 mars 2025 a été signé par M. B D, sous-préfet de Saint-Étienne, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation du préfet de la Loire, par un arrêté du 30 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire le 1er août suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, afin de signer tous actes, arrêtés, décisions, documents et correspondances administratives dans le cadre de la procédure relevant du droit des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
S'agissant de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :
6. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui.". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, et contrairement à ce que soutient M. A, ce dernier ne justifiait plus d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. En effet, le contrat à durée déterminée d'insertion à temps partiel du 4 septembre 2023, en qualité d'ouvrier d'entretien des bâtiments et espaces verts, dont le requérant se prévaut, couvrait la période du 4 septembre 2023 au 31 janvier 2024, prolongé par un avenant du 1er février 2024 pour un mois jusqu'au 29 février suivant, puis à nouveau par un avenant du 1er mars 2024 jusqu'au 21 juillet 2024. Par ailleurs, l'autorisation de travail que M. A produit à l'appui de sa requête ne concerne qu'une période de quatre mois à compter du 9 novembre 2023 et était expirée à la date de la décision attaquée, de même que son CDD d'insertion. Ainsi, le préfet de la Loire pouvait pour ce seul motif refuser de renouveler le titre de séjour " salarié " de l'intéressé. En outre, si le requérant, au demeurant célibataire et sans charge de famille, se prévaut de son insertion socio-professionnelle en France, il produit un diplôme de certificat d'aptitude professionnelle en tant que peintre applicateur de revêtement sans rapport avec le contrat et l'autorisation de travail expirée produits. Dans ces conditions, et en dépit de ses efforts d'insertion professionnelle et de son assiduité aux formations dispensées par l'office français de l'immigration et de l'intégration, néanmoins obligatoires dans le cadre du contrat d'intégration républicaine, M. A ne démontre pas avoir établi des liens stables et intenses sur le territoire français et n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaitrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de la Loire n'a pas entaché la décision en litige d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour, le moyen soulevé par M. A et tiré de l'illégalité de cette décision, emportant un défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8 du présent jugement, le préfet de la Loire en prenant la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas non plus entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A. Par suite, ces deux moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne l'arrêté du 11 juin 2025 :
11. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit également être écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
13. Il est constant qu'à la date à laquelle a été prise la décision d'assignation à résidence, le délai de départ volontaire accordé à M. A avait expiré. La circonstance que M. A ait introduit une requête à l'encontre de l'arrêté du 25 mars 2025 qui comprend notamment une décision d'obligation de quitter le territoire français, s'il est suspensif de l'exécution de la mesure d'éloignement, n'a pas eu pour effet d'interrompre le délai de départ volontaire de trente jours, accordé à l'intéressé. Par suite, en se fondant sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dont le délai de départ volontaire avait expiré, le préfet de la Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. En dernier lieu, par les seules pièces qu'il produit, M. A, qui est sans charge de famille en France, n'apporte pas d'éléments démontrant que compte tenu de sa situation personnelle et professionnelle, la décision portant assignation à résidence, tant en son principe qu'en tant qu'elle met à la charge de ce dernier les obligations de présentation et d'interdiction de sortie du département de la Loire, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés des 25 mars et 11 juin 2025 par lesquels le préfet de la Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a assigné à résidence dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours. Les conclusions à fin d'annulation de ses requêtes doivent donc être rejetées, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Loire et à Me Thinon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2025.
La magistrate désignée,
L. Journoud
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière.
N°s 2505335 et 2507773
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026