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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2505612

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2505612

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2505612
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de M. B, ressortissant albanais, contestant un arrêté préfectoral du 25 avril 2025 l'obligeant à quitter le territoire français, assorti d'une interdiction de retour de 18 mois et d'une assignation à résidence. Le requérant invoquait notamment l'incompétence de l'autorité, le défaut de motivation, l'erreur de droit concernant l'article L. 425-10 du CESEDA, la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et de l'article 3-1 de la CIDE. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens, considérant que la préfète avait procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B et que les décisions étaient légalement justifiées au regard des textes applicables.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 22 mai 2025, M. D B, représenté par Me Couderc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2025 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2025 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont prises par une autorité incompétente ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la préfète du Rhône n'a pas vérifié s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale, dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant 18 mois :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours :

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions précédentes ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés ;

- le risque que M. B se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet est également caractérisé au regard des circonstances visées aux 4° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 5 mai 2025.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mai 2025 :

- le rapport de Mme Gros,

- les observations de Me Naili, substituant Me Couderc, pour M. B, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête,

- et les observations de M. B, qui indique vouloir demeurer en France dans l'intérêt de sa fille E.

La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant albanais né le 11 février 1992, demande l'annulation des arrêtés du 25 avril 2025 par lesquels la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois, d'une part, et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, d'autre part.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme G F, cheffe du bureau de l'éloignement, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 7 février 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration par intérim. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date des décisions attaquées, Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

5. En second lieu, ni les termes des décisions attaquées, ni aucune autre pièce du dossier, ne permettent de considérer que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé, pour chaque décision, à un examen particulier et complet de la situation personnelle de M. B et aurait, ainsi, commis une erreur de droit.

En ce qui concerne la décision obligeant M. B à quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

7. En premier lieu, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique qu'il ne justifie ni être entré régulièrement en France, ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et procède à l'examen des attaches dont il dispose en France et dans son pays d'origine. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Ces dispositions, dans leur rédaction applicable au litige, sont issues de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier plus largement le droit au séjour de l'étranger au regard des informations en sa possession résultant en particulier de l'audition de l'intéressé, compte tenu notamment de la durée de sa présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un droit au séjour.

9. En l'espèce, dans l'arrêté attaqué, la préfète du Rhône indique avoir vérifié le droit au séjour de M. B, y compris au regard de la durée de sa présence en France, de la nature et de l'ancienneté des liens dont il y dispose ou encore de circonstances humanitaires. En l'absence d'élément en sens contraire, elle doit, ainsi, être regardée comme ayant examiné si le requérant remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard des informations en sa possession résultant en particulier de l'audition de l'intéressé. Le moyen doit, par suite, être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article L. 425-9 de ce code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

11. Il ressort des pièces médicales produites que la fille de M. B, E, née le 15 décembre 2019, a été opérée le 18 février 2022 d'une hernie inguinale droite et est atteinte d'une neurofibromatose de type 1, notamment responsable d'un trouve développemental du langage oral sévère. Si un suivi pluridisciplinaire (neurologie pédiatrique, ophtalmologie, orthophonie, psychomotricité) a été mis en place en France, les éléments versés aux débats ne permettent pas d'établir que la jeune E ne pourrait effectivement bénéficier d'une prise en charge adaptée en Albanie, ni d'ailleurs que le défaut de celle-ci pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône ne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français, dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la jeune E ne pourrait bénéficier d'une prise en charge adaptée à son état de santé en Albanie, ni qu'un retour dans ce pays serait de nature à compromettre son développement de façon significative. Par suite, en obligeant M. B à quitter le territoire français, la préfète du Rhône n'a pas porté à l'intérêt supérieur de sa fille mineure une atteinte contraire aux stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France pour la dernière fois au mois de juillet 2021, soit moins de quatre ans avant l'intervention de la décision attaquée. Son épouse, de même nationalité que lui, se trouve également en situation irrégulière sur le territoire français. Ainsi qu'il a été dit plus haut, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de leur fille E exigerait qu'elle demeure sur le territoire français. Il n'est pas davantage établi que cette dernière ne pourrait être scolarisée en Albanie, de même que sa demi-sœur aînée, Amanda, née en 2009. Dans ces conditions, en dépit de la présence en France de sa mère, de son père et d'une sœur, dont les demandes de première délivrance ou de renouvellement de titres de séjour étaient, à la date de la décision attaquée, en cours d'examen, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En sixième lieu, compte-tenu de ce qui précède, en obligeant M. B à quitter le territoire français, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une telle décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision refusant à M. B un délai de départ volontaire :

17. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

18. En premier lieu, la décision de refus de délai de départ volontaire vise notamment les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que M. B, qui a été interpellé et placé en garde à vue le 24 avril 2025 pour des faits de violence aggravée, constitue une menace pour l'ordre public et ajoute qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, dès lors qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, ne dispose pas d'un passeport en cours de validité, n'a effectué aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative depuis son retour sur le territoire français et ne démontre pas résider de manière stable et effective à l'adresse indiquée lors de son audition, qui est, au surplus, celle de la victime des violences pour lesquels il est mis en cause. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de refus de délai de départ volontaire.

20. En troisième lieu, il est constant que M. B, qui n'établit pas être entré régulièrement en France, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, l'intéressé ne dispose pas d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Ces seules considérations permettaient à la préfète du Rhône, en l'absence de circonstances particulières, de retenir l'existence d'un risque que le requérant se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Il résulte de l'instruction que la préfète du Rhône aurait pris la même décision de refus de délai de départ volontaire si elle ne s'était fondée que sur l'existence d'un tel risque de fuite. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

21. En quatrième lieu, compte-tenu des circonstances mentionnées aux points 11 et 15, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

22. En premier lieu, la décision fixant le pays à destination duquel M. B pourra être éloigné d'office vise notamment les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique la nationalité de l'intéressé et précise qu'il n'est pas établi que sa vie ou sa liberté serait menacée ou qu'il serait exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

23. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

24. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement inhumains ou dégradants ".

25. Si M. B soutient avoir fui l'Albanie avec son épouse pour échapper à des mauvais traitements, il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

26. En quatrième lieu, pour les motifs exposés aux points 11 et 15, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision interdisant à M. B de revenir sur le territoire français pendant 18 mois :

27. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

28. En premier lieu, la décision interdisant à M. B de revenir sur le territoire français pendant 18 mois vise notamment les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève l'absence de circonstances humanitaire et indique que l'intéressé ne réside pas habituellement en France depuis 2011 comme il prétend, que ses attaches familiales sont constituées de son épouse, victime des violences aggravées pour lesquelles il est mis en cause, et de leur enfant, à l'éducation et à l'entretien duquel il ne démontre pas contribuer, qu'il a déjà fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement édictées les 27 mars et 4 août 2014 et que son comportement est constitutif d'une menace pour l'ordre public. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

29. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant 18 mois.

30. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à l'interdiction de retour sur le territoire français pendant 18 mois, être écartés pour les mêmes motifs que précédemment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français.

31. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision interdisant à M. B de revenir sur le territoire français pendant de 18 mois emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation de l'intéressé, qui dispose en tout état de cause de la possibilité d'en demander l'abrogation.

En ce qui concerne la décision assignant M. B à résidence pour une durée de 45 jours :

32. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

33. En premier lieu, la décision assignant M. B à résidence pour une durée de 45 jours vise notamment les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que si l'intéressé, qui n'a été en mesure de présenter à l'administration aucun document d'identité ou de voyage, ne peut quitter immédiatement le territoire français, son éloignement demeure une perspective raisonnable, dès lors qu'il peut solliciter des autorités consulaires un laissez-passer ou un passeport. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

34. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français, le refus de délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français pendant 18 mois n'ayant pas été annulés, M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de la décision l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours.

35. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision assignant M. B à résidence pour une durée de 45 n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

36. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

37. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

38. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie des frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

La magistrate désignée,

R. Gros

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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