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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2506383

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2506383

vendredi 13 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2506383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ADDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a été saisi en référé par la société ABSUP pour demander la suspension de son déréférencement de la plateforme "Mon compte formation" et le blocage de ses paiements, décidés par la Caisse des dépôts et consignations. Le juge a constaté que la décision initiale du 30 avril 2025 avait été remplacée par une décision définitive de sanction le 6 juin 2025, rendant sans objet la demande de suspension de la première décision. Pour le surplus, il a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, la société ne démontrant pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts justifiant une suspension. La requête a donc été rejetée, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire, et des pièces, enregistrés le 23 mai et 9 et 10 juin 2025, la société ABSUP demande au juge des référés du tribunal administratif de Lyon, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'une part, la suspension de l'exécution de la décision du 30 avril 2025 opposée par la Caisse des dépôts et consignations, portant blocage de paiements des actions de formation effectuées ou en cours, et prononçant le déréférencement de la société ABSUP sur la plateforme " Mon compte formation ", pour une durée de six mois et jusqu'au terme de la procédure contradictoire, d'autre part, la suspension de l'exécution de la décision du 6 juin 2025 mettant fin à cette procédure contradictoire et prononçant le déréférencement de la société ABSUP sur la plateforme " Mon compte formation ", pour une durée de six mois, ainsi que le rejet des demandes de paiement des actions de formations contrôlées ainsi que celles en attente de paiement.

2°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de référencer à nouveau la société

ABSUP sur la plateforme " Mon Compte formation " dans un délai de trois jours à compter de la présente ordonnance, sous astreinte de 1 000 € par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de procéder au règlement de la somme de 26 624 euros correspondant au montant des formations entièrement réalisées et déclarées comme telles sur la plateforme ;

4°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de procéder au règlement de la somme de 61 210 euros correspondant au montant des formations validées avant l'intervention de la décision du 30 avril 2025 ;

5°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que son déférencement de la plateforme dématérialisée " Mon Compte Formation " a pour conséquence directe de la priver de sa principale source de revenus, en provoquant une désorganisation brutale de son modèle économique et une atteinte exceptionnelle à ses intérêts financiers ; elle n'est pas en mesure de réorienter rapidement son activité, au vu du contexte économique général et de l'impact de ce dernier sur la clientèle visée par la formation professionnelle ; le déréférencement a eu un effet massif sur son activité au cours de l'année 2025 ; elle ne peut, à cause de cette chute de son chiffre d'affaires, faire face à ses engagements financiers courants ;

- sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :

* le signataire de la décision du 30 avril 2025, qui a ouvert la procédure contradictoire, ne justifie pas d'une délégation régulière de signature ;

* la décision attaquée est entachée d'erreurs de faits et d'erreurs manifestes d'appréciation, aucun des motifs qu'elle invoque n'étant fondé ;

* les mesures conservatoires qu'elle prononce sont entachées d'une erreur de droit en faisant application des dispositions de l'article L. 6333-6-1 du code du travail alors qu'aucun manquement de la société ABSUP n'est constaté dans ce dossier.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2025, la Caisse des dépôts et consignations conclut à titre principal au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire au rejet de la requête, et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société ABSUP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'adoption d'une décision définitive de sanction a mis fin aux mesures conservatoires, de sorte que les conclusions à fin de suspension de la décision du 30 avril 2025 sont sans objet.

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 23 mai 2025 sous le n° 2506382 par laquelle la société ABSUP demande l'annulation de la décision du 30 avril 2025.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Di Nicola, représentant la société ABSUP, qui reprend oralement les moyens et conclusions de ses écritures. Elle indique en particulier que la décision du 6 juillet 2025 doit être regardée comme s'étant substituée à la décision du 30 avril 2025.

- les observations de Me Guéna, suppléant Me Nahmias, qui persiste dans ses conclusions et moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. La société ABSUP, organisme de formation professionnelle, propose des actions de formation sur la plateforme " Mon Compte Formation ". Le 30 avril 2025, la Caisse des dépôts et consignations a adressé à cette société un courrier ouvrant procédure contradictoire et l'informant d'un certain nombre de griefs relevés à son encontre. Ce courrier indiquait également à cette société que, conformément à l'article R. 6333-6-1 du code du travail, son déréférencement ainsi que le blocage des paiements des formations effectuées ou en cours pour une période maximale de 6 mois étaient prononcés à titre de mesures conservatoires. Par un courrier du 6 mai 2025, la société ABSUP a répondu aux griefs soulevés par la Caisse des dépôts et consignations. Par une décision du 6 juin 2025, la caisse des dépôts et consignations a mis fin à la procédure contradictoire et a prononçé le déréférencement de la société ABSUP sur la plateforme " Mon compte formation ", pour une durée de six mois, ainsi que le rejet des demandes de paiement des actions de formations contrôlées ainsi que celles en attente de paiement. La société ABSUP demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions du 30 avril 2025 et du 6 juin 2025.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 6333-6-1 du code du travail, dans sa rédaction issue du décret n° 2023-1350 du 28 décembre 2023 portant diverses mesures relatives au compte personnel de formation ainsi qu'au bilan de compétences et visant à lutter contre la fraude à ce compte et à interdire le démarchage de ses titulaires : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement d'un prestataire mentionné à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits de nature à porter une atteinte grave aux intérêts publics, elle peut suspendre pendant une durée maximale de six mois le paiement du prestataire et son référencement sur le service dématérialisé préalablement ou au cours de la procédure contradictoire mentionnée au premier alinéa de l'article R. 6333-6. / Ces mesures sont d'effet immédiat et peuvent être maintenues jusqu'au terme de la même procédure contradictoire. ".

4. Il résulte de l'instruction que par une décision du 6 juin 2025, la caisse des dépôts et consignations a procédé à la clôture de la période contradictoire prévue à l'article 13 des conditions générales d'utilisation de " Mon Compte Formation ", et décidé, d'une part, de procéder au déférencement de la société ABSUP pour une période de six mois, et d'autre part, de bloquer le paiement des actions de formation contrôlées et celles en attente de paiement, ces mesures prenant effet à compter de leur notification. Il en résulte que les deux mesures de sauvegarde contestées par la société ABSUP ont pris fin avec cette décision du 6 juin 2025, qui met fin à la procédure contradictoire mais ne se substitue pas à la décision du 30 avril 2025, et que les conclusions de la requérante tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 30 avril 2025 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a pris à son encontre deux mesures de sauvegarde sont devenues sans objet. Il n'y a par suite pas lieu d'y statuer.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière. ".

6. Si la société ABSUP demande dans le dernier état de ses écritures la suspension de la décision du 6 juin 2025, elle ne justifie pas avoir formé une requête distincte tendant à l'annulation de cette décision dont elle demande la suspension, et n'en joint pas une copie, comme l'imposent les dispositions de l'article R. 522-1 du code de justice administrative. Sa demande de suspension est donc irrecevable.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins de suspension et d'injonction de la société ABSUP doivent être rejetées.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge des parties les sommes qu'elles ont exposées au titre des frais non compris dans les dépens

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la société ABSUP tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 30 avril 2025 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a pris à son encontre deux mesures de sauvegarde pour une durée de six mois.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société ABSUP et à la caisse des dépôts et consignations.

Fait à Lyon, le 13 juin 2025

Le juge des référés,

C. Bertolo

Le greffier,

T. ClémentLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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