lundi 16 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2506895 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | POCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juin 2025, M. A B, représenté par Me Pochard, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 2 mars 2025 par laquelle la préfète du Rhône a refusé d'enregistrer sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la Préfète du Rhône de réexaminer sa demande d'enregistrement de sa demande d'asile, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 440 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou de lui verser directement cette somme en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie : l'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fait obligation à l'administration d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de trois jours ; le refus d'enregistrement fait obstacle à l'examen de sa demande d'asile, alors qu'il a multiplié les démarches amiables ; il risque de se voir éloigné du territoire, ce qui constitue une source importante d'anxiété ;
- sont de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision, les moyens suivants : la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile à l'issue du délai de transfert, le refus méconnaissant le droit constitutionnel d'asile et l'article 29 du règlement (UE) 604/2013 ; le refus méconnait les dispositions des articles L. 521-1, L.521-4, L. 521-7 et R. 521-1 et R. 521-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il dispose d'un domicile stable à Limonest et sa demande doit être enregistrée dans le Rhône.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2025, la préfète du Rhône conclut au non-lieu à statuer.
Elle fait valoir que la demande d'asile du requérant dépendait d'une requalification, laquelle relevait d'une autre préfecture.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2506899 enregistrée le 5 juin 2025 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision en litige ;
Vu :
- la Constitution ;
- le règlement UE n°604/2013 du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Pochard, représentant MEgor B, qui a repris ses moyens et conclusions.
La préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant russe né le 11 décembre 1975, est entré en France le 23 mars 2022 muni d'un visa Schengen délivré par les autorités italiennes. Il a sollicité l'asile en France et sa demande a été enregistrée le 21 décembre 2022, puis il a été placé en procédure Dublin par un arrêté du 27 décembre 2022 de la préfète du Loiret. Le 14 août 2024, le délai de dix-huit mois prévu par le règlement UE n°604/2013 du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 est arrivé à échéance. Par des courriers reçus le 30 décembre 2024 par la préfecture du Rhône et l'Office français de l'immigration et de l'intégration, M. B a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile en France. Le requérant demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé d'enregistrer sa demande d'asile.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
3. La préfecture indique en défense que la demande d'asile du requérant dépendait d'une requalification, laquelle relevait d'une autre préfecture, et que l'avocat de M. B a été informé. Toutefois, si ces circonstances mettent en évidence des difficultés dans le traitement administratif de la demande de M. B, elles ne sauraient priver d'objet le litige, la préfète du Rhône ne faisant pas valoir qu'elle aurait retiré la décision implicite contestée ou statué expressément sur la demande du requérant. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin de suspension :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
5. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. " L'article L. 521-4 du même code prévoit que : " L'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande d'asile à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation ". Selon l'article L. 521-5 : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, il est fait application des dispositions du titre VII. " Enfin, aux termes de l'article 29.2 2. du règlement (UE) n ° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. ".
6. D'autre part, aux termes de l'article R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice du second alinéa de l'article 11-1 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements, lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département et, à Paris, du préfet de police. ". L'article R. 521-8 du même code prévoit que : " Après qu'il a satisfait aux obligations prévues aux articles R. 521-5 à R. 521-6, si l'examen de la demande relève de la compétence de la France et sans préjudice des dispositions de l'article R. 521-10, l'étranger est mis en possession de l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7. / Cette attestation ne permet pas de circuler librement dans les autres Etats membres de l'Union européenne. " Selon l'article R*521-11 de ce code : " En application de l'article L. 231-5 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé par l'administration sur les demandes formées sur le fondement de l'article R. 521-8 vaut décision de rejet. "
7. D'une part, si un arrêté de transfert a été pris le 27 décembre 2022 à l'encontre de M. B par la préfète du Loiret, il ne résulte pas de l'instruction de ce transfert aurait été mis à exécution dans les délais de six mois ou dix-huit mois impartis par les dispositions du règlement (UE) n ° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, de sorte que la France est devenue l'État responsable de la demande d'asile de M. B. Il est par ailleurs constant que l'intéressé, qui réside désormais dans le Rhône, a sollicité l'enregistrement de sa demande le 30 décembre 2024 auprès de l'autorité compétente, et qu'aucune décision expresse n'a été prise par la préfète du Rhône, de sorte qu'une décision implicite de rejet est née le 2 mars 2025, alors que la préfète était tenue d'enregistrer sa demande dans un délai de trois jours, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette situation, qui porte atteinte au droit constitutionnel d'asile de M. B, caractérise une situation d'urgence, en dépit du fait que l'intéressé, qui est hébergé à titre gracieux, ne fasse pas valoir d'éléments particuliers de vulnérabilité. Par suite, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
6. D'autre part, en l'état de l'instruction, au moins les moyens tirés de ce que la décision implicite contestée méconnait l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 et l'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
7. Les deux conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies en l'espèce. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite contestée, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
8. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard aux motifs de la présente ordonnance, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer la demande d'asile de M. B dans le délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Me Pochard au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire
Article 2 : L'exécution de la décision implicite née le 2 mars 2025 par laquelle la préfète du Rhône a refusé d'enregistrer la demande d'asile de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la demande de M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Pochard au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la préfète du Rhône et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à Me Pochard.
Fait à Lyon, le 16 juin 2025.
Le juge des référés,La greffière,
C. BertoloA. Senoussi
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026