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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2506932

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2506932

lundi 30 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2506932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBOUHALASSA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. E, ressortissant congolais, contestant les décisions du 30 avril 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de trois ans et assignation à résidence. Le juge a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, et a estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, malgré la présence de son enfant français, compte tenu de la fragilité de ses attaches et de ses antécédents judiciaires. La solution s'appuie sur les articles L. 612-1, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2025, M. B E, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 30 avril 2025 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite, l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de trois ans et l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît également l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- cette décision procède d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code précité ; elle méconnaît également son droit à une vie privée et familiale normale ; le quantum retenu revêt un caractère disproportionné ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement.

Par un mémoire, enregistré le 18 juin 2025, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné M. Gilbertas en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gilbertas a été entendu à l'audience.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 27 avril 1990, demande l'annulation des décisions du 30 avril 2025 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite, l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de trois ans et l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. E tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

3. D'une part, la décision attaquée est signée par Mme D C, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux de la préfecture de l'Ain, investie à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 18 avril 2025, régulièrement publiée le 22 avril suivant. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit ainsi être écarté.

4. D'autre part, la décision attaquée vise les dispositions et stipulations dont elle fait application et relève les éléments biographiques de l'intéressé pertinents pour cette application. A cet égard, la décision en litige précise les liens familiaux dont dispose le requérant sur le territoire national, et notamment la présence de l'un de ses enfants en France, sans que l'absence de mention des modalités de garde de cet enfant ne révèle une insuffisance de motivation. Dans ces conditions, le moyen afférent doit être écarté.

5. Enfin, M. E fait valoir résider en France depuis 2012, sans que les éléments produits n'atteste une présence antérieure à l'année 2017, y disposer de la présence de son frère et être le père de plusieurs enfants de mères différentes et notamment du jeune A, né en mai 2017 et de nationalité française, dont il partage l'autorité parentale et dispose d'une garde partagée depuis un jugement du 24 septembre 2021 du tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse. Il indique également avoir eu une activité professionnelle, dans le secteur de la manutention en intérim, entre les années 2018 et 2021. Toutefois, de tels liens avec le territoire national apparaissent fragilisés par les circonstances tenant à ce qu'il a été, par décision de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon du 4 juillet 2019, reconnu irresponsable de faits de viol et violence conjugales sur la mère du jeune A pour cause de trouble mental et qu'il a été interdit d'entrer en contact avec celle-ci pour une durée de vingt ans, que par un jugement du 12 décembre 2019 il a également été reconnu irresponsable pour les mêmes raisons de faits de menaces de mort répétées sur des personnes chargées de service public et son admission en soins psychiatriques a été ordonnée, que par des jugements des 17 mars 2021 et 19 avril 2024 des tribunaux correctionnels d'Albertville et Bourg-en-Bresse, il a été condamné à des peines d'emprisonnement avec sursis et d'amende pour, respectivement, des faits d'usage de faux documents et violence conjugales, qu'il est convoqué le 6 novembre 2025 devant cette dernière juridiction pour des faits de violences avec arme ou menace d'une arme sans incapacité et, enfin, qu'il reste mis en cause pour des faits de harcèlement de la mère du jeune A dans le cadre d'une procédure toujours en cours. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, et compte tenu de ce que M. E ne verse aucun élément, outre le seul jugement du 24 septembre 2021, tendant à démontrer la réalité de l'exercice de la garde partagée du jeune A, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant à sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard de ses objectifs ni une atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, la seule situation du jeune A étant par ailleurs caractérisée alors que M. E se prévaut également de la paternité de trois enfants vivant en Italie et en Suisse de mères différentes. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent ainsi être écartés ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".

7. Pour refuser à M. E un délai de départ volontaire, la préfète de l'Ain, au visa des dispositions précitées, a relevé que la présence de l'intéressé en France constituait une menace pour l'ordre public, qu'il était entré irrégulièrement sur le territoire national, qu'il avait indiqué lors de son audition par les services de police qu'il entendait se soustraire à la mesure d'éloignement en cause et qu'il ne disposait pas de logement fixe. Si M. E conteste la qualification de menace à l'ordre public retenue, la seule circonstance tenant à ce qu'il a été reconnu pénalement irresponsable en 2019 est sans emport sur la réalité, l'actualité et la gravité d'une telle menace, ainsi qu'illustrée par l'ensemble des condamnations et faits reprochés, ainsi que résumé au point 5 du présent jugement, qu'il se borne à contester de manière peu circonstanciée. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain ayant sans erreur d'appréciation retenu l'existence d'une telle menace et M. E ne contestant pas les autres motifs retenus, c'est par une exacte application des dispositions précitées, et sans erreur manifeste d'appréciation, que la préfète de l'Ain a pu lui refuser le bénéfice d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Pour interdire M. E de retour sur le territoire national, la préfète de l'Ain, au visa des dispositions précitées, a relevé que l'intéressé justifiait d'une présence de huit ans en France, qu'il y disposait de liens familiaux ainsi que résumé au point 5 du présent jugement et que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. En se bornant à faire valoir les circonstances familiales précédemment analysées et à contester la qualification de menace à l'ordre public retenue, M. E, ainsi qu'il a été dit, ne démontre pas que la décision en litige porterait à ses liens avec le territoire national une atteinte disproportionnée au regard de ses objectifs ni, compte tenu du quantum retenu de trois ans pour la mesure, qu'elle revêtirait un caractère disproportionné. C'est ainsi sans méconnaissance des dispositions précitées, de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et sans disproportion que la préfète de l'Ain a interdit M. E de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

10. L'illégalité des autres décision édictées le 30 avril 2025 n'étant pas établie, M. E n'est pas fondé à exciper d'une telle illégalité à l'encontre de la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Bouhalassa et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2025.

Le magistrat désigné,

M. Gilbertas

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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