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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2507191

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2507191

mardi 3 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2507191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Résumé IA

**Sujet principal** : Recours contre le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation d'un pays de destination pour une ressortissante algérienne. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Lyon (6ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de Mme B... Il écarte le moyen d'incompétence du signataire de la décision et estime, après examen de sa situation, que les conditions pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale (accord franco-algérien du 27 décembre 1968) ou d'une régularisation exceptionnelle ne sont pas remplies. Les décisions attaquées ne méconnaissent pas non plus l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. **Textes appliqués** : Accord franco-algérien du 27 décembre 1968 (article 6), Convention européenne des droits de l'homme (article 8), Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2025, Mme D... B..., représentée par Me Vernet, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 22 novembre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d’office à l’expiration de ce délai ;

2°) d’enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » ou, à tout le moins « étudiant », dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les stipulations du 5 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation et de l’opportunité d’une mesure de régularisation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre et de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 18 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,
- et les observations de Me Vernet, représentant Mme B....


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante algérienne née le 1er avril 2002, entrée en France le 30 décembre 2015 sous couvert d’un visa de court séjour, a sollicité le 1er décembre 2020 la délivrance d’un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 5 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou son admission exceptionnelle au séjour. Par les décisions attaquées du 22 novembre 2024, la préfète du Rhône a refusé de faire droit à sa demande, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d’office.

Sur le refus de titre de séjour :

En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A... C..., directrice des migrations et de l’intégration de la préfecture du Rhône, en vertu d’une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète du 30 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (…) Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / (…) 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (…) ». Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

Il ressort des pièces du dossier que Mme B... était présente depuis près de neuf années en France à la date de la décision attaquée, où elle est entrée aux cotés de ses parents et de son frère, né le 6 août 2006. D’une part, Mme B..., célibataire et sans enfant, réside seule en France avec sa mère, dès lors que ses parents sont désormais divorcés, que son frère serait reparti en Algérie avec son père, dans un contexte de violences intra-familiales de la part de son père, lequel a quitté la France en octobre 2019. Elle ne justifie d’aucun autre lien familial ou privé en France, tandis que sa mère, qui fait l’objet d’une mesure d’éloignement, et sa jeune demi-sœur née le 5 avril 2023, ont vocation à l’accompagner en cas de retour dans leur pays d’origine. D’autre part, si Mme B... a suivi une scolarité en France depuis la quatrième jusqu’à l’obtention du baccalauréat en 2021, elle s’est ensuite inscrite en première année de licences de langues étrangères ou de littérature auprès de l’université Lyon III à quatre reprises, sans valider une seule année d’études supérieures, et ne justifie que d’une intégration sociale limitée, à raison d’une activité bénévole d’aide aux devoirs au profit d’une association au cours de l’année scolaire 2023/2024. Par suite, eu égard aux circonstances de l’espèce et en dépit des violences intra-familiales dont elle a été victime par le passé, Mme B... n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du 5 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés.

Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l’erreur manifeste dans l’appréciation de la situation personnelle de la requérante doit également être écarté. La préfète n’a pas davantage, pour ces mêmes motifs, commis d’erreur manifeste en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation des conditions de séjour en France de l’intéressée.

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / (…) / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (…) ».

En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 que la requérante n’est pas fondée à exciper à l’encontre de l’obligation de quitter le territoire français de l’illégalité du refus de titre de séjour.

Enfin, en l’absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d’éloignement, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement concernant le refus de titre de séjour.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

Aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / (…). »

Mme B... soutient que la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation. Toutefois, si la requérante fait valoir que ce délai est insuffisant pour organiser son départ, elle n’apporte aucune précision et ne produit aucune pièce à l’appui de cette allégation. Ainsi, la préfète du Rhône ne saurait être regardée comme ayant commis une erreur manifeste d’appréciation, en accordant à l’intéressée un délai de départ volontaire de trente jours, alors que ce délai est celui normalement accordé pour quitter volontairement le territoire.

En ce qui concerne le pays de destination :

En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En second lieu, aux termes des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ».

En se bornant à faire état des violences dont elle, son frère et sa mère ont été victimes jusqu’à l’année 2018, de la part de son père, lequel serait désormais installé en Algérie avec son frère, Mme B... n’établit pas la réalité et l’actualité des risques auxquels elle pourrait être personnellement exposée en cas de retour dans son pays d’origine ni qu’elle ne pourrait en tout état de cause pas bénéficier de la protection des autorités de son pays. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... B... et à la préfète du Rhône.



Délibéré après l'audience du 20 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Pin, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2026.




La rapporteure,

P. Boulay


Le président,

F.-X. Pin



La greffière,




E. Seytre






La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



Pour expédition,
Une greffière,



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