vendredi 4 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2507570 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juin 2025, Mme E A, représentée par Me Sene, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2025 par lequel la préfète du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel elle l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Rhône ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'elle a déposé une demande de rendez-vous en vue de son admission exceptionnelle au séjour et qu'elle justifie de 10 années de séjour en France ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision lui refusant un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est manifestement disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;
- la décision d'assignation à résidence est illégale en raison l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Boulay, première conseillère.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 27 juin 2025, Mme Boulay a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Sene, avocat de Mme A, qui a repris les moyens soulevés dans la requête et insisté sur les démarches engagées par Mme A en vue de régulariser sa situation, sur son concubinage avec M. B, titulaire d'une carte de résident et qui contribue à son entretien, ainsi que sur sa durée de séjour en France, éléments dont la préfète du Rhône n'a pas tenu compte pour prendre les décision attaquées ainsi que sur l'atteinte portée par la mesure d'éloignement à sa vie privée et familiale ;
- et les observations de Mme C, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 6 février 1972, est entrée irrégulièrement en France il y a dix ans, d'après ses déclarations. Elle demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions du 4 juin 2025 par lesquelles, d'une part, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 12 mois, et d'autre part, de la décision du même jour par laquelle la préfète du Rhône l'a assignée à résidence.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, les décisions litigieuses ont été signées par M. D F, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement à la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 23 mai 2025 de la préfète du Rhône, régulièrement publié le 27 mai suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme A, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à leur édiction.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la circonstance que Mme A a déposé, le 21 avril 2025, une demande de rendez-vous en vue de solliciter son admission exceptionnelle au séjour ne faisait pas obstacle à ce que la préfète du Rhône prenne à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
5. En deuxième lieu, Mme A qui se prévaut de sa présence en France depuis près de dix ans, la seule production d'un visa d'entrée en France daté du 17 juin 2015 ne permet pas d'établir la continuité de son séjour en France depuis cette date. Par ailleurs, si elle se prévaut de son concubinage depuis quatre années avec M. A, ressortissant sénégalais titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2032, elle ne produit pas d'élément permettant d'établir l'ancienneté de leur relation. En outre, Mme A s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire française, en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 11 mai 2021 par le préfet de police de Paris, et ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Mme A n'est pas plus fondée à soutenir que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'absence de délai de départ volontaire :
6. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 et en l'absence de toute argumentation propre à la décision portant refus de délai de départ volontaire, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur le pays de destination :
7. En l'absence d'argumentation distincte, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, Mme A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. D'autre part, elle s'est maintenue en situation irrégulière depuis son entrée en France et s'est notamment soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, prise à son encontre le 11 mai 2021. En outre, Mme A ne justifie pas de l'ancienneté de ses liens privés et familiaux en France. Ainsi, Mme A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, et la préfète du Rhône pouvait, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, l'interdire de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, le quantum retenu ne revêtant en outre pas un caractère disproportionné.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
10. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcées à son encontre.
11. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, dirigée contre la décision d'assignation à résidence, n'est pas assorti des précisons permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la préfète du Rhône.
Jugement rendu en audience publique, le 4 juillet 2025.
La magistrate désignée,
P. Boulay
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026