jeudi 26 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2507629 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 19 et 21 juin 2025, M. E C, représenté par Me Mahdjoub, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2025 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays vers lequel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour pour une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivée et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreurs de fait ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur d'appréciation ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision de refus de départ volontaire ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur d'appréciation ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité l'interdiction de retour sur le territoire français et son inscription sur le fichier du Système d'information Schengen ;
- la décision d'interdiction de retour est entachée d'une erreur de droit, les dispositions applicables étant celles des articles L. 251-1 et L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non celles de articles L. 611-1, L. 612-6 et suivants du même code ;
- la décision d'interdiction de retour résulte d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée.
Le préfet de la Drôme a produit des pièces le 25 juin 2025.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a désigné M. Richard-Rendolet en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard-Rendolet ;
- les observations de Me Mahdjoub, avocate, pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Tomasi, pour le préfet de la Drôme, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés ;
- et les observations de M. C, requérant, assisté de M. B, interprète en langue italienne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant serbe né le 1er août 1991, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 16 juin 2025 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays vers lequel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour pour une durée d'un an.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A D, chef de bureau de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de la Drôme, qui disposait en vertu de l'arrêté du 30 octobre 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Drôme, à l'effet de signer notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté vise les textes dont il fait application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, la décision contestée précise les éléments déterminants de la situation du requérant. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier doivent ainsi être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En troisième lieu, si M. C expose que le préfet de la Drôme ne mentionne pas le fait qu'il dispose d'un passeport serbe et d'un titre de séjour italien, il ressort de son audition du 16 juin 2025 qu'il n'a pas mentionné cette circonstance lorsqu'il a été interrogé sur les modalités de son entrée en France, et ne saurait par conséquent s'en prévaloir dans la présente instance. Par ailleurs, si le requérant expose demeurer chez un cousin en France et avoir deux enfants en Italie, il n'étaye ces affirmations par aucune pièce probante. Par suite, le moyen tiré des erreurs de fait doit être écarté.
7. En quatrième lieu, selon les termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
8. Si M. C soutient que le préfet de la Drôme aurait dû examiner la possibilité de le remettre aux autorités italiennes du fait qu'il dispose d'un titre de séjour italien, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été mentionné au point 6, que l'intéressé n'avait pas fait connaître cette information lors de son audition par les services de gendarmerie après son interpellation pour des faits de vol. Dans ces conditions il ne saurait se prévaloir, dans la présente instance, de son silence en cette circonstance pour contester l'obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
9. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui est opposée entache d'illégalité la décision portant refus de délai de départ volontaire.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".
11. Si M. C expose disposer de garanties de représentation suffisantes, ce qui entacherait d'illégalité la décision portant refus de délai de départ volontaire, il ne démontre par aucune pièce probante sa résidence effective chez son cousin résidant à Carpentras. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
12. En septième lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que celle-ci entacherait d'illégalité les décisions portant interdiction de retour et inscription sur le fichier d'information Schengen prises sur son fondement.
13. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : / 1° Des citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-2 ; / 2° Des étrangers assimilés aux citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-3 ; / 3° Des membres de famille des citoyens de l'Union européenne et des étrangers qui leur sont assimilés, tels que définis à l'article L. 200-4 ; / 4° Des étrangers entretenant avec les citoyens de l'Union européenne et les étrangers qui leur sont assimilés des liens privés et familiaux, tels que définis à l'article L. 200-5 ".
14. Si M. C soutient qu'étant détenteur d'un titre de séjour italien en cours de validité, il ne peut faire l'objet d'une interdiction de retour, il est constant que l'intéressé, ressortissant serbe, et ne démontrant aucun lien privé ou familial avec des ressortissants communautaires, n'est pas au nombre des personnes auxquelles s'appliquent les dispositions du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
15. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".
16. Si M. C expose que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et que pour cette raison le préfet de la Drôme ne pouvait prendre à son encontre une interdiction de retour, il ne fait valoir aucune circonstance humanitaire particulière, alors qu'il a été interpellé pour des faits de vol et a été condamné à un mois de prison avec sursis en 2025. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Drôme a prononcé à son encontre une interdiction de retour, dont la durée d'un an ne présente pas en l'espèce un caractère disproportionné.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C dirigées contre l'arrêté du 16 juin 2025 du préfet de la Drôme doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91 647 du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025
Le magistrat désigné,
F-X. Richard-RendoletLa greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026