vendredi 4 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2507924 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juin 2025, M. C A B, actuellement au centre de rétention administrative de Lyon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2025, notifié le jour-même, par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé l'interdiction de retour d'une durée de six mois prise à son encontre par le préfet de la Drôme le 25 février 2025, d'une durée de deux ans supplémentaires, portant à deux ans et six mois la durée totale de cette interdiction ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle en méconnaissance de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation et sa durée est disproportionnée au regard de sa situation personnelle compte-tenu de sa relation avec une ressortissante française ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public qui n'est pas établie ;
- il porte atteinte à la présomption d'innocence dès lors qu'il n'a été ni poursuivi ni condamné pour les faits reprochés.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit d'observations en défense mais qui a produit des pièces enregistrées et communiquées les 2 et 3 juillet 2025.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Journoud, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures à juge unique prévues par les articles L. 921-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 juillet 2025 :
- le rapport de Mme Journoud, magistrate désignée,
- les observations de Me Boyer, avocate commise d'office représentant M. A B qui a refusé de se présenter devant le tribunal ce jour, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et qui précise néanmoins qu'elle abandonne l'idée de soulever le moyen complémentaire tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué dès lors que la délégation de signature a été produite en défense. Me Boyer s'en rapporte pour l'essentiel aux écritures de la requête et précise au surplus que la vie privée et familiale de son client n'a pas été prise en compte dès lors qu'il justifie être en relation de concubinage avec une ressortissante française et qu'ils ont un projet de mariage. Me Boyer indique également que M. A B n'a jamais fait l'objet de poursuites et n'a pas été condamné pour les faits pour lesquels il a été placé en garde à vue en février 2025 et en juin 2025, probablement parce qu'il a été considéré que les infractions qui lui étaient reprochées étaient insuffisamment caractérisées.
- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme qui conclut au rejet de la requête et qui indique que l'arrêté attaqué est suffisamment motivé et a été pris à la suite d'un examen sérieux et approfondi de la situation personnelle de l'intéressé. Il précise qu'il semble absurde de soutenir qu'il n'y a pas de menace à l'ordre public en l'absence de condamnation pénale dès lors que le juge prend en compte les signalisations des différents fichiers s'agissant des faits contraires à l'ordre public. En outre, il indique que la réalité et la stabilité du concubinage allégué au contentieux ne sont pas établis alors même que le requérant indique dans son audition le 23 juin dernier qu'il est seul en France et que toute sa famille réside en Algérie.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien, né le 10 avril 1996 à Besbes (Algérie), déclare être entré irrégulièrement en France en 2024, il y a environ un an. Par un arrêté du 25 février 2025, devenu définitif, le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par un arrêté du 24 juin 2025, dont M. A B demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme, tandis que l'intéressé était placé en garde à vue pour les faits de recel de bien provenant d'un vol, port prohibé de matériel de guerre, arme, munitions de catégorie A et B, usurpation de plaque d'immatriculation, a prolongé d'une durée de deux ans supplémentaires l'interdiction de retour d'une durée de six mois prise à son encontre par le préfet de la Drôme le 25 février 2025, portant à deux ans et six mois la durée totale de cette interdiction.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. A B, placé en rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que M. A B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du préfet de la Drôme le 25 février 2025, devenue définitive et que l'intéressé n'a pas exécuté. L'arrêté précise que M. A B réside en France depuis environ un an, se déclare en audition le 23 juin 2025 célibataire et sans enfant à charge et n'établit pas y avoir fixé le centre de ses intérêts personnels, familiaux et professionnels. La circonstance que le requérant fasse valoir devant le tribunal l'existence d'une relation de concubinage avec une ressortissante française depuis le 1er décembre 2024, soit d'environ sept mois, alors qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 28 ans, et s'est expressément déclaré célibataire et hébergé par des amis, notamment à Montélimar, durant son audition, et n'a jamais évoqué l'existence de Mme D, n'est pas de nature à remettre en cause la motivation retenue par le préfet du Puy-de-Dôme dans l'arrêté attaqué. Par suite, l'arrêté attaqué, dont la motivation n'apparaît par ailleurs pas stéréotypée, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il suit de là que le moyen soulevé doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation et ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ".
6. Pour prolonger, le 24 juin 2025, l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A B le 25 février 2025 par le préfet de la Drôme sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent et a indiqué que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance particulière pour ne pas avoir exécuté la décision d'éloignement du 25 février 2025 dont il fait l'objet.
7. Le requérant soutient que le préfet ne pouvait prolonger l'interdiction de retour sur le territoire français aux motifs qu'il ne justifiait d'aucune circonstance particulière pour ne pas avoir exécuté la décision d'éloignement du 25 février 2025 et se prévaut, pour ce faire, du fait qu'il a noué une relation de concubinage avec une ressortissante française depuis le 1er décembre 2024, avec laquelle il s'est marié religieusement le 17 janvier 2025 et avec laquelle il vit à Saint-Etienne depuis le 7 avril dernier. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision du 25 février 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, notifiée le jour-même, est devenue définitive et n'a pas été exécutée par l'intéressé alors que ce dernier ne se prévaut d'aucune circonstance particulière, ou plus exactement d'aucune circonstance humanitaire selon la formulation exacte de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pouvant faire obstacle à l'édiction de cette interdiction de retour et à l'exécution de cette mesure d'éloignement. En outre, il ressort des termes de l'arrêté du 25 février 2025 que M. A B a déclaré vivre à cette époque à Montélimar chez un ami, être célibataire et sans enfant à charge et n'avoir aucun membre de sa famille en France. Ces éléments non sérieusement contestés par M. A B et même confirmés dans son audition du 23 juin 2025, viennent contredire ses allégations au contentieux selon lesquelles il aurait noué une relation de concubinage stable avec Mme D depuis le 1er décembre 2024. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas commis d'erreur d'appréciation en indiquant dans son arrêté que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance particulière pour ne pas avoir exécuté la décision d'éloignement du 25 février 2025 dont il fait l'objet.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
9. Pour prolonger de deux ans la durée, initialement fixée à six mois, de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A B, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur l'entrée très récente en France de M. A B en septembre 2024, sur son absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français, sur la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet précédemment et sur la menace pour l'ordre public que représente son comportement sur le territoire français. A supposer même que les faits signalés par les services de police de recel de bien provenant d'un vol, port prohibé de matériel de guerre, arme, munitions de catégorie A et B, usurpation de plaque d'immatriculation pour lesquels il a été interpellé et placé en garde à vue le 23 juin 2025, ceux de refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie commis le 25 février 2025, ceux d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants, de transport non autorisé de stupéfiants, acquisition et détention non autorisée de stupéfiants commis entre le 10 octobre 2024 et le 24 février 2025, ceux de proxénétisme aggravé sur une victime mineure de 15 à 18 ans et administration de substance nuisible ayant entrainé la mort sans intention de la donner à un avocat commis le 25 février 2025, ne suffiraient pas, en l'absence de poursuites confirmées au dossier, à caractériser un comportement de M. A B de nature à représenter une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de l'instruction que le préfet du Puy-de-Dôme aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur la durée de présence en France du requérant, sur la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, et sur la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement devenue définitive qu'il n'a pas exécutée. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation, ni, en tout état de cause, sans porter atteinte au principe de la présomption d'innocence, que l'autorité administrative a pu prolonger de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. A B a fait l'objet le 25 février 2025, et dont la durée n'apparait pas disproportionnée en l'espèce.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 juin 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A B pour une durée de deux ans supplémentaires doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par le requérant sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, au préfet du Puy-de-Dôme et à Me Boyer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2025.
La magistrate désignée,
L. Journoud
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière.
N°2507924
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026