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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2508534

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2508534

vendredi 18 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2508534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCARON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon rejette la requête de M. D, ressortissant camerounais, contestant les décisions du 7 juillet 2025 de la préfète du Rhône lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et prononçant une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal estime que la décision est suffisamment motivée et que, malgré un pacte civil de solidarité récent avec une Française, l'atteinte à sa vie privée et familiale n'est pas disproportionnée au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de son séjour irrégulier et de faits de violences. Les moyens soulevés contre le refus de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sont également écartés, faute d'illégalité de la mesure principale. La requête est rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2025, M. C D demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 7 juillet 2025 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour pendant trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros par application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;

- la décision le privant d'un délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise sans examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'interdiction de retour pendant trois ans est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise sans examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu du fait qu'il justifie d'un séjour ancien sur le territoire français, d'attaches familiales fortes et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrée le 10 juillet 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 juillet 2025, Mme B a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Caron, avocate de M. D, qui a repris les conclusions et moyens de la requête, mais a renoncé à soulever celui tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de l'arrêté attaqué,

- les observations de M. D,

- et les observations de M. A, représentant la préfète du Rhône.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant camerounais né le 28 février 1995, déclare être entré en France en 2017 pour y demander l'asile, dont il a été débouté par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 20 janvier 2021. Il a fait l'objet, le 4 juin 2021, d'une mesure d'éloignement édictée par le préfet de la Drôme, qu'il n'a pas exécutée. Par des décisions du 7 juillet 2025 dont M. D demande l'annulation au tribunal, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pendant trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, provisoirement, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui fait mention de l'ensemble des considérations de droit et de fait en constituant le fondement, est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. Si M. D justifie être lié par un pacte civil de solidarité à une ressortissante française, cette circonstance est très récente dès lors que le contrat a été signé le 22 janvier 2025. Par ailleurs, l'intéressé a été placé en garde à vue dans une affaire de violences sur les enfants mineurs de sa partenaire, faits lui ayant valu d'être convoqué par le procureur de la République à un stage de responsabilité parentale. Ainsi, et alors que M. D est par ailleurs père d'un enfant âgé de douze ans résidant dans son pays d'origine, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement qu'il conteste porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.

Concernant spécifiquement la décision de refus de délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision subséquente par laquelle la préfète du Rhône l'a privé d'un délai de départ volontaire.

7. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été prise sans examen préalable et sérieux de la situation personne de M. D.

Concernant spécifiquement l'interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans :

8. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision subséquente lui faisant interdiction de retour.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été prise sans examen préalable et sérieux de la situation personne de M. D.

10. En troisième lieu, selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. M. D réside en situation irrégulière sur le territoire français, n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement et ne justifie pas d'attaches stables, anciennes et intenses sur le territoire français, l'intéressé s'étant rendu coupable de violences sur les enfants mineurs de sa propre partenaire. Il ne justifie ainsi d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour. Par suite, la préfète du Rhône a pu, sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, dont ni le principe ni la durée ne présentent, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 7 juillet 2025 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pendant cinq ans sur le territoire français. Ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent, par suite, qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2025

La magistrate désignée,

A. B

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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