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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2509823

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2509823

mardi 5 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2509823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES
Avocat requérantCUNIN MICHAËL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en urgence, rejette la requête de M. A C et des autres occupants de la zone de loisirs des Mûriers à Montmerle-sur-Saône. Les requérants demandaient l'annulation de l'arrêté du 30 juillet 2025 par lequel la préfète de l'Ain les a mis en demeure de quitter les lieux sous 72 heures. Le tribunal écarte l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence du signataire, du défaut de motivation, de l'absence d'atteinte à l'ordre public et de l'erreur d'appréciation sur le délai. La solution retenue est fondée sur les dispositions de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 et 4 août 2025, M. A C et les autres occupants de la zone de loisirs des Mûriers à Montmerle-sur-Saône, représentés par Me Cunin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2025 par lequel la préfète de l'Ain a mis en demeure les occupants sans droit ni titre de la zone de loisirs des Mûriers à Montmerle-sur-Saône de quitter les lieux dans un délai de soixante-douze heures à compter de sa notification ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- la décision méconnaît les articles 9 et 9-1 de la loi du 5 juillet 2000, car elle se fonde sur l'arrêté du 7 août 2019 interdisant le stationnement des gens du voyage sur le périmètre de la commune de Montmerle-Sur-Saône en dehors des aires d'accueil spécialement aménagées à cet effet, alors que :

* cet arrêté n'est pas publié sous forme électronique au recueil des actes administratifs et n'est par suite pas opposable ;

* en vertu des dispositions de l'article L. 5211-9-1 du code général des collectivités territoriales, c'est le président de la communauté de communes Val de Saône Centre qui était seul compétent pour interdire le stationnement des résidences mobiles, et à supposer existant l'arrêté d'opposition au transfert des pouvoirs de police spéciale du maire de Montmerle-sur-Saône au président de la communauté de communes Val de Saône Centre, celui-ci n'est pas publié sous forme électronique au recueil des actes administratifs et n'est donc pas opposable ;

* il n'est pas justifié du respect par la communauté de communes Val de Saône Centre à ses obligations au titre du schéma départemental ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnaît l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 en l'absence d'atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation en fixant un délai de 72 heures pour quitter les lieux.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2025, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme D, première vice-présidente, en application de l'article R. 779-8 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu les observations de :

- M. E, pour la préfète de l'Ain, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans la requête. Il précise que le groupe, contacté avant son arrivée, a refusé les propositions qui lui ont été faites d'installation sur des aires d'accueil aménagées. Le groupe est entré par effraction. La présence de ce groupe contrarie les travaux de requalification du terrain engagés par la commune. Des branchements anarchiques et un raccordement à la bouche d'incendie posent des problèmes de sécurité. Des tensions avec les riverains sont constatées. Il est porté atteinte à la salubrité publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par la préfète de l'Ain, a été enregistrée le 4 août 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que deux-cent-trente-huit véhicules se sont installés illégalement sur la zone de loisirs des Mûriers, sur la commune de Montmerle-sur-Saône, depuis le 29 juillet 2025. Par un arrêté du 30 juillet 2025, la préfète de l'Ain a mis en demeure les occupants sans droit ni titre de ce terrain de quitter les lieux dans un délai de soixante-douze heures. M. C et les autres occupants du terrain demandent l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 : " I.- Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. / () II bis. -Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine () ". Les modalités selon lesquelles les requêtes formées par une personne destinataire d'une telle mise en demeure sont instruites et jugées sont fixées par les dispositions des articles L. 779-1 et R. 779-1 et suivants du code de justice administrative.

3. Aux termes de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales : " I. - A. : - () /Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences. / () / II. - Lorsque le président de l'établissement public de coopération intercommunale prend un arrêté de police dans les cas prévus au I du présent article, il le transmet pour information aux maires des communes concernées dans les meilleurs délais. A la date du transfert des pouvoirs mentionnés au I, le président de l'établissement public de coopération intercommunale est substitué aux maires concernés dans tous les actes relevant des pouvoirs transférés. / () / III. - () Dans un délai de six mois suivant la date de l'élection du président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales, si le prédécesseur de ce dernier n'exerçait pas dans une commune l'un des pouvoirs de police mentionnés au A du I, le maire de cette commune peut s'opposer au transfert de ce pouvoir. Il notifie son opposition au président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales. A défaut, le transfert devient effectif à l'expiration de ce délai ou, le cas échéant, du délai prévu à la première phrase du quatrième alinéa du présent III./ () Si un ou plusieurs maires des communes concernées se sont opposés au transfert de leurs pouvoirs de police, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales peut renoncer, dans chacun des domaines mentionnés au A du I, à ce que les pouvoirs de police spéciale des maires des communes membres lui soient transférés de plein droit, dans un délai d'un mois suivant la fin de la période pendant laquelle les maires étaient susceptibles de faire valoir leur opposition. Il notifie sa renonciation à chacun des maires des communes membres. Dans ce cas, le transfert des pouvoirs de police n'a pas lieu ou, le cas échéant, prend fin à compter de cette notification, sur l'ensemble du territoire de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales. / (). ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que lorsqu'une commune inscrite au schéma départemental est dotée d'une aire d'accueil ou est membre d'un groupement de communes qui est compétent pour la mise en œuvre du schéma départemental, le préfet ne peut mettre en œuvre la procédure prévue à l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 que si un arrêté y interdit le stationnement des résidences mobiles. Si les obligations d'une commune en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage ont été transférées à un établissement public de coopération intercommunal à fiscalité propre, il appartient alors au président de cet établissement public de prendre l'arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles.

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B, sous-préfète, directrice de cabinet de la préfète, en vertu d'une délégation de signature du 27 février 2025 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Ain le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comprend la mention des éléments de droit et de fait qui le fondent et est, par suite, suffisamment motivé.

7. En troisième lieu, l'arrêté de mise en demeure en litige est fondé sur l'arrêté du 7 août 2019 du maire de la commune de Montmerle-sur-Saône interdisant le stationnement des résidences mobiles sur le périmètre de la commune en dehors des aires d'accueil aménagées à cet effet.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le président de la communauté de communes Val de Saône a renoncé à exercer les pouvoirs de police en la matière, par arrêté du 15 juillet 2020 portant opposition au transfert des pouvoirs de police " spéciale " du maire au Président de l'EPCI. Ainsi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Montmerle-sur-Saône n'était pas compétent pour édicter l'arrêté du 7 août 2019.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors applicable, dispose que : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. / () La publication ou l'affichage des actes mentionnés au premier alinéa sont assurés sous forme papier. La publication peut également être assurée, le même jour, sous forme électronique, dans des conditions, fixées par un décret en Conseil d'Etat, de nature à garantir leur authenticité. "

10. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les dispositions alors applicables du code général des collectivités territoriales n'imposaient pas la publication sous forme électronique de l'arrêté du 7 août 2019 du maire de Montmerle-sur-Saône, ni de l'arrêté du 15 juillet 2020 d'opposition au transfert des pouvoirs de police spéciale du maire de Montmerle-sur-Saône au président de la communauté de communes Val de Saône Centre. Il ressort des pièces du dossier que les mentions de l'arrêté du 7 août 2019 font état de ce qu'il sera retranscrit dans le registre des arrêtés municipaux et dans le recueil des actes administratifs de la commune, et que celles de l'arrêté du 15 juillet 2020 font état de ce qu'il sera affiché et publié au recueil des actes administratifs. Dans ces conditions, et dès lors que les requérants n'apportent pas la preuve que ces arrêtés n'auraient pas fait l'objet d'une publication régulière, les moyens selon lesquels les arrêtés du 7 août 2019 et du 15 juillet 2020 ne seraient pas exécutoires doivent être écartés.

11. Enfin, si les requérants font valoir que la communauté de communes Val de Saône ne justifie pas être en règle avec les prescriptions du schéma départemental d'accueil des gens du voyage, notamment en matière d'aménagement des aires de grand passage, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions prévues par les dispositions précitées du I de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 ne seraient pas remplies.

12. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir, que l'arrêté préfectoral attaqué serait illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté du 7 août 2019 du maire de Montmerle-sur-Saône interdisant sur le territoire de la commune le stationnement des résidences mobiles des gens du voyage en dehors des aires d'accueil aménagées à cet effet.

13. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que le terrain occupé n'est pas adapté à un stationnement prolongé de résidences mobiles, et a nécessité un raccordement au réseau électrique par des branchements ne respectant pas les normes de sécurité, ce qui peut faire craindre des risques de départ de feu en période de fortes chaleurs, dans un secteur composé d'espaces naturels et forestiers, d'autant plus que le branchement à l'eau est effectué via une borne incendie, ce qui peut constituer un obstacle à une intervention rapide des services d'incendie et de secours en cas de sinistre. Si les requérants font valoir que les branchements ont été réalisés de manière très sécurisée, toutefois, les photographies produites ne sont pas à elle seule de nature à le démontrer. En outre, l'installation sanitaire du terrain est fermée, et même si certains véhicules peuvent être pourvus de sanitaires autonomes, le terrain est situé à proximité du Rhône, ce qui peut faire craindre des risques de pollution. Ainsi, ces éléments suffisent à regarder la préfète comme ayant pu légalement estimer, sans méconnaitre l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, que le stationnement illicite en cause est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité et la tranquillité publiques.

14. En dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce et au regard de ce qui a été exposé ci-dessus, en fixant un délai de soixante-douze heures, la préfète de l'Ain n'a pas entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C et autres doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C et autres est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, pour les requérants, et à la préfète de l'Ain.

Fait à Lyon, le 5 août 2025.

La magistrate désignée,

D. D

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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