vendredi 29 août 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2509830 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET PREMISSE AVOCATS (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 21 août 2025, la société Mild Bâtiment, représenté par la SELARL Quorum Kaelia, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) avant dire droit, en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à Est Métropole Habitat de communiquer le rapport d'analyse des offres à l'ouverture des plis et après négociation, le rapport de présentation des offres à l'ouverture des plis et après négociation, le compte-rendu des négociations, l'offre de l'attributaire pressenti et la synthèse de présentation des offres à l'ouverture des plis et après négociation ;
2°) d'annuler, au stade de l'analyse des offres, la procédure engagée par Est Métropole Habitat pour l'attribution du lot n° 2 de l'accord-cadre, avec émission de bons de commande, des travaux programmables de plâtrerie-peinture et de carrelage des sols et des murs en parties communes, sur l'ensemble du patrimoine de cet établissement ;
3°) d'enjoindre à Est Métropole Habitat de reprendre la procédure au stade de l'analyse des offres à l'ouverture des plis, avant négociation ;
4°) de mettre à la charge de Est Métropole Habitat le paiement d'une somme de 5 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre liminaire, le tribunal devra demander à Est Métropole Habitat la communication des documents précités, lesquels sont nécessaires à l'appréciation de la régularité de la procédure qui a été suivie ;
- alors qu'elle a été classée en deuxième position sur les treize entreprises candidates, son intérêt à agir ne fait aucun doute ;
- la phase de négociation s'est déroulée dans des conditions irrégulières ; en effet, en premier lieu, seul le lot n° 2 a donné lieu à des négociations ; or, Est Métropole Habitat ne pouvait procéder à une approche différente des deux lots, qui sont identiques, sans méconnaître le principe d'égalité de traitement des candidats ; ce manquement a lésé ses intérêts ; en deuxième lieu, les questions qui ont été posées étaient sans lien avec les sous-critères définis pour le critère technique, ce qui a constitué une modification substantielle de la négociation ; ces questions ne pouvaient permettre une négociation et de vérifier que les offres correspondent aux critères régissant le marché ; cette irrégularité a également lésé ses intérêts ; en troisième et dernier lieu, les conditions dans lesquelles l'attributaire pressenti a baissé le prix proposé, à un niveau juste suffisant pour lui permettre d'être choisi, apparaissent contraires au principe de transparence des procédures ; les informations obtenues par la société Comptoir des revêtements dans le cadre de la procédure relative au lot n° 1, lequel est identique au lot n° 2, ont permis à cette société d'être avantagée, ce qui a entraîné une violation du principe d'égalité de traitement des candidats ;
- son mémoire technique était complet et la note technique qu'elle a obtenue procède d'une dénaturation de son offre, comme le tribunal le constatera après communication par Est Métropole Habitat des documents dont elle a sollicité la production.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2025, Est Métropole Habitat, représenté par l'AARPI Prémisse Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Mild Bâtiment au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante sont irrecevables ;
- aucun principe ne fait obstacle à ce que l'acheteur ait recours à la négociation pour une partie des lots seulement ; en premier lieu, le choix de ne recourir à la négociation que pour le lot n° 2 n'a pu lésé la société Mild Bâtiment, qui a été soumise aux mêmes modalités de consultation que les autres candidats ; en deuxième lieu, les questions posées à ces derniers étaient en lien avec les sous-critères du critère relatif à la qualité des offres, et notamment avec le sous-critère n° 6 ; enfin, en dernier lieu, alors que le règlement de la consultation prévoit que la négociation peut porter sur l'aspect financier de l'offre, les allégations de favoritisme et de concurrence déloyale ne s'appuient sur aucun élément ;
- la circonstance que le mémoire technique de la société requérante était complet ne permet pas de présumer de la notation, l'appréciation de la qualité de l'offre dépendant de la pertinence des éléments fournis ; les points obtenus par les candidats ont été attribués en considération d'une évaluation objective relevant de l'appréciation de l'acheteur portée sur la valeur des différentes offres.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Chenevey, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience :
- le rapport de M. Chenevey, juge des référés ;
- Me Bachir, pour la société Mild Bâtiment, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans la requête ;
- Me Imbault, pour Est Métropole Habitat, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans les écritures en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été présentée pour Est Métropole Habitat, représenté par l'AARPI Prémisse Avocats.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / () ". Aux termes de l'article L. 551-2 du même code : " I. - Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. / () ". Aux termes de l'article L. 551-10 de ce code : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué () ".
2. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge du référé précontractuel de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.
3. En premier lieu, le III du règlement de la consultation prévoit que : " () une négociation pourra être engagée avec les candidats mieux-disants, tels qu'ils ressortiront de la première analyse des offres. / L'acheteur se réserve néanmoins la possibilité d'attribuer le marché sur la base des offres initiales. Cette négociation portera notamment sur les aspects qualitatifs et / ou financiers de l'offre du candidat. / () ".
4. Il résulte de l'instruction que le marché comprend deux lots, relatifs tous deux identiquement à des travaux programmables de plâtrerie-peinture et de carrelage des sols et des murs en parties communes. Le point 8 du I du règlement de la consultation précise qu'un candidat ne peut se voir attribuer qu'un seul lot et que : " Dans le cas d'une candidature pour les deux lots, le candidat classé 1er au terme de l'analyse des offres se verra attribuer le 1er lot et sera écarté du classement pour le second lot ".
5. D'une part, Est Métropole Habitat n'a décidé de procéder à une consultation des candidats que dans le cadre du lot n° 2 en litige, au motif que l'écart de notes entre les candidats, significatif dans le cadre du lot n° 1, est en revanche faible s'agissant du lot n° 2. Contrairement à ce que soutient la société requérante, cette circonstance est, par elle-même, sans aucune incidence sur la régularité de la procédure de passation qui a été suivie dans le cadre du lot n° 2, dans lequel les deux candidats mieux-disants, dont la société Mild Bâtiment, ont été invités à négocier, et n'a pas entraîné une rupture du principe d'égalité de traitement entre les candidats.
6. D'autre part, dans le cadre de la négociation et au titre du critère de la qualité de l'offre, les deux sociétés mieux-disantes ont été invitées à répondre à un questionnaire comprenant les six questions suivantes : Pouvez-vous citer un exemple où un chantier a pris du retard à cause d'un problème technique ou logistique ' Comment l'avez-vous résolu ' / Comment informez-vous les bailleurs des aléas (retards, surcoûts) pendant un chantier ' / Comment gérez-vous les litiges lors d'interventions en site occupé ' / Quels outils digitaux utilisez-vous pour le suivi chantier ' / Quelles innovations (technologiques, process, matériaux) avez-vous introduites ces deux dernières années pour améliorer vos prestations ' / Comment mesurez-vous la satisfaction client après un chantier ' Et quelles actions en découlent ' Ces questions n'apparaissent pas manifestement dénuées de tout lien avec les sept sous-critères du critère relatif à la qualité de l'offre précisés dans le règlement de la consultation, et notamment, comme le fait valoir Est Métropole Habitat en défense, avec le sous-critère n° 6 intitulé " Présentation de l'organisation type de l'entreprise pour réaliser les commandes et encadrer plusieurs chantiers simultanément ". Au surplus, en tout état de cause, dès lors qu'il est constant que les notes techniques n'ont pas été modifiées à la suite de la consultation, l'irrégularité ainsi alléguée par la requérante paraît insusceptible d'avoir eu une quelconque incidence sur l'attribution du marché.
7. Enfin, la société Comptoir des revêtements, qui a été déclarée attributaire du lot n° 2, a également déposé une candidature pour l'attribution du lot n° 1. S'agissant du lot n° 1, cette société a été informée que son offre avait été classée en troisième position sur quatorze candidats, le marché étant attribué à la société Courtadon SAS. La société Comptoir des revêtements a également été informée des notes qu'elle a obtenues au titre de la qualité de l'offre et du prix des prestations, ainsi que des notes obtenues par la société Courtadon SAS au titre de ces deux mêmes critères. Alors que, dans le cadre des négociations menées au titre du lot n° 2, la société Mild Bâtiment a été invitée, comme la société Comptoir des revêtements, à proposer une offre financière définitive, il ne résulte pas de l'instruction que les informations ainsi obtenues par la société Comptoir des revêtements dans le cadre de la procédure de passation du lot n° 1 auraient permis à cette dernière société d'obtenir des précisions sur l'offre financière de la société Mild Bâtiment dans des conditions entraînant une méconnaissance du principe d'égalité entre les candidats à l'attribution du lot n° 2.
8. En second lieu, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
9. La circonstance que la société Mild Bâtiment a obtenu une note de 19,20 / 40 au titre de la qualité de l'offre alors que le mémoire technique qu'elle a produit à l'appui de son offre était complet ne saurait, par elle-même, permettre d'établir une dénaturation de l'offre. Par ailleurs, cette société a obtenu une note de 3 / 5, correspond à une offre satisfaisante, pour les sous-critères 1 à 5 et 7 et une note de 1 / 5, correspondant à une offre insuffisante ou généralise, pour le sous-critère 6, relatif à la " Présentation de l'organisation type de l'entreprise pour réaliser les commandes et encadrer plusieurs chantiers simultanément ". Alors que la société requérante ne conteste pas cette dernière note, attribuée au motif que " le descriptif du processus de prise en charge par le chargé d'affaires correspond à des travaux en logements alors que le marché est destiné à la réalisation de gros travaux d'entretien en parties communes " et que le descriptif produit est généraliste, il ne résulte pas des appréciations qui ont été portées sur la valeur de l'offre de cette société que le pouvoir adjudicateur aurait procédé à une altération manifeste des termes de cette offre révélant une dénaturation de celle-ci.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par la société Mild Bâtiment doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de procéder à la mesure d'instruction sollicitée par cette société.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Est Métropole Habitat, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, verse à la société Mild Bâtiment la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, au titre des mêmes dispositions, de mettre à la charge de cette société la somme de 1 500 euros au profit de Est Métropole Habitat.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la société Mild Bâtiment est rejetée.
Article 2 : La société Mild Bâtiment versera à Est Métropole Habitat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Mild Bâtiment, à Est Métropole Habitat et à la société Comptoir des revêtements.
Fait à Lyon le 29 août 2025.
Le juge des référés La greffière
J.-P. Chenevey A. Senoussi
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026