Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B..., ressortissant tunisien, contestant un arrêté préfectoral d’obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d’une interdiction de retour d’un an. La juridiction a estimé que la mesure d’éloignement, fondée sur l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ne méconnaissait pas l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, faute pour le requérant de justifier de liens privés et familiaux stables en France. Le tribunal a également jugé que la décision d’interdiction de retour n’était pas illégale, l’exception d’illégalité de l’obligation de quitter le territoire étant infondée. En conséquence, l’ensemble des conclusions de M. B... a été rejeté.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me Hossou, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 15 octobre 2025 par lequel la préfète de l’Isère l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation.
La requête a été régulièrement communiquée à la préfète de l’Isère, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Lahmar, conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l’article L. 921-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar, magistrate désignée,
- les observations de Me Hossou, représentant M. B..., assisté de Mme C..., interprète en langue arabe, qui déclare abandonner le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté litigieux et insiste sur la demande d’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;
- les observations de Me Tomasi, représentant la préfète de l’Isère.
L’instruction a été close à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant tunisien, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 15 octobre 2025 par lequel la préfète de l’Isère l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / (…) ».
3. Eu égard à l’urgence résultant de l’application des dispositions de l’article L. 921-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il y a lieu d’admettre provisoirement M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
4. En premier lieu, l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :
1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité (…) »
5. D’une part, il ressort de la motivation de l’arrêté litigieux que la préfète de l’Isère a procédé à un examen complet et sérieux de la situation de M. B... avant d’édicter la mesure d’éloignement contestée. D’autre part, pour obliger le requérant à quitter le territoire français, la préfète de l’Isère s’est fondée sur la circonstance qu’il ne pouvait justifier être entré sur le territoire français de manière régulière et qu’il s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité, et non sur la menace à l’ordre public que constituerait son comportement. Le requérant ne peut, dès lors, utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation sur ce point.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) »
7. En se bornant à produire des éléments relatifs à son hébergement par un ami, M. B..., qui affirme être entré sur le territoire français en 2022, ne démontre pas bénéficier de liens privés et familiaux stables et intenses sur le territoire français, alors qu’il dispose nécessairement d’attaches dans son pays d’origine où il a vécu la majorité de son existence. Dès lors, c’est sans méconnaître les stipulations précitées que la préfète de l’Isère a obligé M. B... à quitter le territoire français.
8. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
9. En quatrième lieu, en l’absence d’éléments particuliers invoqués à l’encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs qu’exposés au point 7 s’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. » Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. »
11. Ainsi qu’exposé précédemment, M. B... ne démontre pas disposer de liens privés et familiaux stables et intenses sur le territoire français. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu’il a fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement prononcée à son encontre par le préfet de l’Isère le 6 septembre 2022, qu’il n’a pas exécutée. Par suite, en fixant à un an la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français dont fait l’objet M. B..., la préfète de l’Isère n’a pas commis d’erreur d’appréciation. Le moyen soulevé sur ce point doit donc être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions relatives aux frais liés à l’instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. B... est admis provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la préfète de l’Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2025.
La magistrate désignée,
L. Lahmar
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier