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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2513522

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2513522

mercredi 19 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2513522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJENNIFER RIFFARD AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon a été saisi en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative par M. A..., directeur d'un établissement public, contestant son licenciement pour motif disciplinaire et la délibération de révocation correspondante. Le requérant invoquait l'urgence liée à la perte de ses revenus et plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux, notamment l'absence de réunion du conseil de discipline et des irrégularités dans la procédure d'enquête. L'établissement public Fossilea a opposé une fin de non-recevoir tirée de l'absence de production du recours au fond et contesté l'urgence et le bien-fondé des moyens. Le juge des référés a rejeté les requêtes, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant pouvant être réintégré dans son emploi précédent à la ville de Lyon, et qu'aucun moyen n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2025 sous le n° 2513522, M. A..., représenté par la société Carnot avocats (Me Deygas), demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 6 octobre 2025 par laquelle le président de l’établissement public Fossilea l’a licencié de ses fonctions de directeur pour des motifs disciplinaires ;

2°) de mettre à la charge de l’établissement public Fossilea la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la décision attaquée le prive de ses ressources professionnelles, ne lui permettant pas de subvenir aux besoins de son ménage composée de six personnes, cette perte n’étant pas compensée par les revenus de son épouse ou ceux auxquels il pourrait prétendre au titre de l’allocation d’aide au retour à l’emploi ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision les moyens tirés de :
*la privation de garanties en raison de l’absence de réunion du conseil de discipline prévu par l’article 37-2 du décret n° 88-145, de transmission d’un rapport disciplinaire et du respect d’un délai de quinze jours entre la convocation et la réunion d’un « conseil de substitution » ;
*l’irrégularité de l’enquête administrative diligentée en l’absence d’audition contradictoire de la personne mise en cause et de la prise en compte des éléments favorables ;
*l’irrégularité de la procédure préalable suivie en l’absence de transmission de l’ensemble des témoignages non anonymisés et de l’anonymisation non nécessaire des auditions réalisées dans le cadre de l’enquête administrative ;
*la privation de la garantie que constitue l’information préalable du droit de se taire lors de l’engagement de l’enquête administrative ;
*l’absence d’une clarté et de précisions suffisantes des faits reprochés ;
*l’absence de faute dès lors que les conditions de travail n’ont pas été dégradées par son comportement et que les éléments produits n’établissent pas la faute reprochée compte tenu, par ailleurs, du syndrome dont il souffre ;

Par un mémoire, enregistré le 14 novembre 2025, l’établissement public Fossilea, représenté par Me Riffard conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- la requête en référé est irrecevable en l’absence de production de la copie du recours au fond ;
- l’urgence n’est pas établie dès lors que le requérant peut être réintégré à la ville de Lyon où il a été placé en congé sans traitement pour convenance personnelle, dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée ; un intérêt public s’oppose à la réintégration du requérant compte tenu du comportement qu’il a eu durant l’exercice de ses fonctions et des menaces proférées à l’encontre des agents du service via un réseau social ;
- aucun des moyens soulevés n’est propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée le 27 octobre 2025 sous le n° 2513521 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision en litige.

II. Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2025 sous le n° 2513523, M. A..., représenté par la société Carnot avocats (Me Deygas), demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la délibération du 17 septembre 2025 par laquelle le conseil d’administration de l’établissement public Fossilea l’a révoqué de ses fonctions de directeur pour des motifs disciplinaires ;

2°) de mettre à la charge de l’établissement public Fossilea la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la décision attaquée le prive de ses ressources professionnelles, ne lui permettant pas de subvenir aux besoins de son ménage composée de six personnes, cette perte n’étant pas compensée par les revenus de son épouse ou ceux auxquels il pourrait prétendre au titre de l’allocation d’aide au retour à l’emploi ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision les moyens tirés de :
*l’irrégularité de l’enquête administrative diligentée en l’absence d’audition contradictoire de la personne mise en cause et de la prise en compte des éléments favorables ;
*l’irrégularité de la procédure préalable suivie en l’absence de transmission de l’ensemble des témoignages non anonymisés et de l’anonymisation non nécessaire des auditions réalisées dans le cadre de l’enquête administrative ;
*la privation de la garantie que constitue l’information préalable du droit de se taire lors de l’engagement de l’enquête administrative ;
*l’irrégularité de la composition du conseil d’administration, les représentants du personnel ayant été invités à quitter la réunion, ce qui a pu exercer une influence sur le sens de la décision finalement prise ;
*l’irrégularité de la convocation du conseil d’administration en l’absence d’indication de l’ordre du jour et de justification des diligences effectuées dans le respect des statuts ;
*l’absence d’une clarté et de précisions suffisantes des faits reprochés ;
*l’absence de faute dès lors que les conditions de travail n’ont pas été dégradées par son comportement et que les éléments produits n’établissent pas la faute reprochée compte tenu, par ailleurs, du syndrome dont il souffre ;

Par un mémoire, enregistré le 14 novembre 2025, l’établissement public Fossilea, représenté par Me Riffard conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- la requête en référé est irrecevable dès lors, d’une part, qu’il n’est pas produit la copie du recours au fond, et d’autre part, qu’elle est dépourvue d’objet en raison de la décision de licenciement intervenue le 6 octobre 2025 ;
- l’urgence n’est pas établie dès lors que le requérant peut être réintégré à la ville de Lyon où il a été placé en congé sans traitement pour convenance personnelle, dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée ; un intérêt public s’oppose à la réintégration du requérant compte tenu du comportement qu’il a eu durant l’exercice de ses fonctions et des menaces proférées à l’encontre des agents du service via un réseau social ;
- aucun des moyens soulevés n’est propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée le 27 octobre 2025 sous le n° 2513524 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision en litige.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 85-643 du 26 juin 1985 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir, au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme C... en qualité de greffière, présenté son rapport et entendu les observations :

- de Me Litzler de la société Carnot avocats pour M. A... qui a repris les écritures produites ;

- et de Me Armand substituant Me Riffard pour l’établissement public Fossilea qui a également repris les écritures produites.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Par un contrat conclu le 25 mars 2024, M. A... a été recruté par la communauté de communes Beaujolais Pierres Dorées pour mener le projet de rénovation et d’extension de l’espace Pierres Folles devant aboutir à la création d’un nouvel établissement public de coopération culturelle. Par un contrat à durée déterminée conclu le 18 février 2025, M. A... a été recruté par le président de l’établissement public de coopération culturelle « Fossilea » en qualité de directeur pour une durée de 3 ans, sur proposition du conseil d’administration de cet établissement. Par décision du 23 mai 2025, le président de l’établissement a suspendu à titre conservatoire M. A... dans l’attente des conclusions d’une enquête administrative. Une procédure disciplinaire a été engagée le 12 juin 2025. Par délibération du 17 septembre 2025, le conseil d’administration de l’établissement a approuvé la révocation du directeur pour faute grave, après avoir entendu M. A.... Par courrier du 19 septembre 2025, M. A... a été informé de l’engagement d’une procédure de licenciement pour motifs disciplinaires. Après l’entretien préalable ayant eu lieu le 1er octobre 2025, il a été licencié pour faute grave par une décision prise le 6 octobre 2025 par le président de l’établissement. M. A... demande au juge des référés de suspendre l’exécution de la délibération du 17 septembre 2025 et de la décision du 6 octobre 2025.

Les requêtes susvisées, qui ont été introduites par un même requérant à l’encontre de décisions ayant un objet similaire, soulèvent des questions identiques qui justifient leur jonction pour qu’il soit statué par une seule ordonnance.

Aux termes l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».

La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’une mesure de suspension de l’exécution d’un acte administratif doit être regardée comme remplie lorsque l’exécution de la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Une mesure prise à l’égard d’un agent public ayant pour effet de le priver de la totalité de sa rémunération doit, en principe, être regardée, dès lors que la durée de cette privation excède un mois, comme portant une atteinte grave et immédiate à la situation de cet agent, de sorte que la condition d’urgence doit être regardée comme remplie, sauf dans le cas où son employeur justifie de circonstances particulières tenant aux ressources de l’agent, aux nécessités du service ou à un autre intérêt public, qu’il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l’espèce.

D’une part, aux termes de l’article L. 1431-5 du code général des collectivités territoriales : « (…) Le directeur de l’établissement public de coopération culturelle (…) est nommé par le président du conseil d’administration, sur proposition de ce conseil et après établissement d’un cahier des charges, pour un mandat de trois à cinq ans (…). / Le directeur bénéficie d’un contrat à durée déterminée d’une durée égale à la durée de son mandat. (…) ». Aux termes du II de l’article L. 1431-6 du même code : « Les personnels des établissements publics de coopération culturelle (…) à caractère industriel et commercial, à l’exclusion du directeur et de l’agent comptable, sont soumis aux dispositions du code du travail ». Aux termes de l’article R. 1431-15 du même code : « Le directeur d’un établissement public de coopération culturelle (…) à caractère industriel et commercial ne peut être révoqué que pour faute grave. Dans ce cas, sa révocation est prononcée à la majorité des deux tiers des membres du conseil d’administration ». D’autre part, aux termes de l’article 17 du décret du 15 février 1988 susvisé : « L’agent contractuel employé pour une durée indéterminée peut solliciter, dans la mesure compatible avec l’intérêt du service, un congé sans rémunération pour convenances personnelles (…). / Ce congé est accordé pour une durée maximale de cinq ans renouvelable (…) ». Aux termes de l’article 18-1 du même décret : « (…) L’agent peut demander (…) qu’il soit mis fin au congé avant le terme initialement fixé. Cette demande est adressée à l’autorité territoriale en respectant un préavis de trois mois au terme duquel l’agent est réemployé dans les conditions définies au titre VIII. / Toutefois, en cas de motif grave, notamment en cas de diminution des revenus du ménage, les conditions de réemploi définies au titre VIII s’appliquent dès réception par l’autorité de la demande de réemploi de l’agent ». Aux termes de l’article 33 de ce décret : « L’agent contractuel apte à reprendre son service à l’issue (…) d’un congé pour convenances personnelles (…) est admis, s’il remplit toujours les conditions requises, à reprendre son emploi dans la mesure où les nécessités du service le permettent. (…) / Dans le cas où l’intéressé ne pourrait être réaffecté dans son précédent emploi, il bénéficie d’une priorité pour occuper un emploi similaire assorti d’une rémunération équivalente. (…) ».

Il résulte de l’instruction, ainsi d’ailleurs qu’il a été confirmé lors de l’audience, que M. A..., titulaire d’un contrat à durée indéterminée conclu avec la ville de Lyon dans le cadre duquel il a été placé en congés pour convenances personnelles afin d’exercer les fonctions de directeur dont il a été mis fin par les mesures litigieuses, a sollicité, le 28 octobre 2025, sa réintégration dans cette collectivité. Si ces mesures ont pour effet de le priver totalement de sa rémunération durant une période qui excède un mois, l’établissement Fossilea soutient, sans être sérieusement contredit, que les garanties de réintégration accordées au requérant compte tenu de sa qualité d’agent contractuel à la ville de Lyon impliquent la perception de revenus de substitution qui permettront de faire face aux charges de son ménage à brève échéance. Ces éléments sont de nature à renverser la présomption d’urgence dont bénéficie en principe M. A.... Par ailleurs, le comportement que le requérant a tenu en tant que directeur de l’établissement, en particulier à l’égard de trois stagiaires placées sous son autorité, a permis l’installation d’un climat délétère au sein du service et l’a notamment conduit à instaurer des rapports de nature purement privée dans le cadre de relations strictement professionnelles qui sont incompatibles avec les liens de subordination et d’apprentissage dont il était le garant. Il apparait, en outre, que les agents de l’établissement ont été la cible de messages particulièrement menaçants et insultants, en lien avec l’éviction de M. A..., envoyés via un réseau social ou via le formulaire de contact ou diffusés sous la forme de commentaires à l’occasion de publication institutionnelle de l’établissement sur ce réseau. Quand bien même le requérant ne serait pas l’auteur de ces messages, ils ont été formulés comme des représailles à l’encontre des personnes ayant participé à l’enquête ou été à l’initiative de la révélation des faits ayant conduit à son ouverture et n’ont pu qu’affecter l’ensemble du personnel de l’établissement qui est ainsi placé dans une situation d’angoisse. Ces éléments caractérisent l’existence d’un intérêt public qui s’oppose à ce que la condition d’urgence requise par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 soit regardée comme remplie, eu égard aux responsabilités que M. A... a eu dans l’établissement, lequel ne pourrait être réintégré sur d’autres fonctions que celle de direction pour laquelle il a été recruté.

Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. A... doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d’injonction et tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu’il soit besoin de se statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense ou se prononcer sur l’existence d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. A... la somme que demande l’établissement public Fossilea au titre des frais non compris dans les dépens qu’il a exposés.


O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes de M. A... sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de l’établissement public Fossilea présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... et à l’établissement public Fossilea.


Fait à Lyon, le 19 novembre 2025.


Le juge des référés,




R. Reymond-Kellal


La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier

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