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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2513613

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2513613

lundi 3 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2513613
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantAARPI BOURDON & ASSOCIES

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Lyon concerne une demande de suspension d’un arrêté préfectoral du 22 octobre 2025 ordonnant la fermeture définitive de l’établissement privé hors contrat "l’Arrosoir" dans l’Ardèche. Les requérants invoquent l’urgence et une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de l’enseignement et à la liberté de choix pédagogique des parents. Le juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête en estimant que la condition d’urgence n’était pas suffisamment établie et qu’aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n’était caractérisée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2025, l’établissement privé hors contrat l’Arrosoir, Mme BG... BL... et M. G... Z..., Mme BM... Y... et M. AH... V... et Mme AP... AN... et M. BI... AY..., représentés par Me Brengarth, demandent au juge des référés :

1°) sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension d’exécution de l’arrêté du 22 octobre 2025 par lequel le préfet de l’Ardèche a décidé la fermeture définitive de l’établissement privé hors contrat l’Arrosoir, à tout le moins en tant que cet arrêté concerne la classe maternelle de cet établissement ;

2°) de mettre à la charge de l’État le paiement d’une somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- la condition d’urgence est remplie compte tenu de l’objet de l’arrêté litigieux, qui empêche d’accueillir des élèves lors de la rentrée du 3 novembre 2025, et des effets graves et immédiats qu’il emporte sur la situation financière de l’établissement, qui risque de se trouver en situation de cessation de paiement, sur les salariés, privés immédiatement de toute rémunération et menacés d’être licenciés, sur les parents, contraints très rapidement, en cours d’année scolaire, de trouver un nouvelle école pour leurs enfants, et enfin sur les élèves, qui vont subir une rupture brutale avec tous leurs repères ;
- l’arrêté contesté porte atteinte à la liberté de l’enseignement, à la liberté de choix pédagogique des parents et à la liberté d’association, qui constituent des libertés fondamentales ;
- cette atteinte est grave et manifestement illégale ; en effet ;
. la procédure qui a été suivie est irrégulière ; l’établissement Arrosoir a fait évoluer ses pratiques pédagogiques entre le 25 mars 2025, date de la seconde inspection, et le 24 octobre 2025, date de notification de l’arrêté attaqué, alors en outre que des mesures correctives avaient été prises avant même la notification de la mise en demeure du 6 novembre 2024 ; cet arrêté n’est donc pas fondé sur la situation de fait qui existait à la date à laquelle il a été pris ; la mesure de fermeture litigieuse est dès lors tardive et, par suite, nécessairement disproportionnée ;
. la procédure, qui ne saurait se résumer à un enjeu formel, n’a pas revêtu un caractère réellement contradictoire, l’administration n’ayant aucunement tenu compte des réponses écrites et orales apportées par l’établissement ; le rapport d’inspection réalisé à la suite de la visite du 25 mars 2025 n’a jamais été communiqué ;
. la mesure en litige de fermeture de l’établissement l’Arrosoir n’est pas justifiée ; ce dernier a apporté des réponses à tous les reproches de l’administration, comme le démontrent le courrier du 15 février 2025, adressé en réponse à la mise en demeure du 6 novembre 2024, et les observations formulées lors du rendez-vous en préfecture le 17 octobre 2025 ; les résultats des élèves ayant quitté l’école montrent que le reproche tiré de l’absence de progression dans les apprentissages et d’acquisition du socle commun n’est pas justifié ;
. la mesure en litige de fermeture de l’établissement est disproportionnée ; en effet, celui-ci accueille des élèves depuis huit ans, a toujours adopté une logique de dialogue et a apporté des correctifs à la suite des reproches formulés ; plusieurs mois se sont écoulés entre le dernier rapport d’inspection et l’intervention de l’arrêté contesté, qui ne prend pas en compte les mesures prises par l’établissement ; la fermeture emporte des conséquences graves pour l’établissement, les enseignants salariés, les parents et les élèves ; enfin, la fermeture porte sur l’ensemble de l’établissement alors que la mise en demeure ne concerne que la classe élémentaire.



Par un mémoire en intervention, enregistré le 29 octobre 2025, H... C... et M. AG... F..., Mme K... T... et M. AC... M..., Mme K... T... et M. AK... BH..., Mme BB... BC... et M. AT... I..., Mme H... R... et M. BE... R..., Mme AQ... S... et M. AF... S..., Mme L... AR... et M. AW... AZ..., Mme D... X... et M. AX... BD..., Mme AJ... Q... et M. BA... E..., Mme C... BK... et M. AI... AO..., Mme N... O... et M. AF... AA..., Mme U... AB... et M. G... AV..., Mme AU... BF... et M. AM... J..., Mme P... B... et M. AE... A..., Mme BJ... AS... et M. BA... AL... et Mme AD... BN..., représentés par Me Brengarth, concluent à ce qu’il soit fait droit à la requête de l’établissement privé hors contrat l’Arrosoir et autres.


Ils soutiennent que :
- leur intervention est recevable dès lors qu’ils sont parents d’élèves scolarisés au sein de l’établissement concerné par l’arrêté contesté ;
- cet arrêté porte une atteinte grave et injustifiée à la liberté de choix pédagogique des parents.


Par un mémoire, enregistré le 31 octobre 2025, la préfète de l’Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- aucune urgence n’est démontrée ; les conséquences difficilement réparables qu’emporterait l’arrêté attaqué ne sont pas établies, s’agissant notamment du fait que la fermeture de l’établissement entraînerait la liquidation judiciaire de l’association ; la seule circonstance que cet arrêté prononce une fermeture ne saurait permettre de présumer l’existence d’une situation d’urgence ; l’établissement n’a pas qualité pour représenter en justice les parents d’élèves ; les écoles du secteur sont en mesure d’accueillir l’ensemble des élèves inscrits à l’Arrosoir ;
- l’arrêté litigieux ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale : en effet :
. la fermeture de l’école a été précédée d’une procédure contradictoire régulière ; aucune disposition n’impose à l’administration d’informer un établissement avant de procéder à une inspection ; le représentant de l’établissement a été informé que l’État envisageait une mesure de fermeture et des motifs sur lesquels celle-ci était susceptible de se fonder ; les intéressés ont pu présenter leurs observations le 17 octobre 2025, lors d’une réunion en préfecture ; le rapport d’inspection du 25 mars 2025 n’a pas été transmis en raison du fait que l’établissement avait déjà précédemment été informé des insuffisances constatées dans l’enseignement dispensé par l’Arrosoir, par le rapport du 30 avril 2024 et la mise en demeure du 6 novembre 2024 ;
. l’État a l’obligation de contrôler l’acquisition progressive du socle commun de connaissances, de compétences et de culture par les élèves scolarisés dans les établissements privés hors contrat ; si ces établissements ne sont pas tenus d’adopter les rythmes et les programmes de l’éducation nationale, ils doivent permettre aux élèves d’acquérir, à l’âge de seize ans, ce socle commun ; en l’espèce, si la philosophie de l’établissement n’est pas contesté et que certaines mesures correctives ont été adoptées, celui-ci n’a pas produit d’éléments suffisants pour établir que les élèves sont bien mis à même d’acquérir la maîtrise progressive du socle commun défini à l’article L. 122-1-1 du code de l’éducation ; l’enseignement dispensé n’est donc pas conforme à l’objet de l’instruction obligatoire défini par l’article L. 131-1-1 du même code ; l’arrêté attaqué n’est dès lors entaché d’aucune erreur de droit dans la mise en œuvre des dispositions de l’article L. 442-2 du code de l’éducation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Chenevey, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d’audience :

- le rapport de M. Chenevey ;
- Me Brengarth, pour l’établissement privé hors contrat l’Arrosoir et autres requérants, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans la requête, en précisant en outre que le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire est en rapport direct avec les libertés fondamentales en cause ;
- Mme W..., pour le préfet de l’Ardèche et le recteur de l’académie de Grenoble, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire en défense, en indiquant en outre, s’agissant de la condition d’urgence, d’une part, que compte tenu du très long délai écoulé depuis la mise en demeure du 6 novembre 2024 sans qu’aucune mesure suffisante ne soit prise, l’école a elle-même créé la situation d’urgence qu’elle invoque, d'autre part, qu’une ouverture de l’établissement à la rentrée du 3 novembre 2025 serait contraire à l’intérêt public, compte tenu des problèmes constatés.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. »

L’établissement privé hors contrat l’Arrosoir, qui fonctionne depuis la rentrée scolaire de septembre 2017, accueille des élèves des cycles 1 (maternelle), 2 (CP, CE1 et CE2) et 3 (CM 1 et CM 2). Cet établissement, situé sur le territoire de la commune d’Ucel, met en œuvre un projet reposant sur la pédagogie alternative Steiner-Waldorf. Après une mise en demeure du 6 novembre 2024 de mettre fin aux insuffisances de l’enseignement constatées lors du contrôle réalisé le 30 avril 2024, le préfet de l’Ardèche, par un arrêté du 22 octobre 2025, a décidé la fermeture définitive de cet établissement. Ce dernier et plusieurs parents d’élèves demandent au juge des référés du tribunal, sur le fondement de l’article L. 521-2 précité du code de justice administrative, d’ordonner la suspension d’exécution de cet arrêté, à tout le moins en tant qu’il concerne la classe maternelle de l’établissement.

Sur l’intervention de parents d’élèves :

Les parents de certains des élèves scolarisés dans l’établissement qui fait l’objet de la mesure de fermeture en litige ont présenté une intervention. Ces parents, qui ont intérêt à la suspension de l’exécution de l’arrêté attaqué, justifient d’un intérêt suffisant pour intervenir au soutien de la requête. L’intervention qu’ils ont formée doit donc être admise.

Sur le cadre juridique du litige :

Aux termes de l’article L. 442-2 du code de l’éducation : « I. - Mis en œuvre sous l'autorité conjointe du représentant de l'Etat dans le département et de l'autorité compétente en matière d'éducation, le contrôle de l'Etat sur les établissements d'enseignement privés qui ne sont pas liés à l'Etat par contrat se limite aux titres exigés des directeurs et des enseignants, à l'obligation scolaire, à l'instruction obligatoire, qui implique l'acquisition progressive du socle commun défini à l'article L. 122-1-1, au respect de l'ordre public, à la prévention sanitaire et sociale et à la protection de l'enfance et de la jeunesse, notamment contre toute forme de harcèlement scolaire. / (…) III. - L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation prescrit le contrôle des classes hors contrat afin de s'assurer que l'enseignement qui y est dispensé respecte les normes minimales de connaissances requises par l'article L. 131-1-1 et que les élèves de ces classes ont accès au droit à l'éducation tel que celui-ci est défini par l'article L. 111-1. / (…) IV. - L'une des autorités de l'Etat mentionnées au I peut adresser au directeur ou au représentant légal d'un établissement une mise en demeure de mettre fin, dans un délai qu'elle détermine et en l'informant des sanctions dont il serait l'objet en cas contraire : / (…) 2° Aux insuffisances de l'enseignement, lorsque celui-ci n'est pas conforme à l'objet de l'instruction obligatoire, tel que celui-ci est défini à l'article L. 131-1-1, et ne permet pas aux élèves concernés l'acquisition progressive du socle commun défini à l'article L. 122-1-1 ; / (…) S'il n'a pas été remédié à ces manquements, après l'expiration du délai fixé, le représentant de l'Etat dans le département peut prononcer, par arrêté motivé, la fermeture temporaire ou définitive de l'établissement ou des classes concernées. Il agit après avis de l'autorité compétente de l'Etat en matière d'éducation, pour les motifs tirés du 1° du présent IV, et sur sa proposition, pour les motifs tirés des 2° à 5° du présent IV. Il en informe le maire de la commune sur le territoire de laquelle est implanté l'établissement. / (…) ». Aux termes de l’article L. 442-3 du même code : « Les directeurs des établissements d'enseignement privés qui ne sont pas liés à l'Etat par contrat sont entièrement libres dans le choix des méthodes, des programmes, des livres et des autres supports pédagogiques, sous réserve de respecter l'objet de l'instruction obligatoire tel que celui-ci est défini par l'article L. 131-1-1 et de permettre aux élèves concernés l'acquisition progressive du socle commun défini à l'article L. 122-1-1. »

Par les dispositions du IV de l’article L. 442-2 du code de l’éducation, le législateur a entendu concilier la liberté de l’enseignement avec le respect du droit à l’instruction, avec l’exigence de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant ainsi qu’avec l’objectif de valeur constitutionnelle de respect de l’ordre public. La mesure de fermeture administrative qu’instituent ces dispositions ne peut être motivée que par les manquements, de nature à porter atteinte à l’ordre public, aux obligations fondamentales qui encadrent l’activité d’un établissement privé d’enseignement hors contrat et aux conditions dans lesquelles le respect de ces obligations est contrôlé, mentionnés aux 1° à 5° du IV de l’article L. 442-2. Elle ne peut être décidée qu’après mise en demeure de l’établissement l’invitant, au vu des manquements constatés lors de son contrôle, à fournir des explications et à engager les actions nécessaires pour y remédier et dans le seul cas où il n’a pas été remédié aux manquements constatés à l’expiration du délai fixé par cette mise en demeure. Cette mesure de fermeture peut porter sur l’ensemble de l’établissement ou certaines classes seulement et peut être provisoire ou définitive. Elle constitue une mesure de police administrative qui est soumise à l’entier contrôle du juge administratif.

Aux termes de l’article L. 131-1-1 du code de l’éducation : « Le droit de l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part, l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d'exercer sa citoyenneté. / Cette instruction obligatoire est assurée prioritairement dans les établissements d'enseignement. » Aux termes de l’article L. 122-1-1 du même code : « La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l'ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d'études, la construction d'un avenir personnel et professionnel et préparer à l'exercice de la citoyenneté. Les éléments de ce socle commun et les modalités de son acquisition progressive sont fixés par décret, après avis du Conseil supérieur des programmes. / L'acquisition du socle commun par les élèves fait l'objet d'une évaluation, qui est prise en compte dans la poursuite de la scolarité. / (…) ».

Aux termes de l’article D. 442-22 du code de l’éducation : « Le contenu des connaissances requis des élèves des classes hors contrat des établissements d'enseignement scolaire privés est fixé par les articles R. 131-12 et R. 131-13. » Aux termes de l’article R. 131-12 du même code : « Pour les enfants qui reçoivent l'instruction dans la famille ou dans les établissements d'enseignement privés hors contrat, l'acquisition des connaissances et des compétences est progressive et continue dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture et doit avoir pour objet d'amener l'enfant, à l'issue de la période de l'instruction obligatoire, à la maîtrise de l'ensemble des exigences du socle commun. La progression retenue doit être compatible avec l'âge de l'enfant et, lorsqu'il présente un handicap tel que défini à l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles, avec ses besoins particuliers, tout en tenant compte des choix éducatifs effectués par les personnes responsables de l'enfant et de l'organisation pédagogique propre à chaque établissement. » Aux termes de l’article R. 131-13 du même code : « Le contrôle de la maîtrise progressive de chacun des domaines du socle commun est fait au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire, en tenant compte des méthodes pédagogiques retenues par l'établissement ou par les personnes responsables des enfants qui reçoivent l'instruction dans la famille. »

Enfin, aux termes de l’article D. 122-1 du code l’éducation : « Le socle commun de connaissances, de compétences et de culture prévu à l'article L. 122-1-1 est composé de cinq domaines de formation qui définissent les grands enjeux de formation durant la scolarité obligatoire ; / 1° Les langages pour penser et communiquer : ce domaine vise l'apprentissage de la langue française, des langues étrangères et, le cas échéant, régionales, des langages scientifiques, des langages informatiques et des médias ainsi que des langages des arts et du corps ; / 2° Les méthodes et outils pour apprendre : ce domaine vise un enseignement explicite des moyens d'accès à l'information et à la documentation, des outils numériques, de la conduite de projets individuels et collectifs ainsi que de l'organisation des apprentissages ; / 3° La formation de la personne et du citoyen : ce domaine vise un apprentissage de la vie en société, de l'action collective et de la citoyenneté, par une formation morale et civique respectueuse des choix personnels et des responsabilités individuelles ; / 4° Les systèmes naturels et les systèmes techniques : ce domaine est centré sur l'approche scientifique et technique de la Terre et de l'Univers ; il vise à développer la curiosité, le sens de l'observation, la capacité à résoudre des problèmes ; / 5° Les représentations du monde et l'activité humaine : ce domaine est consacré à la compréhension des sociétés dans le temps et dans l'espace, à l'interprétation de leurs productions culturelles et à la connaissance du monde social contemporain. »

Par ailleurs, il appartient à toute personne demandant au juge administratif d’ordonner des mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative de justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d’une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Il appartient au juge des référés d’apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l’ensemble des circonstances de l’espèce, si la condition d’urgence particulière requise par l’article L. 521-2 est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu’il entend défendre mais aussi l’intérêt public qui s’attache à l’exécution des mesures prises par l’administration.

Sur les conclusions à fin de suspension d’exécution :

Il résulte tant des dispositions précitées de l'article L. 521-2 que du but dans lequel la procédure qu'il instaure a été créée que doit exister un rapport direct entre l'illégalité relevée à l'encontre de l'autorité administrative et la gravité de ses effets au regard de l'exercice de la liberté fondamentale en cause. En l’espèce, les requérants soutiennent que le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire est en rapport direct avec l’atteinte portée aux libertés fondamentales qu’ils invoquent. Si le rapport qui a été réalisé à la suite du contrôle de l’établissement l’Arrosoir effectué le 25 mars 2025 n’a pas été communiqué aux représentants de cet établissement, il est constant, d’une part, que ceux-ci ont eu connaissance du rapport effectué à la suite du premier contrôle du 30 avril 2024, d'autre part, qu’ils ont répondu, par un courrier du 15 février 2025, à la mise en demeure du 6 novembre 2024 de mettre fin aux insuffisances de l’enseignement constatées dans l’établissement consécutive à ce premier contrôle et, enfin, qu’ils ont pu présenter des observations lors de la réunion en préfecture qui s’est tenue le 17 octobre 2025. En outre, le second rapport d’inspection du 25 mars 2025 prend pour point de départ les différentes préconisations du premier rapport de contrôle, dans la suite duquel il s’inscrit. Ainsi, il ne résulte pas de l’instruction que l’établissement l’Arrosoir n’aurait pas été mis en mesure de répondre aux différents manquements qui ont été relevés à son encontre par l’administration à la suite des deux visites de contrôle des 30 avril 2024 et 25 mars 2025. Dans ces conditions, en tout état de cause, le préfet de l’Ardèche n’a commis aucune illégalité manifeste dans la mise en œuvre de la procédure contradictoire préalable à l’intervention de l’arrêté contesté.

S’il est loisible aux établissements privés hors contrat de choisir tant leurs rythmes d’éducation que leurs méthodes pédagogiques afin de mettre leurs élèves en mesure d’acquérir, à l’issue de la période de scolarité obligatoire, le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, ces rythmes comme ces méthodes ou la manière de les appliquer ne doivent pas conduire ces établissements à ne pas mettre en mesure les élèves d’acquérir ce socle commun.

Lors du second contrôle de l’établissement l’Arrosoir réalisé le 25 mars 2025, les inspecteurs, partant des constats réalisés lors du premier contrôle du 30 avril 2024 pour les cycles 2 et 3 de la classe élémentaire, ont relevé, s’agissant de la première composante, relative à l’apprentissage de la langue française, du premier domaine « les langages pour penser et communiquer » du socle commun de connaissances, de compétences et de culture : l’absence de progressivité dans les apprentissages et de différentiation des activités selon les niveaux, l’absence d’activité suffisante permettant aux élèves d’apprendre la lecture et les gestes fondamentaux de l’écriture et, enfin, l’usage d’une terminologie inadaptée dans la définition des concepts grammaticaux, ayant pour conséquence d’installer des connaissances erronées ne permettant pas aux élèves de se repérer sur d’autres support pédagogiques et de s’adapter à d’autres contextes d’enseignement. S’agissant de la seconde composante, relative aux langages des arts et du corps, de ce premier domaine, le rapport relève le manque de programmation et de progression, les activités physiques et sportives ne s’inscrivant pas dans une continuité et l’enseignement des arts ne permettant pas aux élèves, dont la créativité est peu sollicitée, de développer l’esprit critique. S’agissant du deuxième domaine « les méthodes et outils pour apprendre » du socle commun, les inspecteurs ont constaté le choix fait par l’équipe enseignante de ne pas travailler l’éducation aux médias et de ne laisser aucune place au numérique dans les enseignements, les élèves n’étant ainsi pas mis en situation d’acquérir, de façon progressive, les compétences de ce deuxième domaine et de développer un esprit critique et un usage responsable des médias. S’agissant du troisième domaine « la formation de la personne et du citoyen » du socle commun, les inspecteurs mentionnent que, si l’école a mis en place des enseignements informels permettant aux élèves d’acquérir certaines compétences, les enseignements ne s’inscrivent toutefois pas dans le cadre d’une programmation et d’une progression. Enfin, au regard du quatrième domaine « les systèmes naturels et les systèmes techniques » du socle commun, le rapport indique que les activités informelles proposées aux élèves par l’établissement se réduisent à des thèmes restreints, ne prennent pas en compte le domaine technologique et ne s’inscrivent pas dans une structuration de l’enseignement, ce qui ne permet pas aux élèves de développer la rigueur intellectuelle, l’habileté manuelle, l’esprit critique et l’aptitude à argumenter.

Pour contester les insuffisances ainsi relevées, à la suite du second contrôle du 25 mars 2025, au niveau des cycles 2 et 3 de la classe élémentaire de l’établissement l’Arrosoir, les requérants n’étayent leurs allégations et ne produisent à l’appui de celles-ci aucun élément suffisamment convaincant de justification pour contredire sérieusement l’exactitude des constats effectués au cours de ce contrôle. En particulier, la circonstance qu’un référentiel a été réalisé pour expliquer l’organisation de l’enseignement pédagogique Steiner-Waldorf au regard du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ne saurait, par elle-même, permettre d’établir que l’enseignement dispensé dans l’établissement l’Arrosoir, qui met en œuvre cette pédagogie, permet aux élèves de cet établissement de maîtriser l’ensemble des exigences du socle commun. Par ailleurs, la circonstance que l’arrêté attaqué a été pris plusieurs mois après le contrôle du 25 mars 2025 est, de même, par elle-même, insusceptible de permettre de démontrer que l’établissement avait, à la date de cet arrêté, remédié aux insuffisances relevées lors de ce contrôle et, qu’en conséquence, le préfet de l’Ardèche se serait fondé sur des faits matériellement inexacts. Enfin, le fait que des établissements publics ayant accueilli des élèves sortant de l’établissement l’Arrosoir auraient constaté un niveau adapté de ces élèves n’est pas de nature à permettre de contester d’une manière probante le rapport du 25 mars 2025, alors au demeurant que le préfet de l’Ardèche fait valoir en défense que les élèves en cause n’ont pas effectué une scolarité complète dans cet établissement.

Toutefois, comme indiqué au point 12 ci-dessus, le rapport du 25 mars 2025 prend pour point de départ les constats réalisés lors du premier contrôle du 30 avril 2024 pour les cycles 2 et 3 de la classe élémentaire. Aucune partie de ce rapport ne concerne le fonctionnement de la classe maternelle (cycle 1) de l’établissement l’Arrosoir. L’arrêté litigieux, qui renvoie à la mise en demeure du 6 novembre 2024 qui ne concerne que les seules insuffisances relevées au niveau des cycles 2 et 3, ne mentionne lui-même aucun manquement dans le fonctionnement du cycle 1.

Il résulte de ce qui précède que, si le préfet de l’Ardèche, en prononçant la fermeture définitive des classes des cycles 2 et 3 de l’établissement l’Arrosoir au motif que l’enseignement dispensé par cet établissement méconnaît le droit de l’enfant à l’instruction obligatoire défini à l’article L. 131-1-1 du code de l’éducation et ne permet pas d’amener les élèves, à l’issue de la période d’instruction obligatoire, à la maîtrise de l’ensemble des exigences du socle commun de connaissances, de compétences et de culture prévu par les articles L. 122-1-1 et D. 122-1 du même code, n’a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées par les requérants, en revanche, le préfet, en décidant également la fermeture définitive du cycle 1, alors qu’aucune insuffisance de l’enseignement dispensé dans ce cycle n’a été relevée après le rapport du 30 avril 2024, a porté une telle atteinte à la liberté de l’enseignement.

Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le préfet de l’Ardèche n’est pas fondé à soutenir qu’une réouverture du cycle 1 de l’école est contraire à l’intérêt public. Dès lors, compte tenu des effets immédiats de la mesure de fermeture en litige sur l’établissement l’Arrosoir, les salariés de cet établissement, les parents d’élèves et ces derniers, les requérants doivent être regardés comme justifiant de l’existence d’une situation d’urgence à prononcer la suspension d’exécution de l’arrêté contesté en tant qu’il concerne le cycle 1, et ce quand bien même les établissements scolaires situés à proximité de l’école seraient en mesure d’accueillir tous les élèves de ce cycle.

Il résulte de l’ensemble de ce qui précède qu’il y a seulement lieu d’ordonner la suspension d’exécution de l’arrêté du 22 octobre 2025 en tant qu’il décide la fermeture définitive du cycle 1 (maternelle) de l’établissement scolaire privé hors contrat l’Arrosoir.

Sur les frais liés au litige :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les requérants en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


ORDONNE :


Article 1er : L’intervention de Mme H... C... et autres est admise.

Article 2 : L’exécution de l’arrêté du 22 octobre 2025 est suspendue en tant qu’il décide la fermeture définitive du cycle 1 (maternelle) de l’établissement scolaire privé hors contrat l’Arrosoir.

Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à établissement privé hors contrat l’Arrosoir, à Mme BG... BL... et M. G... Z..., à Mme BM... Y... et M. AH... V..., à Mme AP... AN... et M. BI... AY..., au ministre de l’éducation nationale, au préfet de l’Ardèche, au recteur de l’académie de Grenoble et à Mme H... C... et M. AG... F..., représentants uniques des intervenants.





Fait à Lyon le 3 novembre 2025.





Le juge des référés







J.-P. Chenevey



La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier

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