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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2515342

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2515342

vendredi 16 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2515342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBOUHALASSA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision de l'OFII était suffisamment motivée et avait été prise après un examen particulier de la vulnérabilité du demandeur. Il a estimé que le refus était légalement fondé sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que M. A... n'avait pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France sans motif légitime.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2025, M. B... C... A..., représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission à l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler la décision du 25 novembre 2025 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

3°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à compte de la date du dépôt de sa demande d’asile, le 24 novembre 2025 ;

4°) de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-15, D. 551-17 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation compte tenu de son état de vulnérabilité.


Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2026, l’Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.



La présidente du tribunal a désigné Mme Collomb, première conseillère, en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.



Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.


Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- l’arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d’asile ;
- le code de justice administrative.



Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique.


La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l’article R. 776-26 du code de justice administrative.



Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant algérien, né le 8 janvier 2003, est entré en France le 6 juillet 2025 selon ses déclarations. Il demande l’annulation de la décision du 25 novembre 2025 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil dans le cadre de l’examen de sa demande d’asile.

Sur l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :

2. En raison de l’urgence résultant de l’application de l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il y a lieu d’admettre M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne qu’après examen de la situation personnelle et familiale de M. A..., le bénéfice des conditions matérielles d’accueil lui est refusé dès lors qu’il n’a pas sollicité l’asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France. La décision attaquée présente ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.


4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, M. A... a bénéficié d’une évaluation de sa vulnérabilité lors d’un entretien 25 novembre 2025 au cours duquel l’Office français de l’immigration et de l’intégration a procédé à un examen particulier de sa situation. A cette occasion, il a notamment indiqué être hébergé de manière précaire par son père. Ainsi, la décision attaquée a été prise après examen de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de sa situation et de sa vulnérabilité doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (…) / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ». Aux termes de l’article D. 551-17 du même code : « La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines.».

6. Il résulte des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que les conditions matérielles d’accueil sont proposées au demandeur d’asile par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) après l’enregistrement de la demande d’asile. Dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d’accueil sur le fondement de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il appartient à l’autorité compétente de l’OFII d’apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d’accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n’a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d’accueil.

7. Il est constant que M. A... est entré sur le territoire français le 6 juillet 2025 et a présenté sa demande d’asile le 24 novembre suivant, soit au-delà du délai de 90 jours prévu par les dispositions citées ci-avant. M A... expose qu’il souffre des séquelles, sur le plan physique et psychologique, de deux agressions dont il a été victime en octobre 2024 et en février 2025. Les pièces versées au dossier permettent d’établir qu’il a été victime, dans son pays d’origine, le 28 octobre 2024 de coups et blessures volontaire avec armes blanches au niveau du visage. Transporté à l’hôpital, il a subi une intervention chirurgicale et a été suturé avec dix-neuf points. Il est ensuite resté en traitement du 28 au 30 octobre 2024 et s’est vu délivré un certificat d’incapacité de quarante jours. Toutefois, les seules pièces médicales produites, datées du mois de novembre 2024, et dont certaines ne sont pas traduites, ne permettent pas de démontrer l’importance des séquelles dont il se prévaut ni la nécessité de bénéficier de soins médicaux et psychologique à la date de la décision attaquée. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que l’intéressé bénéficie du soutien de son père qui est en situation régulière sur le territoire français et qui l’héberge. Le requérant ne peut donc, en dépit de ses difficultés financières, être regardé comme se trouvant dans une situation particulière de vulnérabilité et comme justifiant d’un motif légitime pour ne pas avoir déposé sa demande d’asile dans le délai de 90 jours suivant son entrée sur le territoire français. Par suite, le directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a pu légalement et sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.


Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.


Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A... et au directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2026.



La magistrate désignée,




C. COLLOMB



La greffière,




L. BON MARDION

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Un greffier

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