Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2025, Mme A..., représentée par Me Galichet, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 25 novembre 2025 par laquelle la préfète de la Loire a refusé de renouveler son certificat de résidence ;
2°) d’enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer sans délai une carte ou une autorisation provisoire, d’une d’urée de 12 mois, permettant l’exercice d’une activité professionnelle, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, subsidiairement à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la présomption n’est pas renversée, étant dans une situation précaire par l’autorisation provisoire délivrée ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision les moyens tirés d’un vice de procédure en l’absence de consultation de la commission du titre de séjour prévue par l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, d’un détournement de pouvoir, de l’erreur d’appréciation concernant la gravité de la menace à l’ordre public que constitue son comportement, de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 8 janvier 2026, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que l’intéressée dispose d’une autorisation provisoire de séjour d’une durée de 5 mois, laquelle maintient son droit au travail ;
- aucun des moyens soulevés n’est propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée sous le n° 2516122 par laquelle Mme A... demande l’annulation de la décision en litige.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Après avoir, au cours de l’audience publique tenue en présence de M. B... en qualité de greffier, présenté son rapport et entendu les observations de Me Galichet pour Mme A..., la préfète de la Loire n’étant ni présente, ni représentée.
Les parties ont été informées en cours d’audience que le juge des référés est susceptible de prononcer d’office une injonction tendant à l’intervention d’une nouvelle décision prise après instruction, sous astreinte, en application de l’article L. 911-2 du code de justice administrative.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Mme A..., ressortissante algérienne née en 1988, est entrée en France lors de l’année de sa naissance. Elle a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence valable dix ans. Par une décision du 25 novembre 2025, la préfète de la Loire a refusé de faire droit à cette demande. Elle demande au juge des référés de suspendre l’exécution de cette décision.
Sur l’aide juridictionnelle :
Mme A... a sollicité le bénéfice de l’aide juridictionnelle. En raison de l’urgence, il y a lieu de provisoirement l’admettre sur le fondement des dispositions de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur la demande de suspension :
Aux termes l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».
En ce qui concerne l’urgence :
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
Pour établir que la condition d’urgence ne devrait pas être constatée dans le cas de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme A... d’une durée de dix ans, la préfète de la Loire fait valoir qu’elle lui a délivré, par la même décision, une autorisation provisoire de séjour d’une durée de 5 mois qui lui permet d’occuper un emploi. Toutefois, la décision attaquée, qui conditionne le renouvellement et la durée future des autorisations provisoires au « respect de l’ordre public », implique une particulière précarité du droit au séjour de la requérante alors qu’elle réside régulièrement en France depuis plus de trente ans. Non seulement elle l’oblige à effectuer d’incessantes démarches pour le voir prolonger selon des modalités et des conditions qui ne sont prévues par aucune stipulation de l’accord franco-algérien susvisé, non plus d’ailleurs qu’aucune disposition du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, mais, en outre, elle soumet régulièrement l’examen de son comportement à la seule appréciation discrétionnaire de l’autorité préfectorale. Eu égard à ces importantes contraintes qui affectent substantiellement la poursuite de sa vie privée et familiale sur le territoire, et quand bien même Mme A... n’est pas dépourvue de tout droit au séjour par l’effet de la décision contestée, la requérante établit que l’exécution de la décision contestée porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation.
En ce qui concerne le doute sérieux :
Si les stipulations du troisième alinéa de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prévoient aucune restriction au renouvellement « automatique » du certificat de résidence valable dix ans, tenant à l’existence d’une menace à l’ordre public, celles-ci ne privent pas l’autorité administrative du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France, telle qu’elle résulte notamment des articles L. 433-2 et L. 432-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de refuser ce renouvellement en se fondant sur des motifs tenant à l’existence d’une menace grave pour l’ordre public.
En l’état de l’instruction, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation quant à l’existence d’une menace grave pour l’ordre public, justifiant le refus de renouveler le certificat de résidence de Mme A..., est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Les deux conditions posées par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision du 25 novembre 2025 par laquelle la préfète de la Loire a refusé de renouveler le certificat de résidence de Mme A....
Sur les demandes d’injonction sous astreinte :
Le juge des référés ne peut prescrire que des mesures présentant un caractère provisoire. Il s’en suit qu’il ne peut ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l’exécution par l’autorité administrative d’un jugement annulant la décision administrative dont l’exécution est suspendue. Par ailleurs, il appartient à l’autorité administrative, au vu du ou des moyens servant de fondement à la mesure de suspension, de procéder à un nouvel examen de la situation du requérant sans attendre la décision du juge saisi au principal, en fonction de l’ensemble des circonstances de droit et de fait au jour de ce réexamen. En outre, la suspension de l’exécution d’une décision ayant rejeté une demande de renouvellement de titre de séjour émanant d’un ressortissant étranger implique par elle-même qu’il ne peut être regardé comme se trouvant dans une situation irrégulière sur le territoire français. En conséquence, l’autorité administrative a l’obligation, aussi longtemps que la suspension ordonnée produit effet, de le munir d’une autorisation provisoire de séjour.
La suspension de l’exécution de la décision du 25 novembre 2025 par laquelle la préfète de la Loire a refusé de renouveler le certificat de résidence de Mme A... implique seulement, eu égard aux mesures qui peuvent être prescrites par le juge des référés, que la préfète de la Loire réexamine cette demande et édicte une décision expresse, dans un délai qu’il y a lieu de fixer à 2 mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Dès lors qu’il est constant que la requérante est titulaire d’une autorisation provisoire de séjour dont la durée excède ce délai, il n’y a pas lieu d’ordonner à la préfète de la Loire de lui délivrer un tel document pour l’exécution de la mesure de suspension.
Sur les frais liés à l’instance :
Mme A... ayant été admise à l’aide juridictionnelle provisoire, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Galichet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État et de l’admission définitive à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement à celui-ci d’une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d’aide juridictionnelle, cette somme sera versée à la requérante elle-même.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A... est provisoirement admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : L’exécution de la décision de la décision du 25 novembre 2025 par laquelle la préfète de la Loire a refusé de renouveler le certificat de résidence de Mme A... est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de réexaminer la demande de la requérante dans le délai de 2 mois à compter de la notification de la présente ordonnance et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 4 : La préfète de la Loire communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter la présente ordonnance.
Article 5 : L’Etat versera à Me Galichet ou à Mme A... la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, dans les conditions définies au point 11.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A..., à la préfète de la Loire et au ministre de l’intérieur.
Fait à Lyon, le 15 janvier 2026.
Le juge des référés,
R. Reymond-Kellal
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier