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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2601249

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2601249

mercredi 25 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2601249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKOTOKO LOUIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon, statuant en référé, a enjoint à la préfète du Rhône de communiquer une date de rendez-vous à un ressortissant étranger pour le dépôt de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours. Le juge a estimé que les conditions d'urgence et d'utilité de l'article L. 521-3 du code de justice administrative étaient remplies, compte tenu des délais de procédure excessifs et des démarches infructueuses du requérant depuis 2022. Il a également condamné l'État à verser une somme de 500 euros au requérant au titre de l'article L. 761-1 du même code, tout en rejetant la demande de délivrance immédiate d'un récépissé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2026, M. B..., représenté par la société Me Kotoko, demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre à la préfète du Rhône de lui fixer un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois ;

2°) d’enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un récépissé constatant le dépôt de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il réside en France depuis dix ans, avec son épouse en situation régulière et leur deux enfants ; il a déposé une demande de rendez-vous le 8 juillet 2022 et a adressé plusieurs relances aux services la préfecture ;
- la mesure sollicitée est utile.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n’a pas produit d’observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».

2. Eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l’enregistrement de sa demande et au droit qu’il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l’autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l’enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu’en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que, si l’étranger établit qu’il n’a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l’intéressé. La condition d’urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir la mesure sollicitée. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.

4. M. B..., ressortissant congolais né en 1980, soutient qu’il réside en France depuis dix ans, auprès de son épouse en situation régulière et leurs deux enfants. Il indique avoir sollicité rendez-vous en vue du dépôt d’une demande de titre de séjour sur le site « démarches simplifiées » le 8 juillet 2022. Malgré de nombreuses et régulières relances de sa part depuis lors, aucune réponse n’a été apportée à sa demande. Compte tenu de l’ensemble de ces éléments et du délai depuis lequel M. B... a entrepris de vaines démarches en vue d’obtenir un rendez-vous, il y a lieu de considérer que les conditions d’urgence et d’utilité prévues par l’article L. 521‑3 du code de justice administrative sont remplies.

5. Dans ces conditions, il y a lieu d’enjoindre à la préfète du Rhône de communiquer une date de rendez-vous à M. B..., dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, afin qu’il puisse déposer sa demande de titre de séjour.

6. Il n’y a pas lieu en l’état, et avant le dépôt de cette demande et de la vérification de son caractère complet, d’enjoindre à l’autorité préfectorale de lui délivrer un récépissé.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 500 euros à verser à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Rhône de communiquer à M. B... une date de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L’Etat versera à M. B... la somme de 500 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B..., au ministre de l’intérieur et à la préfète du Rhône.


Fait à Lyon, le 25 février 2026.

Le juge des référés,



R. Reymond-Kellal


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier

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