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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114863

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114863

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantZZ_DESACTIVE CABINET FOURGOUX DJAVADI ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 juillet 2021, le 10 février 2022, le 9 mars 2022 et le 6 avril 2022, le Bureau de la radio, représenté par Me Djavadi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus opposée par la ministre de la culture à sa demande de communication des deux rapports annuels produits au titre des années 2018, 2019 et 2020 par Radio France ;

2°) d'enjoindre à la ministre de la culture de lui communiquer ces documents, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 7 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les rapports dont la communication a été demandée sont des documents administratifs communicables en application des articles L. 300-2 et L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- ils ne relèvent d'aucune des exceptions énumérées aux articles L. 311-5 et L. 311-6 du même code ;

- le rapport présenté comme étant celui fourni au titre de l'article 3 du décret du 15 mai 2007 fait l'objet d'occultations excessives.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 décembre 2021 et le 22 mars 2022, la ministre de la culture conclut au non-lieu à statuer.

Elle soutient que :

- les documents sollicités ont été communiqués au Bureau de la radio postérieurement à l'enregistrement de la requête ;

- c'est à bon droit que les contenus protégés au titre du secret des affaires ont été occultés.

Par ordonnance du 7 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 ;

- le décret n° 2007-958 du 15 mai 2007 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Broussois,

- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,

- et les observations de Me Djavadi pour le Bureau de la radio.

Considérant ce qui suit :

1. Le Bureau de la radio a, par courrier du 4 février 2021, sollicité de la ministre de la culture, conjointement avec le Syndicat des radios indépendantes, la communication des rapports annuels produits au titre des années 2018, 2019 et 2020 par Radio France en application des articles 2 et 3 du décret n° 2007-958 du 15 mai 2007 relatif aux relations financières entre l'Etat et les organismes du secteur public de la communication audiovisuelle. Le 11 mars 2021, le Bureau de la radio a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) du refus implicite de communication opposé à cette demande. La CADA a émis le 6 mai 2021 un avis favorable à la communication des documents demandés. Le silence gardé par la ministre de la culture pendant plus de deux mois à compter de l'enregistrement de la saisine de la CADA par le Bureau de la radio a fait naître, en application des articles R. 343-4 et R. 343-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision implicite confirmant le refus de communiquer les documents en cause. Par la présente requête, le Bureau de la radio demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction sous astreinte :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. / () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 311-5 du même code : " Ne sont pas communicables : () 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : () h) () aux autres secrets protégés par la loi ". Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires, lequel comprend le secret des procédés, des informations économiques et financières et des stratégies commerciales ou industrielles et est apprécié en tenant compte, le cas échéant, du fait que la mission de service public de l'administration mentionnée au premier alinéa de l'article L. 300-2 est soumise à la concurrence ; () ". Aux termes de l'article L. 311-7 du même code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 43-11 de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication : " Les sociétés énumérées aux articles 44 et 45 poursuivent, dans l'intérêt général, des missions de service public. Elles offrent au public, pris dans toutes ses composantes, un ensemble de programmes et de services qui se caractérisent par leur diversité et leur pluralisme, leur exigence de qualité et d'innovation, le respect des droits de la personne et des principes démocratiques constitutionnellement définis. / () ". Aux termes de l'article 44 de la même loi : " () III. - La société nationale de programme dénommée Radio France est chargée de concevoir et de programmer des émissions de radio à caractère national et local, destinées à être diffusées sur tout ou partie du territoire. Elle favorise l'expression régionale sur ses antennes décentralisées sur l'ensemble du territoire. Elle valorise le patrimoine et la création artistique, notamment grâce aux formations musicales dont elle assure la gestion et le développement. () ". Aux termes de l'article 1 du décret n° 2007-958 du 15 mai 2007 relatif aux relations financières entre l'Etat et les organismes du secteur public de la communication audiovisuelle : " Le présent décret s'applique aux sociétés et à l'établissement mentionnés au titre III de la loi du 30 septembre 1986 susvisée ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Le montant des ressources publiques qu'il est proposé d'allouer chaque année, dans le cadre de l'élaboration du projet de loi de finances, aux organismes mentionnés à l'article 1er en compensation des obligations de service public mises à leur charge n'excède pas le coût d'exécution desdites obligations, en tenant compte des recettes directes ou indirectes tirées par chaque organisme de ses activités de service public. / Le coût d'exécution des obligations de service public susmentionnées est déterminé au moyen des comptes séparés établis conformément aux dispositions de l'article 2 de l'ordonnance du 7 juin 2004 susvisée. / Ces comptes séparés font l'objet d'un rapport annuel pour chacun des organismes mentionnés à l'article 1er, réalisé à ses frais. Ce rapport est contrôlé par un organisme extérieur dont le choix est soumis à l'approbation du ministre chargé de la communication. Ce rapport est transmis à ce ministre, aux ministres en charge du budget et de l'économie ainsi qu'à l'Assemblée nationale et au Sénat avant le 1er septembre de l'année suivant l'exécution des crédits. / () ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " Les organismes mentionnés à l'article 1er sont tenus de respecter les conditions normales du marché pour l'ensemble de leurs activités commerciales. / L'exécution de cette obligation fait l'objet d'un rapport annuel pour chacun des organismes mentionnés à l'article 1er, réalisé à ses frais. Ce rapport est établi par un organisme extérieur dont le choix est soumis à l'approbation du ministre chargé de la communication. Ce rapport est transmis à ce ministre ainsi qu'à l'Assemblée nationale et au Sénat ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, le ministère de la culture a adressé au Bureau de la radio, d'une part, par courriel du 21 juillet 2021, un rapport intitulé " Radio France - Analyse des activités commerciales - rapport établi dans le cadre de l'article 3 du décret n° 2007-958 du 15 mai 2007 " relatif aux années 2018, 2019 et 2020, et, d'autre part, par courriel du 24 février 2022, une note de présentation par Radio France " des comptes séparés établis en application de l'ordonnance 2004-503 du 7 juin 2004 et de l'article 2 du décret n° 2007-958 du 15 mai 2007 " accompagnée d'un rapport de certification de ces comptes, pour chacune des années 2018, 2019 et 2020.

5. En premier lieu, si le Bureau de la radio soutient que le rapport qui lui a été communiqué le 21 juillet 2021 ne répond pas aux exigences fixées par l'article 3 précité du décret du 15 mai 2007, dès lors que ce rapport n'a pas été établi par un organisme extérieur mais par la société Radio France elle-même et qu'il porte sur les trois années 2018, 2019 et 2020 alors que les dispositions précitées prévoient l'établissement d'un rapport annuel, ces circonstances, au demeurant contestées par la ministre de la culture s'agissant de l'auteur du rapport en cause, sont par elles-mêmes sans incidence sur l'existence de la communication intervenue en faveur de l'association requérante et ne sont pas de nature, par ailleurs, à établir que des rapports répondant aux exigences précitées auraient été établis. En outre, si le document qui a été communiqué au Bureau de la radio comporte des mentions ayant fait l'objet d'une occultation, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle occultation, portant principalement sur le montant et la répartition du chiffre d'affaires réalisé par Radio France sur ses activités concurrentielles au titre des années considérées, ainsi que sur d'autres données commercialement sensibles, aurait présenté un caractère excessif ou disproportionné au regard des dispositions précitées des articles L. 311-6 et L. 311-7 du code des relations entre le public et l'administration, sans que le Bureau de la radio puisse utilement faire valoir que certaines des données en cause ont fait l'objet d'une diffusion publique.

6. En second lieu, si le Bureau de la radio soutient que les documents qui lui ont été communiqués le 24 février 2022 ont été rédigés à la suite de l'introduction de sa requête, alors que les rapports prévus par l'article 2 du décret du 15 mai 2007 doivent être établis annuellement, et que la présentation des comptes séparés de Radio France telle qu'elle résulte de ces documents est imprécise et incomplète, faute notamment d'identifier certains coûts propres aux activités commerciales de Radio France, de telles circonstances sont également sans incidence sur la réalité de la communication intervenue en sa faveur et ne sont pas de nature à établir l'existence d'autres rapports ayant le même objet et à la communication desquels il pourrait prétendre.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la ministre de la culture est fondée à soutenir que, eu égard aux communications intervenues en cours d'instance, les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction sous astreinte présentées par le Bureau de la radio sont devenues sans objet et qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le Bureau de la radio et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction sous astreinte présentées par le Bureau de la Radio.

Article 2 : L'Etat versera au Bureau de la radio une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au Bureau de la radio et à la ministre de la culture.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marino, président,

M. Le Broussois, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le rapporteur,

N. Le Broussois

Le président,

Y. Marino

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2114863/6-1

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