mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2314293 |
| Type | Décision |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | CABINET ITRA CONSULTING |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juin 2023 et le 10 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Traore, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter de territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence de mise en œuvre par le préfet de son pouvoir de régularisation discrétionnaire ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 15 juin 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A, de nationalité tunisienne, né le 19 février 1986, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. Par un arrêté n° 2023-042 du 25 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine du 30 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à Mme C, attachée, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise, notamment de la situation personnelle du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisance de la décision attaquée doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre la décision attaquée.
5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 ne peut être utilement invoqué au soutien des conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté une demande de titre de séjour. Par suite, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de droit en s'abstenant d'en faire usage.
6. En quatrième lieu, le requérant fait valoir qu'il est atteint d'une fibrose hépatique congénitale et d'une thrombose pour lequel il est suivi en France et dont le défaut d'une prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, aucun des documents produit n'indique une absence de possibilité de prise en charge du requérant dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du L. 425-9 et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
8. La seule circonstance que M. A est suivi pour sa pathologie en France est insuffisante pour établir que le requérant aurait fixé l'ensemble de ses centres d'intérêt en France. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
11. Il ressort des motifs mêmes de l'arrêté attaqué que la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a fait interdiction à M. A de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois vise les dispositions de l'article L. 612-6 et fait état de ce que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'il ne fait pas état de fortes attaches familiales sur le territoire, qu'il a fait l'objet d'un obligation de quitter le territoire français le 12 janvier 2022 prononcée par le préfet de Seine-Saint-Denis à laquelle il s'est soustrait. Par suite, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
12. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, le moyen tiré de l'exception d'illégalité ne peut qu'être écarté.
13. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas exécuté une précédente mesure d'obligation de quitter le territoire. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit aux points 6 et 8, M. A ne justifie pas de circonstance humanitaire ni d'attaches particulières sur le territoire. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait sans méconnaître les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
La magistrate désignée,
A. D
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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